Les coups de coeur de  » Lecture Passion » (juin 2018)

Les mardis de “Lecture Passion »

juin 2018

Coups de cœur : 

L ’Art de perdre d’Alice Zeniter

Résultat de recherche d'images pour "l'art de perdre alice zeniter"

Alice Zeniter est née en 1986 à Alençon. L’Art de perdre est son 5ème roman. Il a obtenu le  Prix Goncourt des lycéens 2017, Le Prix littéraire Le Monde et le Prix des libraires de Nancy. L’histoire nous est contée par Naïma. Dans les années 1930, Ali et ses frères trouvent un pressoir qui va leur permettre de transformer leurs olives en huile et faire leur fortune. Pendant la seconde guerre mondiale, Ali s’engage dans l’armée et revient couvert de médailles. 

Quand il rentre, il retrouve sa famille. Son affaire a prospéré, mais son bonheur est de courte durée. Les événements d’Algérie  commencent. Ali s’engage aux côtés de la France, ce que les partisans de l’indépendance ne lui pardonnent pas. Il doit fuir et se retrouve avec les siens dans le camp boueux de Rivesaltes, puis dans des préfabriqués. La vie le mène en Normandie dans un logement HLM, bien petit pour dix personnes. Son fils Hamid tourne le dos à ses origines, il apprend très vite le français, épouse Clarisse avec laquelle il a Naïma qui reconstituera la saga familiale.

Appelez la sage-femme de Jennifer Worth

Résultat de recherche d'images pour "appelez la sage femme"

 

 

 

 

Jennifer Worth (1935-2011) est infirmière, sage-femme, musicienne et écrivaine anglaise. Il s’agit de son histoire.

Après la guerre 39-45, dans un quartier misérable du Londres ruiné, elle est infirmière. Elle nous parle de plusieurs femmes, véritables mères-courage qui vivent à 15 dans la même pièce, avec une seule toilette pour toute la cité. Malgré la misère, la maladie et la prostitution, règne une grande solidarité.

Parmi elles, la petite Mary, 15 ans, rencontre un homme qu’elle aime, mais qui deviendra malheureusement son souteneur. Elle met au monde un bébé que les religieuses lui prennent pour le confier à une meilleure famille. On pourrait croire que le livre est morbide, mais Jennifer Worth mêle à la tragédie l’humour et la tendresse. 

Les Loyautés de Delphine de Vigan

Résultat de recherche d'images pour "les loyautés delphine de vigan"Résultat de recherche d'images pour "les loyautés delphine de vigan"

 Delphine de Vigan est née en 1966.

En 2011, elle obtient le prix du roman FNAC, le grand prix des lectrices de Elle, le prix Roman France Télévisions et le prix Renaudot des lycéens pour « Rien ne s’oppose à la nuit »qui raconte les souffrances de sa mère atteinte de bipolarité. En 2015, elle reçoit le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens pour « D’après une histoire vraie ». « Les Loyautés » est son neuvième roman.

Le roman est divisé en petits chapitres qui relatent les destins croisés de plusieurs personnages : Théo et Mathis, deux jeunes ados qui vont mal, Hélène, l’institutrice qui pense que Théo est un enfant maltraité et retrouve en lui les blessures de son enfance et Cécile, la mère de Mathis, qui découvre que son fils boit de l’alcool en cachette avec son ami Théo et que William, son mari, mène une autre vie sur Internet. Les parents de Théo sont divorcés, la mère ne supporte pas que l’enfant soit confié une semaine sur deux à son père et en devient hystérique. Quant au père, il est au chômage et glisse petit à petit dans une dépression profonde.

Dès lors, tous les ingrédients sont là pour que se noue le drame. Poignant du début à la fin.

« Les loyautés, ce sont les violences invisibles. Là, un jeune garçon se trouve partagé entre des parents qui sont dans un conflit très fort. »   Delphine de Vigan.

Nous n’irons plus au bois de Mary Higgins Clark

 

Résultat de recherche d'images pour "nous n irons plus au bois"Résultat de recherche d'images pour "mary higgins clark"

 

Mary Higgins Clark, écrivaine spécialisée dans le roman policier, est née en 1927 à New-York. Nombre de ses œuvres ont donné lieu à des films.

Laurie, 4ans, est enlevée par des marginaux. Deux ans plus tard, ils l’abandonnent et elle est rendue à sa famille. Elle ne se souvient pas de ces deux années, sauf dans ses cauchemars où il est question de couteau. À 17 ans, elle est confrontée à un nouveau drame : la mort accidentelle de ses parents. Sa sœur l’incite à voir un psychologue qui diagnostique une personnalité multiple.

Peu de temps après, l’un de ses professeurs meurt assassiné et Laurie est accusée. Sarah, sa sœur, ne croit pas à sa culpabilité et entreprend de l’innocenter, mais non loin de là, les ravisseurs veillent…

 

La rue était mon lit de Michel Baldy et Frédéric Veille

Résultat de recherche d'images pour "la rue était mon lit"

                                   Michel Baldy fait le récit de huit années de galère dans la rue.

Sa femme l’ayant mis à la porte, Michel part avec ses deux chiens pour Paris. Ayant perdu son emploi, il est contraint de dormir dehors. Il se ménage des coins tranquilles pour la nuit et s’emploie à laisser l’endroit propre. Même s’il doit faire la manche, il ne perd pas sa dignité. Sa priorité est de nourrir ses chiens. De temps à autre, un petit boulot lui permet de s’offrir une nuit d’hôtel. Une rencontre va le sortir de la rue et le réintégrer dans le monde du travail.

Michel Baldy est mort d’un cancer en avril 2015 à l’âge de 46 ans.

La Disparition de Stéphanie Mailer de Joël Dicker

Image associée

Résultat de recherche d'images pour "joel dicker"

 Joël Dicker est né en 1985 à Genève.

2010 : Prix des écrivains genevois pour “Les Derniers jours de nos pères̋ 2012 : Prix de la Vocation de la Fondation Bleustein-Blanchet, Grand Prix de l’Académie Française et Prix Goncourt des Lycéens pour “La Vérité sur l’Affaire Harry Québert̋. 2015 : Le Livre des Baltimore 2018 : La Disparition de Stéphanie Mailer

30 juillet 1994. Orphéa, région des Hampton, État de New-York. Premier festival de théâtre. Toute la ville s’y trouve, sauf un homme au volant de sa voiture qui cherche sa femme partie courir et non revenue. Il la trouve tuée à terre devant la maison du maire qui, lui aussi a été massacré ainsi que sa femme et son fils. Vingt ans plus tard, le capitaine Jesse Rosenberg, 45 ans, fête son départ. Avec Derek Scott son coéquipier, il a résolu l’énigme du quadruple meurtre. Au cours de la fête, une jeune journaliste, Stéphanie Mailer,  l’aborde et lui déclare avoir la preuve irréfutable qu’ils se sont trompés de coupable. Ils prennent rendez-vous, mais on ne la revoit pas. Elle disparaît.

C’est un récit à deux voix raconté au présent. Jesse raconte 2014. Derek raconte 1994. D’autres destins viennent se greffer dans l’histoire au fil des pages et jusqu’au bout, un suspense époustouflant nous maintient en haleine.

 

Merci Thérèse pour ce compte- rendu

 

Publicités

On danse encore avec LILLI !

Thérèse Renaux a récemment proposé un atelier d’écriture au Clos St Victor intitulé:

LILI DANSE

 Il s’agissait de s’exprimer par écrit après avoir regardé LILI GARCIA GOMEZ*  danseuse exécuter une chorégraphie sur des musiques.   

Les 17 participants se sont prêtés de bonne grâce à l’exercice. La plus jeune pouvait faire un dessin. Ensuite, chacun devait lire à voix haute ce qu’il avait écrit. Tous les textes étaient intéressants, riches d’émotions, et le dessin de Mantine très joli.

Lili (artiste du CLEA en Montreuillois) a été très touchée par la qualité et la diversité des productions. Elle a aussi trouvé l’exercice enrichissant pour tous. L’après- midi s’est terminé en échangeant, autour d’un verre, les impressions sur cet exercice d’écriture qui n’était pas évident pour tous….

1ère chorégraphie sur une musique rythmée et lancinante

  • Nous avons tous passé quelques minutes à transcrire nos impressions. Lili a été très touchée par  les textes qu’elle a trouvés forts en émotion et très étonnée par leur diversité et leurs qualités.

                                                                                                        2ème chorégraphie sur une autre musique

    Même exercice d’écriture et de lecture avec de nouvelles surprises sur la qualité des textes et un autre dessin de Mantine.

    Lili nous a fait la synthèse des deux  prestations. Tout d’abord, c’est la 1ère fois qu’elle dansait pour un atelier d’écriture (elle a déjà dansé devant des peintres et des sculpteurs). Sa 1ère danse riche en émotions, était issue de son histoire personnelle.Elle a été impressionnée par les sentiments qui étaient partagés avec les participants. La 2ème danse était une improvisation sur la musique. Le ressenti était différent pour chacun. 

  • De l’avis de tous : A REFAIRE !
  • Rappel de quelques dates de manifestation du CLEA: 29 mai 18 h 30 médiathèque d’Etaples apéro dînatoire (gratuit). 30 mai Voix au chapitre à la Chartreuse de Montreuil avec Jacques Descorde et l’ensemble Mille Bonjours. Nikita Beaud et Jacques Descorde le 30 mai Improvisations autour de textes et de dessins. 14 h, salle St Jean (Etaples), en collaboration avec Les Enfants de la Fontaine. 31 mai Clôture du CLEA théâtre de Montreuil « All our yesterday » suivi d’un buffet offert.
  • Merci à Jocelyne pour ce compte- rendu.  
Lilli

Les 12 mots de l’atelier d’Ecriture

Résultat de recherche d'images pour "randonnée"

Résultat de recherche d'images pour "jukebox"

Changements pour Jeanne

         Avec le printemps qui avait pointé son nez, toute la nature parlait de renaissance. L’hiver avait été long et froid, les cerisiers allaient enfin consentir à bourgeonner. Les rosiers avaient vaincu le gel et multipliaient leurs feuilles.

         Jeanne avait repris le vélo et, avec enthousiasme, elle cumulait les kilomètres. Le chemin qu’elle avait emprunté ce matin lui avait fait longer de beaux jardins et elle avait remarqué que dans la campagne, de très jolies maisons étaient sorties de terre depuis sa dernière randonnée. Il est vrai que cela remontait à un an. Mais, pour sa défense, le vélo avait montré des signes de faiblesse et les pneus avaient rappelé à son souvenir qu’ils n’étaient pas inusables.

         D’ailleurs, elle avait une anecdote à ce sujet. Ses enfants lui avaient offert de quoi “garder la forme̋ à un Noël, son fils lui indiquant que ce serait mirobolant, entendez par là extraordinaire, d’aller de sa maison à la mer et de parcourir quatre kilomètres par jour. Venant passer les vacances de Noël avec leur mère, ils lui avaient trouvé un teint blafard, comme si elle avait séjourné dans une grotte et joué les troglodytes. C’est le mot qu’ils avaient employé.

         Pas de mystère, pour ne pas vieillir trop vite, il faut sortir de chez soi et faire de l’exercice. Avec eux, elle ne pouvait fabuler. Elle leur dit, qu’effectivement, elle passait plus de temps auprès de son vieux jukebox ou à la décoration de son habitat. Elle leur avait même demandé  ce qu’ils en pensaient. Nul n’osait répondre. Elle s’énerva un peu, leur demandant de rompre le suspense. Ce qu’elle entendit ne lui plut pas énormément :

« L’ambiance est plutôt sympathique. Il y a de nombreuses fleurs. D’accord, tu n’es pas allée les cueillir, préférant celles de ton hypermarché, on peut même dire qu’en entrant, on est submergé par un parfum on ne peut plus odoriférant, mais les objets que tu places un peu partout ! Regarde ce limonadier ! Tu l’as probablement chiné dans une brocante, mais le tout donne un décor plutôt baroque. »

 Francine

         I have a dream

Je vais vous raconter une histoire fabuleuse dont je me souviens dans les moindres détails et qui, lorsque j’ai des soucis et un coup de blues, me fait du bien rien que d’y penser.

J’avais organisé, avec quelques amis, une randonnée dans une forêt près de Limoges par un beau jour de printemps. Il faisait très beau, comme une renaissance de la nature. Armée de mon GPS pour ne pas me perdre, nous étions six personnes à nous engager avec enthousiasme sur un petit chemin qui bordait la route. Tout de suite, les fleurs, les arbres et toute cette nature odoriférante nous enveloppèrent et quelqu’un se mit à chanter. Tous l’accompagnèrent. Pas question de cueillir quoi que ce soit, c’était le mot d’ordre de chacun.

Mes chaussures de randonnée inusables (elles avaient vingt ans) foulaient le chemin avec entrain. Tous nos sens étaient en éveil, comme pour mieux participer au miracle du printemps.

Vers midi, nous cherchâmes un coin ensoleillé et ombragé pour faire notre pique-nique. Dans une petite clairière inondée de soleil et, cerise sur le gâteau, une table en bois et des bancs  nous attendaient. Ce fut de bon cœur que chacun y déposa ses victuailles, pour partager.

Ce fut un moment très gai.

Puis une petite sieste s’imposa. Moi, je voulais profiter au maximum de la nature. Je décidai d’explorer les alentours.

Arrivée à un endroit, une petite colline bordée d’arbres m’intrigua. J’entendis une petite musique. Je m’approchai ; il y avait une ouverture bordée de lierres. Curieuse, j’y pénétrai, la musique s’amplifia et j’arrivai à une porte. Là, je m’arrêtai. « Vais-je la franchir ? » Je décidai franchement d’arrêter ce suspense. J’ouvris la porte… Oh, mais qu’est-ce ? J’étais arrivée dans une immense salle troglodyte. Sur le devant, s’étendait un jardin extraordinaire, mille fleurs tapissaient le sol. Des tables, des chaises étaient installées et des garçons limonadiers attendaient le client, la serviette sous le bras.

Cette image d’un autre temps m’emplissait de bonheur. Un vieux jukebox jouait des airs qui invitaient à la danse ; des hommes, des femmes étaient assis. La salle, de style baroque, éclairée par des suspensions, pleine de personnages de couleurs, était extraordinaire. Je ne me lassais pas de ces images, vestiges d’une renaissance du temps passé.

Je suis restée quelque temps à observer, voulant participer moi aussi à la joie qui émanait de ce lieu.

Soudain, je sentis qu’on me bousculait. « Eh, réveille-toi, on repart ! »

Avec bien du mal, j’émergeai dans la vie réelle. Eh oui, j’avais fait un rêve mirobolant. « I have a dream », incursion dans un monde du passé que, certainement, ma grand-mère m’avait raconté. J’en garde un très bon souvenir, encore aujourd’hui.

 Marie-Jeannine

“L’Inspiration̋

Quel bonheur, pensait-il, mollement étendu sur sa chaise longue au milieu du jardin, de pouvoir rêvasser, fabuler en inventant des histoires qu’il transposerait ensuite sur le papier. Écrire était pour lui une source de joies inépuisable, qui l’emportait vers des chemins imprévus.

Une histoire assez baroque, qui se passait à l’époque de la Renaissance, germait dans son esprit. Plein de mystère et de suspense, ce récit mirobolant suscitait son enthousiasme. Rêveur, il laissait son regard errer sur la nature environnante, sur l’arbre où voletait un troglodyte.

L’oiseau se déplaçait, semblait cueillir une feuille, puis levait sa petite tête pour humer l’air odoriférant et poursuivait sa randonnée bucolique.

L’histoire se précisait dans la tête du romancier. C’est dans ce jardin qu’elle allait prendre sa forme définitive.

La veille, il était allé boire un verre dans le bistrot voisin, pensant pouvoir y rédiger, ainsi que le font certains écrivains. Mais la musique du jukebox, le cliquetis du limonadier sur le rebord des bouteilles, le bavardage des clients, la chaleur moite de la moleskine inusable sur laquelle il était assis, avaient eu raison de sa résistance.

Il s’était vite enfui de ce lieu inapproprié pour rejoindre son jardin complice…

Évelyne

Résultat de recherche d'images pour "maison troglodyte"

Pouilles

Italie du Sud, les Pouilles, région de mystère loin des fantaisies baroques et des palais Renaissance.

Tu vivras certainement dans un trullo, petite masure de pierres aux accents troglodytes, au cœur d’un vaste jardin d’oliviers. À mi-chemin entre Brindisi et la Côte adriatique, tu pourras, dès le premier soleil, emprunter les longs sentiers de randonnée et t’arrêter dans un village blanchi par le temps. Tu remarqueras que chez le limonadier, il n’y a  ni enseignes aux lumières mirobolantes, ni juke-box dans la salle. Sur les tables, il y a des vases remplis des fleurs odoriférantes que l’hôte aura pris soin de cueillir. Là, tu n’attendras aucun changement, pas le moindre suspense. Lecce et Bari, dit-on, sont inusables.

Et les années passeront, et tu auras envie d’y revenir, non pas pour saisir si je fabule (car je dis vrai), mais pour goûter à nouveau aux plaisirs simples d’une vie dépouillée.

Sylvain

« L’OURS MUSICIEN »

   Cet hiver, comme tous les hivers depuis ma naissance, je me suis installé dans l’abri troglodyte que j’ai creusé, au fil des saisons, dans la roche, à flanc de montagne : un habitat temporaire où j’hiberne, isolé du monde des hommes humains et de son incorrigible instabilité. Toutefois, je ne suis pas le seul à partager cet espace souterrain. Ces mêmes créatures humaines résident de temps à autre dans la grotte pendant la saison chaude. Je ne sais pas pourquoi mais ces êtres viennent décorer les parois. Et, en toute honnêteté, je dois dire qu’ils peignent de véritables chefs-d’œuvre. Ils gravent aussi et sculptent les animaux sauvages. Je retrouve leurs traces partout sur le sol de terre glaise. Pourtant, je ne les rencontre presque jamais car, dès les premiers beaux jours, je préfère leur laisser la place libre afin qu’ils expriment leur talent d’artiste en toute sérénité et qu’ils oublient ma présence. Bien que je ne sois pas un animal agressif, ni même malintentionné, je leur fais peur. À l’automne, au changement de saison, nous nous croisons sans nous voir. Et c’est bien ainsi.

   Aux premiers frimas, enroulé en boule dans une alcôve de pierre inusable, dissimulée dans les profondeurs de la caverne, je m’endors repu, heureux et soulagé d’être en vie, délivré des tourments, devrais-je dire, que m’inspirent les chasseurs d’ours, tous ces bergers qui pensent que je suis un être nuisible. Aux premières neiges de novembre, donc, je m’assoupis dans les mystères des ténèbres de la grotte, où mes rêves de renaissance m’appelleront à la saison suivante. Car je sais que je renaîtrai de cette « petite mort » et que je redescendrai dans la vallée rencontrer ma fortune…

   L’hiver est passé et j’ai dormi tout mon soûl, entouré des histoires et des croyances des hommes. Puis, un beau jour, les chaleureux rayons du printemps reviennent se faufiler à travers la caverne, pénétrer mon corps et réchauffer mon cœur encore engourdi du sommeil hivernal. Je me réveille d’emblée. J’ouvre un œil puis l’autre et regarde autour de moi. Sans suspense, les fresques n’ont pas bougé. Les bêtes cavalent toujours dans le rêve des êtres humains. Je m’étire de tout mon long et baille à m’en décrocher la mâchoire. Puis, je m’ébroue. Je me lève ensuite, récupérant ainsi la mobilité de mes pattes. Je me trouve léger, insouciant. J’ai l’impression d’avoir perdu quinze kilos. Néanmoins, je me sens en pleine possession de ma musculature et de ma maturité, résolu à affronter mon existence saisonnière d’ours débonnaire. Aussitôt debout, je me dirige vers la paroi et, d’un œil interrogateur, j’ausculte les peintures rupestres qui ornent la caverne en me demandant quelle détermination pousse ces créatures imaginatives à dessiner sur les rochers. Quel est leur message ? Je ne sais pas mais, une fois de plus, je trouve ces fresques magnifiques.

   Au détour d’un surplomb, je m’aperçois sur une des parois. Je suis dessiné à l’ocre rouge et je me reconnais bien. Alors, dans un regain de forme et de créativité, je me propose d’y déposer ma griffe. En d’autres termes, je griffe la roche sous la fresque afin d’éliminer le surplus d’ongles broussailleux, accrus durant l’hiver. Puis, je me dirige vers une arête de pierre et me frotte le dos afin de dépoussiérer mes poils des débris de terre accumulée pendant mon hivernage. Après cette succincte toilette, je me propose de sortir de la sombre caverne, où j’ai vécu reclus plusieurs mois, avec un enthousiasme certain. Au seuil de la grotte, le soleil rayonne de tous ses feux et je constate, une fois encore, que la nature sourit à la vie. L’air odoriférant des herbes et des fleurs de la montagne m’enveloppe dans un bien-être absolu. Je me sens reverdir. En conséquence, je décide de partir en randonnée et de descendre la falaise jusqu’au fond de la vallée où coule une rivière en lacets, riche en poissons délicieux. Sur le chemin, je sens les bourgeons mirobolants des arbres s’élancer vers le ciel bleuté. J’en salive déjà car je sais que, moi aussi, je vais bientôt me repaître de ces tendres pousses.

   Soudain, alors que je franchis la barrière du premier jardin en fleur que je croise, où habituellement j’aime cueillir les herbes sucrées, un bruit strident me fait sursauter. Je me redresse. Je renifle. Je grogne légèrement puis m’assois. J’observe ensuite les alentours. Le son aigu semble provenir du bistrot attenant au potager. Je connais bien cet estaminet aux allures baroques où j’ai l’habitude de boire, aux premiers rayons de soleil du printemps, une citronnade maison à la fleur de sureau et au sirop d’agave que me sert, avec courtoisie, le limonadier, compréhensif. Dans la vallée, c’est le seul homme qui me soutient.

   Maintenant, je pousse la porte d’entrée et pénètre dans l’établissement, pensant me rafraîchir de la bonne citronnade du barman. Cependant, le son effrayant du juke-box adossé au bar manque de me faire éclater les tympans. Seulement, comme la chanson se trouve entraînante, je me redresse sur mes pattes postérieures et me mets à danser entre les tables. Je connais la musique. J’ai déjà dansé pour les hommes, il y a fort longtemps, près d’un feu. Le rythme est endiablé. Je me trémousse comme un ourson poursuivi par un essaim d’abeilles. Et la musique me renvoie, en écho, au long silence de mes nuits éclairées du fond de la grotte. Alors, je me dis que je pourrais peut-être apporter un appareil musical identique, l’hiver prochain, dans la caverne, pour égayer mes longues soirées d’hiver. J’inviterai ma femelle puis des amis et nous nous amuserons à balancer « nos culs et nos bonnes manières » jusqu’au printemps suivant…

   Mes cher(e)s ami(e)s d’écriture, tel que je le vois dans vos regards, vous vous posez sans doute des questions sur mes affabulations du moment ? Vous vous imaginez probablement la scène de l’ours et de ses potes en train de danser au son du juke-box dans sa caverne ? Dans un coin de votre esprit, vous vous rappelez peut-être avoir vu, vous aussi, un ours danser sur une place publique ou sous le chapiteau d’un cirque ? Cependant, vous n’allez tout de même pas croire à cette fable, n’est-ce pas ? Bien sûr que non puisque je fabule. J’aime raconter des histoires absurdes et surréalistes. J’aime fabriquer des fables extravagantes et inattendues. J’aime fabuler, en quelque sorte. Un ours qui se verrait bien danser l’hiver prochain avec ses amis, au fond de sa grotte, sur les musiques d’un juke-box, c’est insensé, impensable. Alors, qu’est-ce qu’il faut croire ? L’essentiel n’est-il pas de laisser libre cours à son imagination ?…

 Étienne

La randonnée

L’excursion était programmée depuis une semaine. Lara et Fabien avaient dressé une liste des lieux incontournables de la région et la visite de cette maison troglodyte soulevait particulièrement leur enthousiasme.

Depuis son accident, Fabien n’avait guère pratiqué d’efforts physiques. La perspective de marcher six heures sur ce chemin pentu, rocailleux et traversé de plusieurs petits torrents l’inquiétait un peu. Mais une fois le premier kilomètre franchi et les toutes premières douleurs dans la jambe réveillées, une reconnaissance sans borne envers la magnificence du paysage l’envahit. Cette randonnée, décida-t-il, serait un nouveau départ, une renaissance pour lui. Cette nature sauvage, luxuriante et même parfois mirobolante dans la diversité des formes, et des couleurs qu’elle avait à offrir ne demandait qu’à être goûtée. Le décor, qui frisait parfois l’excès, lui faisait penser aux tapisseries baroques de certains hôtels à Venise. Il s’empêchait de cueillir de grandes brassées de fleurs odoriférantes qui poussaient sur le sentier.

Le seul point noir dans cette expérience, c’était la présence du guide qui devait accompagner les touristes dans cette montagne peu balisée et encore dangereuse à cause de certaines zones non déminées. Il attirait l’attention sur les plantes et la faune du coin et abreuvait le couple d’explications plates et inutiles. Lara et Fabien cherchaient le calme et la contemplation. Biologistes de renom, ils repéraient immédiatement lorsque le guide fabulait pour combler sa méconnaissance du terrain ou lorsqu’il forçait le trait pour entourer de mystère cette jungle qui se suffisait pourtant à elle-même.

Avant d’entamer l’ascension finale avec cordes et baudriers, le Thaïlandais offrit au couple des sodas qu’il conservait dans son sac isotherme. Il sortit de sa poche un limonadier et décapsula les oranginas. Il interpréta la surprise des étrangers face à l’incongruité du luxe de ces boissons pour un intérêt porté à son outil.

– « Ce limonadier je l’ai reçu de mon père il y a quarante ans. Il est absolument i-n-u-s-a-b-l-e. »

Le sentier s’arrêtait à certains endroits et la corde s’avérait indispensable pour franchir la paroi rocheuse. Le guide marquait des pauses excessivement longues pour augmenter le suspense et retarder la découverte de l’habitation troglodyte.

Enfin on arriva sur la corniche tant attendue. Un tapis de mousse fluorescente s’étalait devant l’entrée ronde de la maison-caverne, et s’apparentait à un jardin de farfadets. La demeure atypique habitée jusque dans les années 1960 était bien plus grande que ne l’avait imaginé Lara. Le guide indiqua quelles étaient les fonctions de chaque pièce. Aucun meuble n’y était resté, car la succession des habitants tout au long des siècles rendait impossible une cohérence historique. Cependant il existait une exception à cette règle: la présence d’un juke-box datant de la courte période où la maison troglodyte avait fait office de bar-refuge pour les touristes, idée saugrenue qui avait rencontré peu de succès.

 Sarah

Résultat de recherche d'images pour "jardin"

Élucubrations en famille

Marinette avait toujours eu tendance à fabuler, à tel point que personne ne savait jamais si ce qu’elle racontait était vrai ou non. À commencer par son prénom, mais ça, tout le monde était au courant. Elle n’avait jamais supporté celui qu’elle avait reçu en partage lors de sa venue au monde. Son père, malgré l’opposition de sa mère, l’avait déclarée Mauricette en hommage à son grand-père paternel qu’il avait particulièrement chéri et qui, vous l’aurez deviné, s’appelait Maurice.

Donc, Marinette changeait de prénom au gré de ses fantasmes du moment. Pour l’instant, elle se faisait donner du Marinette et c’est ainsi que nous la nommerons.

Revenons à Maurice, le grand-père, l’arrière-grand-père de Marinette, si vous préférez. Il avait commencé sa vie professionnelle aux côtés de son père, limonadier, qui, lui-même, avait appris avec son père. Cela durait depuis plusieurs générations jusqu’à ce que son fils lui envoie au visage que jamais il ne serait limonadier, qu’il existait des métiers bien plus passionnants, fabricant de jukebox par exemple, ou même éditeur de musique, et pourquoi pas manager d’artistes ! “Être agent de vedette présente peut-être des aspects baroques, mais voilà un métier des plus mirobolants̋. Voilà ce qu’avait déclaré l’adolescent à sa famille et la profession de limonadier avait sauté une génération. Le père de Marinette-Mauricette avait repris l’affaire avec enthousiasme au grand bonheur de son ancêtre. Quant à Marinette, elle ne voulait pas en entendre parler. Elle aimait la nature et ses mystères, les longues randonnées, les animaux, surtout les oiseaux et les chats. Elle était solitaire et caressait le rêve de découvrir une grotte où elle vivrait en troglodyte, se nourrissant des fruits et des légumes qu’elle ferait pousser dans un grand jardin où elle réserverait quelques arpents pour une roseraie odoriférante et où les rares passants pourraient cueillir ce qui leur ferait plaisir.

Ses parents avaient pensé à un caprice de jeunesse, mais Marinette avait persisté et proclamé que son rêve était inusable et qu’elle y consacrerait sa vie.   

À partir de là, plus de suspense quant à son devenir. Son chemin était tout tracé. La nature lui servirait de tout et, peut-être, serait-elle ainsi le premier maillon pour une renaissance de l’humanité si souffrante.

 Thérèse

Un dimanche en famille

 C’est sous un soleil printanier que toute la famille partit en randonnée ce dimanche du mois de mai. Jean, le père, entretint le mystère sur le but à atteindre. Jeanne, la mère, pour alimenter le suspense, ne cessa de fabuler en annonçant des destinations mirobolantes et farfelues. Quant aux enfants, fatigués à l’avance par la longueur du chemin à parcourir, ils profitaient de chaque occasion pour faire une pause : cueillir quelques fleurs odoriférantes au bord des jardins rencontrés, écouter le chant du troglodyte caché dans les sous-bois.

Après deux heures de marche, la petite troupe arriva aux abords d’un château Renaissance qui abritait un cabaret. Comme le temps le permettait, le limonadier proposa boissons et petite restauration sur le parvis alors qu’un juke-box distillait ses chansons des années 70.

Dans ce lieu baroque et improbable, de nombreux visiteurs se pressaient. Des couples de danseurs s’élançaient sur la piste et montraient un enthousiasme communicatif autant qu’inusable.

En fin d’après-midi, fatigués mais heureux, tous repartirent vers la ville et la maison en prenant… le bus.

 Anne-Marie

Avez- vous deviné les 12 mots qu’il fallait intégrer dans chaque texte ?

Les mots de l’atelier du jour:

Troglodyte – baroque – chemin – renaissance – limonadier – inusable – jukebox – jardin – fabuler – mirobolant – randonnée – enthousiasme – suspense – mystère – cueillir – odoriférant

Résultat de recherche d'images pour "mystère"

A noter: Assemblée Générale de Passions Culture: le 1er juin 2018, salle de l’abbé Delattre (Etaples), 20 h.

 

Le Dahu et autres textes de l’atelier d’Ecriture…

Quatre textes de l’atelier d’Ecriture de Thérèse Renaux

Trois formes de courage

  1. La ville de Lille est bombardée par des avions anglais. Il faut détruire la gare de triage de Fives-Lille ainsi que les usines métallurgiques toutes proches. Guy, petit garçon de sept ans, vit dans ce quartier ouvrier de Lille avec ses parents, Annie et Julien, son petit frère Richard et sa petite sœur Josette née il y a quelques mois. Dans l’immeuble vit aussi le grand-père qui occupe une chambre au dernier étage. La famille est réveillée par la sirène d’alerte. Tout le monde se lève précipitamment et rejoint les caves. Guy et son grand-père sont les derniers. Ils sont encore dans les escaliers lorsque la bombe frappe la maison.

Le petit garçon a un bras arraché par les débris causés par la déflagration. Tout d’abord, il serre les dents pour ne pas crier, mais très vite il perd connaissance. Son grand-père, qui souffre depuis de nombreuses années de problèmes pulmonaires, prend le petit dans ses bras et, oubliant  son essoufflement, il court dans les rues de Fives vers l’hôpital tout proche. Celui-ci, réquisitionné par les Allemands depuis le début de l’occupation, reçoit des blessés par dizaines.

C’est un médecin major allemand qui prend en charge le petit Guy. Sans perdre de temps, il l’opère. Le bras étant disloqué jusqu’à l’épaule, le médecin est contraint de désarticuler l’épaule. La rapidité de l’intervention sauve la vie du petit garçon. Durant l’opération, le major allemand s’est vite rendu compte que le petit est juif. Il le fait placer dans une chambre réservée de l’hôpital afin qu’il échappe aux éventuelles enquêtes de la Gestapo.

C’est ainsi que mon cousin Guy fut sauvé. Maintenant, atteint par la maladie de Parkinson, il atteint le bout de la route.

J’ai voulu saluer aujourd’hui le courage d’un petit garçon blessé, le courage d’un grand-père qui traversa une ville sous les bombes pour sauver son petit-fils et aussi celui d’un médecin allemand qui plaça son devoir de médecin avant les ordres inhumains de ses supérieurs.

Anne-Marie

Les mots peints ou dépeints  

Francine

Je peux, sans honte, dire que je souffre d’ hippopotomonstrosesquipédaliophobie, de claustrophobie, aussi, certes, c’est pourquoi je ne peux et ne veux pas enfermer dans mes textes, des mots trop longs. Thérèse me dirait aussi, que pour alléger mon style, il serait judicieux de ne pas faire de phrases trop longues. N’ayant pas le diable au corps, et préférant de loin le nombre d’or… à quoi donc déjà ? … je ne peux pas vous le dire, et ne saurais l’écrire, mais cela commence comme : si six scies ….., faut-il pour autant être taxée de d’hexakosioihexekontahexaphobie. Alors docteur, dites-moi, puis-je continuer à aller à l’atelier d’écriture? Et ne me dites pas que je suis atteinte d’apopathodiaphalophobie, là franchement, je vous dis non !

Compendieusement, (en bref !) je trouve que la langue française est riche de mots longs, de mots drôles, et parfois de mots moches. Pour exemple, dans une même phrase, utilisant quelques mots « détestés » des Français, je ne vois pas Baudelaire insérer dans une de ses œuvres : Une morue ayant dégusté un reblochon purulent, près d’un rhododendron, fut retrouvée dans un état moribond.

Mais la langue française a aussi ses jolies consonances, et je partage « enthousiasme » le mot préféré de Louis Pasteur. Et que dire de cette jolie gourgandine, à la margoulette couleur porcelaine, une beauté éphémère, admirant une magnifique hirondelle voletant près d’un rhododendron (on aime ou on n’aime pas les rhododendrons !) tout en faisant des papouilles à une chatte ronronnante, répondant au doux nom d’Esperluette, sous un ciel pommelé de nombreux nuages, s’apprêtant à se délecter de pamplemousse et frangipane. Vous venez d’avoir un échantillon des mots préférés de nos compatriotes On peut aimer aussi les mots pour ce qu’ils représentent, ainsi : chocolat, confiture, madeleine. Et on  peut les aimer pour les sentiments, les souvenirs qu’ils évoquent, et même les enfermer dans un tableau.

J’ai mis sur ma palette quelques « mots jolis », (sélectionnés d’une liste préétablie et considérés comme tels) et avec la plume, et non pas le pinceau, je vous fais l’ébauche d’une œuvre « à ma façon ». Imaginez, une plage de galets, au crépuscule, ou au firmament, une femme prenant un plaisir exquis à flâner, un coquillage dans la main, esquissant avec légèreté des pas de danse, faisant virevolter une robe en  mousseline, couleur camomille, les épaules entourée d’une étole aux tons chatoyants, pensant avec mélancolie et douceur à son amour. Elle en aimait les étincelles, mais n’était ce pas qu’une utopie ? Ajoutez les falaises d’Étretat, peignez dans votre imaginaire à la façon de Monet, je suis sûre que vous trouverez cela chouette ! Vous pouvez y ajouter une ombrelle, ou un parapluie, les deux mots sont dans la liste 

Introduction :

Il se peut, mes ami(e)s, que vous ayez un jour envie de voyager hors de votre région et de partir randonner dans les montagnes proches, afin de respirer le bon air des hauteurs, écouter le calme et le silence de la nature intacte et d’admirer les paysages grandioses. Si tel est le cas, j’escompte que vous vous souviendrez de ces éclaircissements d’usage sur une figure mythique qui réside dans les zones montagneuses de nos contrées rurales les plus reculées. Car, que vous vous promeniez dans les Vosges, les Pyrénées, le Jura ou les Alpes, vous n’êtes pas à l’abri d’une improbable rencontre avec cette bête extraordinaire, qu’on aurait tort de considérer comme une espèce en voie de disparition.

En effet, dans l’éventail des créatures légendaires, qui ont peuplé l’imaginaire collectif depuis la nuit des temps, il existe encore, aujourd’hui, un spécimen vraiment très particulier, un être original et fantastique qui a su remarquablement s’adapter à la spécificité de son territoire rocailleux, malgré la rudesse du climat à cette altitude. Aussi, mes ami(e)s, je vous offre maintenant la possibilité de faire la connaissance avec un animal très français. À partir de documents glanés, ici ou là, tout au long de mon existence et recueillis, notamment, par le biais de mes rencontres avec des montagnards avertis, je vous propose d’étudier, ensemble, la captivante histoire du dahu.

Symbolique :

Possédant une grande quantité de puissance vitale, du fait qu’il soit proche des forces génératrices de la terre, le dahu symbolise la ruse et la malice, la taquinerie et la plaisanterie puis, par extrapolation, le plaisir, l’inspiration et l’esprit, le souffle de la vie, en quelque sorte. Car cet animal est considéré comme le gardien de ces valeurs. Mais, en aucun cas, durant la longue histoire de cette espèce, le dahu n’a semblé malveillant ou désobligeant et encore moins diabolique. En effet, le dahu ne représente ni l’hypocrisie, ni le mensonge, ni même des manœuvres d’escroquerie ou de trahison. Selon les scientifiques qui l’ont étudié, il serait même de tempérament pacifique et sociable quand on s’intéresse à lui. En d’autres termes, il ne craint pas l’homme.

Dans la mythologie celtique, les dahus auraient un certain pouvoir de psychopompe, ou guide des âmes. Ils garderaient les histoires et les récits fantastiques du foyer. Une légende raconte qu’un jeune homme, parti à la recherche d’un talisman qui doit guérir son père, dépense tout son argent par miséricorde pour faire enterrer un mort inconnu. Peu après, il rencontre un dahu blanc qui l’aide de ses conseils dans la quête de ce qu’il cherche. Puis, une fois le but atteint, après la guérison du père, le dahu révèle qu’il est l’âme du mort qui a été charitablement aidé. Et il disparaît.

Cet aspect du symbole se développe en de multiples croyances. Ainsi, croit-on parfois que le dahu est en possession de l’élixir de vie. Son association aux divinités de la fertilité provient sans doute de sa vigueur et de la force de ses appétits qui en font aussi, un peu partout dans nos montagnes, un « Don Juan ». Cette croyance fut si forte qu’on lui conféra longtemps, et qu’on lui confère encore en certaines contrées reculées, un rôle de démon. Il se transforme en Apollon pour tenter les femmes et, plus encore, en femme pour attirer les hommes. Puis, ayant atteint sa longévité naturelle, l’animal peut devenir le fabuleux dahu céleste à neuf queues protégeant des maléfices. Quoi qu’il en soit, en dépit de ses qualités spécifiques, le dahu serait donc une créature hybride, fruit des amours entre diverses espèces.

Historique :

 Nous ne connaissons pas vraiment l’origine du dahu ni à quelle branche des êtres vivants il se rattache. Il semblerait qu’il soit le résultat d’un croisement entre diverses espèces animales mais rien n’est moins sûr. En revanche, nous retrouvons sa trace dès la préhistoire. Ainsi, au siècle dernier, dans une grotte du midi de la France, les paléontologues ont découvert une magnifique peinture rupestre datant du paléolithique moyen (vers 42 000 ans). Le témoignage pictural de cette période montre, certes, des bisons, des cerfs, des lions des cavernes, des ours et des chevaux mais le dessin le plus fascinant est bien ce chasseur stylisé muni d’une sorte de résille tressée semblable à une nasse de pêche et s’approchant d’un animal ressemblant étrangement à un dahu.

À la fin de l’année 218 avant Jésus-Christophe, en plein hiver, Hannibal (élevé, selon la tradition historiographique latine, dans la haine de Rome) quitte l’Espagne avec son armée et traverse les Pyrénées puis les Alpes pour gagner le Nord de l’Italie afin d’en découdre avec les Romains. Dans un étranglement rocheux, dont on ne connaît pas la position exacte (les détails, rapportés par les historiens romains Tite-Live et Polybe, sont imprécis et aucune trace archéologique n’apporte de preuves irréfutables d’un quelconque itinéraire précis), les guerriers carthaginois rapportent avoir aperçu plusieurs dahus cherchant à s’approvisionner en lichens sur les contreforts de la montagne. Il est d’ailleurs communément admis qu’Hannibal, lui-même, se serait entretenu avec un dahu mâle et l’aurait délogé de son habitat naturel pour se ravitailler en chair fraîche. Toutefois, bien que l’on trouve trace de cette chasse dans les prospectus de Tite-Live, le sujet reste polémique. Toutes les hypothèses avancées, par les spécialistes et les auteurs imaginatifs, le sont sur l’interprétation des textes des historiens romains. Et, encore aujourd’hui, ces témoignages restent considérés comme probables mais ne sont pas attestés de tous.

Plus proche de nous, au Moyen Âge, un squelette incomplet de dahu (une corne, deux bouts de tibias d’une hauteur dissemblable, du poil d’oreille et un ongle de sabot, le tout relié) fut retrouvé près d’un lac de montagne du Jura, non loin de Lamoura, sous les fondations d’une remise en bois épais d’épicéa où l’on conservait les objets de valeur. Ces reliquats étranges ont en partie été exposés dans le village durant tout un été avant d’être récupérés par des moines peu scrupuleux de leur conservation. Car nous ne connaissons ni d’étude scientifique relative à ces restes, ni de textes corroborant cette découverte. Toutefois, il est surprenant de constater, sur une broderie de la même période, dont plusieurs sources d’inspiration transparaissent dans l’œuvre (gravures de l’époque, enluminures et même peinture), une singulière et étonnante représentation imagée de l’animal (la scène symbolise un dahu dressé sur ses quatre membres, le corps démesurément allongé, le regard pétillant et farceur, raidi dans une petite tête aux cornes spiralées. Il semble poser pour la postérité en compagnie de son sourire narquois et ses deux pattes dextres reposent sur une pile de livres anciens non identifiés). Cette tapisserie unique, réalisée en fil de laine, de soie, d’or et d’argent atteste que l’animal aurait été tissé par un lissier vers le XIVe après Jésus-Christophe. Le thème mythologique, en vogue à cette époque, est composé de six tentures. Cependant, cette « Toile du triomphe » ne précise ni le marchand qui a reçu la commande, ni le maquettiste qui a élaboré le dessin préparatoire, ni le cartonnier qui a agrandi le modèle, ni le destinataire de l’œuvre.

Puis, par malheur pour la mémoire du monde, lors de la grande épidémie de peste noire (1347–1352) qui sévit sur toute l’Europe, non seulement les reliques ont été perdues (ou au mieux cachées) mais aussi, lors de la dernière guerre mondiale, la tapisserie médiévale, d’une grande valeur historique et symbolique, et qui était conservée depuis dans une cave du M. A. P. (Musée des Arts Précieux), a disparu. Et personne, à l’heure actuelle, ne sait où les ossements se trouvent ni la fabuleuse tenture.

On retrouve aussi sa trace lors des guerres napoléoniennes du Premier Empire. Pendant la campagne victorieuse de Bonaparte en Italie (1796-1797), les soldats de la Grande Armée auraient chassé le dahu dans le Piémont, au cœur des Alpes. Le dahu se serait réfugié dans les hautes montagnes où 19 hommes seraient morts gelés en le poursuivant, en vain. Tiraillée par la faim, une troupe de 20 hommes seraient partis chasser un animal proche du bouquetin à flanc de montagne. 19 soldats auraient suivi ses traces dans la neige, le 20e, un jeune soldat volontaire de 12 ans, gardant les effets personnels des 19 premiers, aguerris aux combats rapprochés. Cependant, de par sa spécificité anatomique, le dahu évolue autour de la montagne. Aussi, les hommes se seraient retrouvés à tourner en rond dans le froid et la neige et seraient morts épuisés. À son retour au campement, le 20e homme aurait raconté avoir attrapé le dahu en imitant le cri irritant du Grand-duc d’Europe en colère, gazouillis que le dahu n’a jamais pu souffrir. Il l’aurait ensuite dépiauté et se serait couché à l’intérieur de son corps pour se protéger du froid. Cette technique originale de survie devait se répéter lors de la désastreuse retraite de Russie (6e Coalition, 1812-1814).

Actuellement, dans cette région montagnarde, on ne dénombre pas moins de 56 réserves, parcs régionaux et zones protégées où le dahu fait l’objet de soins particuliers et attentifs. Néanmoins, le nombre exact des bêtes n’a fait l’objet d’aucun recensement.

Ainsi, au fil des siècles, le dahu a réussi à conquérir sa niche écologique et à survivre en milieu hostile grâce à son sens inné de la ruse et de la mystification. On croit le voir paître sur un versant de la montagne et, l’instant d’après, en effectuant le tour de la montagne, il broute sur l’autre versant. Ainsi, il est parvenu à un stade de développement optimum qui, dans le monde des créatures animales terrestres, reste encore unique de nos jours.

Description physique :

Le dahu est le nom vernaculaire donné à cette espèce de mammifères de la famille des Bovidés spécifiques. En effet, il est le seul de son genre à combiner plusieurs facteurs d’autres espèces. Il a la morphologie globale du chamois, mais possède également des cornes de bouc, une queue de vache et des oreilles de saint-bernard. Néanmoins, comme nous le verrons plus loin, sa particularité première n’est pas que cet être vivant soit une sorte d’hybride hétéroclite mais qu’il possède des pattes plus courtes d’un côté que de l’autre.

Le dahu pèse en moyenne 20,18 à 20,19 kilogrammes, précisément. Et son poids ne varie que très rarement. Il est en rapport avec sa taille et il serait fort dommageable qu’il prenne un gramme de trop. Il pourrait, par inadvertance, se laisser emporter par son poids dans la pente et basculer dans le vide. La vie en altitude requiert d’être au sommet de sa forme. Il mesure donc entre 1,16 et 1,17 mètre, avec la queue. À cause d’une alimentation étrangère à l’espèce d’origine, telles les friandises, les montagnards racontent qu’un jour, un dahu en surpoids s’est vu dévaler la montagne comme une boule de neige. D’autres théories plus farfelues disent que des dahus corpulents seraient capables de déclencher des avalanches.

Le pelage du dahu est composé de plusieurs couches de poils de longueur et de couleur variables selon où vit l’espèce, excepté en ce qui concerne ses oreilles, dont les longs poils soyeux ne se sont jamais modifiés au fil du temps. L’été, sa toison est d’un brun terreux avec des reflets d’un vert foncé qui le confond avec les sous-bois. L’hiver, son pelage prend des teintes gris roche, plus pratique pour le camouflage. Un jeune dahu a le poil ivoire, très clair, ce qui l’amène parfois à être amalgamé aux chèvres albinos.

Les cornes du dahu poussent dès sa naissance. Elles sont visibles dès le 2e mois. Dès la 1ière année, les cornes poussent de 1 à 3mm. Elles mesurent 15cm pour 70g.

Comme le chamois, le dahu possède un bézoard. Le bézoard est une sorte de boule de la taille d’une noisette contenue dans l’estomac. Il est constitué de fibres, de débris végétaux et de poils de léchage liés par la résine, ingérée en même temps que les aiguilles des conifères et tous les matériaux non dissous par les sucs digestifs. À la longue, ce conglomérat finira par devenir lisse et brillant. Autrefois, on utilisait les bézoards des dahus comme porte-bonheur. Ils étaient censés guérir certains maux et supprimer les vertiges, puisque le dahu n’est pas sujet aux vertiges.

Ses pattes sont pourvues de sabots. Les sabots sont constitués de deux doigts de pied latéraux équipés d’une partie cornée, les onglons. Ils sont nettement séparés l’un de l’autre et sont orientables. Pouvant s’écarter pour mieux adhérer aux rochers, ils forment une pince dont l’extrémité tendre assure la tenue sur des prises minuscules. La sole plantaire et le talon caoutchouteux adhèrent parfaitement à la roche lisse et glissante. Le pied des dahus comporte également une cloison interdigitale recouverte de poils, lui évitant de trop s’enfoncer dans la neige et faisant office de raquette. Ainsi chaussé, le dahu peut se permettre de se déplacer sans faire de bruit.

Le dahu a certains sens qui sont très développés par rapport à ceux de l’homme. Grâce aux poils vibratiles de ses oreilles, son ouïe est au moins deux fois plus performante que celle de l’homme. En outre, il voit beaucoup mieux dans la neige et la nuit, du fait de ses yeux pétillants, et son odorat est 50 à 70 fois mieux développé. C’est ainsi qu’il est capable de repérer les friandises dans les poches des touristes.

Animal très discret, le dahu vit le jour comme la nuit selon ses besoins. Aussi, on ne le rencontre presque jamais. Si tu tentes de le chasser de jour, tu n’as aucune chance de l’apercevoir car il se confond avec les couleurs de la nature. Par exemple, l’hiver, il est blanc comme neige, évidemment. Si tu le chasses de nuit, prends garde ! Il risque de te faire les poches sans que tu t’en rendes compte. C’est pourquoi tu ne dois jamais emmener de bonbons ou de friandises sur les pistes quand tu chasses le dahu. Tous les grands chasseurs de dahus le savent bien.

Spécificités :

Le dahu est un animal imaginaire de la faune sauvage et a toujours vécu à flanc de montagne. Cet environnement spécifique a donc influé sur son évolution physique au fil des générations. Le dahu a fait en sorte de ne pas avoir à plier les genoux pour faire le tour de la montagne : admirable adaptation à son habitat naturel. Mais, malheureusement, cette aisance en terrain incliné n’a pas que des avantages. Condamnés à suivre inlassablement une seule et même trajectoire, les dahus sont en fait très solitaires.

Cette créature a comme principale caractéristique le fait que deux de ses quatre pattes sont plus courtes que les autres. Et la différence s’observe non pas entre les pattes antérieures et les pattes postérieures, comme chez l’écureuil ou le kangourou, mais entre celles de gauche et celles de droite (senestrus et dexterus). L’explication de cette différence de longueur tient au fait que l’animal vit sur les pentes des montagnes. Sa morphologie spéciale facilite ses déplacements à flanc de montagne mais l’oblige, cependant, à se déplacer toujours dans la même direction et sur un même côté, sans pouvoir faire demi-tour.

Il existe deux familles de dahu sauvage dans nos montagnes. Les deux espèces courent en tournant autour de la montagne mais ne cohabitent pas entre elles et ne se reproduisent que très rarement dans la nature : en cause le sens obligé de leurs pérégrinations autour de la montagne (l’adret ou côté soleil et l’ubac ou côté ombre). Il existe cependant des développements stratégiques lorsqu’il tombe nez à nez avec un représentant de l’autre espèce ou lorsqu’un mâle cherche à rejoindre une femelle. En haute montagne, par exemple, le dahu dextrogyre (qui court sur le versant droit et possédant donc des pattes gauches plus courtes) arrivant au sommet, en tournant à droite deviendra lévogyre (qui court sur le versant gauche et dont les pattes sont plus courtes du côté droit) en pénétrant de l’autre côté de la montagne : la contraction musculaire dynamique des pattes obligeant. Ce qui se comprend sans peine car, lorsque l’on visualise leur parcours opposé, ne pouvant se trouver que tête à tête ou cul à cul, toute tentative de reproduction est impossible ou pour le moins très périlleuse.

Lieu de vie :

Le dahu vit entre 1300 et 3000 mètres d’altitude et cette amplitude altitudinale pourrait être due à la fraîcheur hivernale qu’il recherche, ainsi qu’à la pression exercée par l’homme sur l’espèce. Car, bien qu’il ait toujours vécu à l’écart des grands axes de la civilisation moderne, cette espèce rare, primitive et farouche a dû s’employer de toutes ses forces pour s’adapter aux rudes conditions climatiques de ces régions montagneuses, trouver dans la nature les ressources nécessaires à sa survie et inventer des subterfuges inimaginables afin d’échapper aux prédateurs et, en premier lieu, aux pratiques de chasse excessive auxquelles les hommes l’ont contraint, et notamment en ce qui concerne le braconnage : l’espèce pouvant nuire à l’agriculture des montagnes et constituant une source de protéines et de lipides relativement facile d’accès en hiver.

On retrouve le dahu sauvage dans les zones rocheuses des montagnes françaises et principalement dans le Jura et les Alpes ou il trouve facilement sa place dans les sous-bois et les sommets enneigés. Les dahus aiment les pentes abruptes, boisées et rocheuses, les pelouses alpines et les forêts de montagnes où il se sent plus en sécurité.

Le dahu ou dahut ne se contente pas de brouter sur un territoire précis. Ses domaines de prédilection, les montagnes, sont vastes. Le dahu est un grand voyageur. Cependant, il reste cantonné aux zones montagneuses. On le croise, bien évidemment, dans les Alpes (France, Suisse romande et Italie) et le Jura (dairi) mais aussi en Bourgogne-Franche-Comté (darhut). Certains spécimens ont même été aperçus jusque dans les Vosges (darou).

Comme nous l’avons vu, le dahu ne se déplace pas en troupeau dans les montagnes, excepté lors des transhumances où il avance en file indienne. Malgré son côté sociable, il semble qu’il soit un animal solitaire. C’est pourquoi il est si difficile à repérer.

Alimentation :

La denture des dahus est pratiquement similaire à celle des hommes, cependant exempte de canines. Ils ont 32 dents à partir du 15e mois : 12 prémolaires, 12 molaires et 8 incisives.

Le dahu est herbivore. Il se nourrit essentiellement de jeunes plantes herbacées, de jeunes pousses de fleurs et de feuilles sèches puis de lichens et d’aiguilles d’épicéas. Mais il n’est pas exclusivement végétarien. En hiver, il apprécie aussi les sucreries et les friandises tombées des poches des skieurs tels que les bonbons ou les gâteaux.

Alors, rassurez-vous, mes ami(e)s ! Vous ne risquez pas de le croiser sous le coussin de votre canapé, quand vous lirez un livre de contes fantastiques le soir devant la cheminée de feu de bois. Car le dahu ne vit qu’en plein air, au sein de la nature sauvage, et son alimentation se résume, en général, à brouter toutes sortes de graines, des pignons de pin, des lichens et des herbes. Quoique ! Certains villageois rapportent que, parfois, lors des grandes tempêtes de neige ou quand la température chute au-dessous de moins 20°, il arrive que cette petite bestiole inoffensive se prenne l’envie de descendre au bourg et qu’elle ne se prive pas pour venir chaparder les confiseries planquées dans les placards des chalets, voire même, cela s’est vu, de se regrouper par espèce et de dévaliser tout le magasin de friandises du village. C’est pour cette raison que vous trouvez souvent sur les pistes de ski, et parfois même dans les forêts d’épicéa des régions enneigées, des papiers de bonbons ou de gâteaux en tout genre. Le dahu est très joueur, très rusé et friand de confiseries mais il est loin de recycler nos déchets. Et c’est tout à son honneur.

Activité :

Le dahu est diurne comme nocturne. Il vit le jour comme la nuit. C’est un excellent grimpeur, très bien adapté à la montagne. Il vit seul ou en harde, rassemblant femelles et jeunes d’un an guidés par une vieille femelle. Les mâles sont plutôt solitaires ou en petits groupes, mais se tiennent habituellement à l’écart des troupeaux de femelles.

Mode de reproduction :

Au moment de l’accouplement, le dahu fabrique son nid dans des lieux élevés afin de protéger ses petits. Mais il est possible qu’il construise son terrier à mi-pente s’il perçoit un changement climatique durable, si le froid persiste, en quelque sorte.

Au moment de la reproduction, les dahus se rassemblent en troupeaux mixtes plus nombreux (jusqu’à 2 ou 3 individus). Vers 6 ou 7 mois, le dahu est déjà capable de se reproduire. Mais il ne le fait qu’à la faveur d’un réchauffement climatique ou si les ressources sont abondantes. Cette maturité sexuelle intervient entre 7 et 10 mois chez le dahu femelle. Après une gestation de 65 jours environ, le dahu donne naissance à un unique petit. Il est très rare qu’une femelle donne naissance à des jumeaux. Le petit dahu naît au fond d’un terrier. Il est aveugle et sourd mais il se rattrapera bien vite car sa croissance rapide en fait un animal extraordinaire. Il pèse environ 100g.

Espérance de vie :

Un dahu peut vivre jusqu’à 33,2037671 années, très précisément. Mais la plupart des individus vivent entre 6,9628995 et 12,6834475 ans et très peu dépassent cette échéance. À partir d’un certain âge, ils vieillissent et leur poids diminue jusqu’à ce qu’ils disparaissent en totalité de la surface de la Terre. Ce phénomène semble toutefois logique car, plus ils sont vieux, moins ils courent vite et, en rapetissant, il leur est plus facile de se camoufler dans la nature environnante, sous les épines d’épicéa, les feuilles, les champignons ou dans le terrier d’un nouveau-né. Cependant, il ne faudrait pas croire que les dahus sont une espèce menacée. Ils ont entre 80 et 99% de chance de survie en hiver comme en été. Leurs ressources sont abondantes et cet écart des aléas de la vie s’explique selon l’affluence touristique. À chaque fois qu’un pèlerin de passage contredit ou rejette l’existence de l’animal, un dahu meurt.

Le cri du dahu :

Le cri caractéristique du dahu est un sifflement indescriptible qu’il convient de maîtriser à la perfection si l’on veut approcher la bête en toute discrétion. Pour le surprendre à la chasse, en revanche, il convient d’adopter la technique du sifflet, méthode plus accessible que l’imitation de l’ululement du Grand-duc d’ Europe.

La chasse :

Au sein des communautés villageoises des montagnes, la chasse au dahu est une coutume ancestrale. Il existe plusieurs variantes mais les traditions locales rapportent qu’elle se pratique essentiellement en battue, de nuit, dans les forêts épaisses et sombres. Et la chasse la plus connue utilise la spécificité même de l’animal : la dissymétrie de ses membres.

Dès lors que les villageois affirment avoir repéré l’animal (poils sur les épines des branches, traces de couleur au sol et plus rarement bézoard près d’un terrier), ils s’organisent en deux groupes : d’un côté, les rabatteurs et de l’autre, le chasseur. Les plus confirmés, en général des montagnards aguerris, sont rabatteurs, c’est-à-dire qu’à la lueur de leurs torches, ils avancent en ligne et restreignent progressivement le périmètre de l’animal. Ils dirigent le dahu vers le chasseur en utilisant parfois des bâtons qu’ils tapent contre les pommes de pin des épicéas ou qu’ils secouent dans les épines au sol pour effrayer la bête. Néanmoins, tout le dispositif de l’opération repose sur un seul homme, le chasseur lui-même, le plus souvent un citadin de passage, convaincu par les locaux de participer à l’aventure de sa vie.

La tâche du chasseur peut paraître simple mais il convient de ne pas se faire repérer par le dahu qui possède une ouïe très fine et un odorat très développé. Le chasseur se placera donc toujours sous le vent afin que l’animal ne puisse flairer sa présence. Puis, équipé de son sifflet et d’un grand sac, il se fiera aux lueurs des torches des rabatteurs et à leurs indications approximatives. Dans un silence absolu, il s’approchera au plus près de la bête et se placera le plus discrètement possible derrière lui, tout en veillant à rester en contrebas. Comme tu le découvriras ci-après, cette disposition (ou posture d’attente) par rapport à l’animal a son importance car elle est la clef de la réussite ou de l’échec de la chasse. Ensuite, lorsque le chasseur est suffisamment proche du mammifère, il prodigue un petit coup de sifflet provocateur ou, s’il est doué, imite le cri du Grand-duc d’Europe en colère pour amadouer l’animal. Surpris, le dahu dresse les oreilles pour écouter d’où vient l’appel et, du fait de sa dissymétrie, flaire l’espace devant lui. Car, de nature sociable, il se réjouit d’emblée que quelqu’un s’intéresse à lui. Toutefois, constatant que rien ne se passe dans son champ de vision, l’animal se retourne d’un seul coup. Ses pattes les plus courtes se retrouvent alors dans le vide. Le dahu perd aussitôt l’équilibre et dégringole dans la pente. Le chasseur, posté en contrebas, n’a plus qu’à ouvrir son sac pour récupérer sa proie. Sinon, et c’est le cas le plus fréquent, il n’a plus qu’à redescendre bredouille au village. En général, il y retrouve le groupe des rabatteurs hilare et attablé dans un bistro.

Par souci de sauvegarde de l’espèce, la chasse au dahu n’est autorisée qu’à des dates très précises, le 29 février et le 1er avril.

Conclusion :

Que savons-nous du dahu, aujourd’hui ?

Nous savons que, durant la longue histoire des espèces vivantes, la Terre a tant produit d’étranges créatures qu’il me semble exclu d’occulter l’histoire de notre dahu du paysage hexagonal. Cette espèce animale élémentaire n’a pourtant pas l’exclusivité de l’existence, à proprement parlé, des animaux fantastiques dans le monde. Il en existe un peu partout dans les différentes régions de notre planète (le Yéti ou le monstre du Loch Ness). Mais on peut considérer de toute bonne foi ces créatures légendaires comme sujet à caution, tant les preuves tangibles, susceptibles d’être étudiées scientifiquement, nous manquent.

Le dahu est donc un représentant de la famille des bêtes mythiques mais, à la différence des autres spécimens mythologiques, il n’est ni un monstre ni une créature phénoménale.

Voilà ! J’espère que cette aventure vous aura ouvert les yeux, mes ami(e)s, sur ce qui fait le charme de notre imaginaire et de nos contrées montagneuses. Car, véridiques ou pas, l’essentiel est bien de raconter des histoires…

Étienne

 

Elle devait aller dîner chez lui. C’était la première fois qu’ils se rencontraient le soir et elle était un peu inquiète. Elle avait fait sa connaissance chez un ami commun, peintre comme lui, et, tout de suite, il avait posé sur elle un regard appuyé qui, d’abord, l’avait gênée. Puis, tout de suite, il avait précisé :

« – Vous poseriez pour moi ? Je voudrais vous peindre dans votre robe rose sur un fond de coucher de soleil. »

Sur le coup, elle avait été estomaquée et n’avait pas répondu. Jamais elle ne s’était imaginé pouvoir être modèle et elle craignait qu’il n’en veuille plus, qu’il ne s’en tienne pas à la robe rose, qu’il la lui fasse ôter, et de cela, il ne pouvait en être question. La voyant hésiter, il avait précisé :

« – Mon pinceau aime le rose en ce moment et ce pastel vous sied à ravir. Il se marie superbement avec le pêche de vos joues, le bleu pervenche de vos yeux et l’arrondi de vos bras. Je serais le plus malheureux des peintres si vous n’acceptiez pas. »

Et elle avait dit oui.

Quelques séances de pose avaient été nécessaires pour la réalisation du tableau  et elle avait aimé le résultat. Ils s’étaient revus à la grande exposition annuelle où la toile, l’artiste et son modèle avaient remporté un franc succès. Dans les mois qui, avaient suivi, ils s’étaient promenés plusieurs fois sur la digue, parlant de tout et de rien, commentant les mimiques des passants, les rires des enfants, la gourmandise des goélands, admirant le spectacle mouvant de la mer et du ciel. Le midi, ils avaient partagé quelques repas à l’unique auberge du village. En sortant, sur le chemin du retour, il lui avait pris la main et l’avait effleurée d’un baiser.

« – Si vous le voulez bien, la semaine prochaine, nous pourrons déjeuner sur la terrasse, là où je vous ai peinte. »

Il l’avait reçue comme une princesse et, au moment de la quitter, il avait déposé un baiser sur chacune de ses joues, ce qui avait encore accentué le rose de son teint naturel, y ajoutant quelques touches de délicat incarnat. 

Et voilà que ce soir, elle se préparait à le rencontrer de nouveau. Elle avait mis sa robe rose, certaine qu’il en serait heureux. L’air était doux et elle se contenta d’une étole de mousseline blanche qu’elle jeta négligemment sur ses épaules. Elle prit tout son temps pour parcourir le chemin qui la séparait de l’atelier du peintre, respirant profondément pour essayer de calmer les battements de son cœur. Le repas fut délicieux, les mets raffinés, le vin capiteux et la conversation passionnante.

Plusieurs fois, il s’empara de sa main et l’embrassa longuement. Elle était de plus en plus troublée ; elle ne s’offusqua pas lorsqu’il rapprocha sa chaise de la sienne et lui baisa les lèvres. Il la fit se lever tout doucement, la maintenant enlacée.

Tout esprit de résistance l’avait abandonnée et bientôt, ils ne firent plus qu’un. La robe rose avait glissé sur le tapis. Non loin de là, le chat ronronnait. Le soleil s’était couché. Seules la lune et les étoiles illuminaient la scène d’amour qu’il peindrait peut-être un jour.

Thérèse

 

Des fleurs, des fruits et des légumes avec l’atelier d’Ecriture.

Un jardinier passionné

Bien que citadin de naissance, Jules est un vrai jardinier. Depuis plus de vingt ans, il consacre chaque minute de liberté à retourner sa terre, l’affiner, semer ses graines, repiquer des jeunes pousses, désherber, et enfin, récompense suprême, RÉCOLTER.

Dans son jardin, on trouve des fruits, des fleurs et des légumes. Ses deux pommiers lui donnent trois cents kilos de fruits chaque année. Son cerisier ne sert, lui, qu’à nourrir les oiseaux. Ceux-ci viennent déguster les fruits sur l’auvent de la cuisine et poussent l’outrecuidance jusqu’à rejeter les noyaux sur la tête de Jules et de sa famille.

Au fond du jardin, une haie de groseilliers permet à Françoise, la femme de Jules, de confectionner des dizaines de pots de gelée qui feront les délices de tous en hiver.

Tout autour du terrain, Jules, sur les conseils de Françoise, a planté des rosiers de toutes les couleurs. Celle-ci peut fleurir son intérieur durant toute la belle saison.

Mais, ce dont Jules est le plus fier, c’est de son potager. Les rangées de carottes côtoient les petits pois, les salades, les poireaux, le persil. Les haricots verts permettront de déguster les conserves fabriquées par Françoise. Jules soigne tout particulièrement ses haricots à rames qui se dressent fièrement vers le ciel tout en protégeant des intempéries les plants de tomates

Dans un coin du potager, Jules a aménagé un petit carré spécialement réservé à Antoine, le fils de la maison. Dès qu’Antoine a su marcher, il a suivi son père au jardin et c’est tout naturellement qu’à huit ans, il a attrapé le virus.

Il y a quinze jours, Antoine a semé des laitues et des poireaux. Chaque jour, après l’école, il court au potager pour voir si ça pousse. Un bon jardinier doit savoir être patient. Ce sont d’abord les laitues qui ont poussé et les jeunes feuilles d’un vert tendre ont ravi le petit garçon. Pour les poireaux, il faudra attendre un peu. En revanche, les mauvaises herbes, elles, sont toujours prêtes à envahir les lignes de semis.

Ce jour-là, Jules alla inspecter le carré d’Antoine. Il vit que les laitues disparaissaient sous les herbes folles. Pour aider son fils, il entreprit de désherber la parcelle. Hélas, Jules ne vit pas les petites pousses de poireaux et… il ratissa le tout.

À son retour de l’école, Antoine ne put que constater les ravages. Père et fils se disputèrent toute la soirée. Le lendemain, Jules alla en ville acheter des plants de jeunes poireaux, il les repiqua et ainsi, le massacre de la veille fut oublié.

Néanmoins, durant toute la saison, Antoine répéta que les siens auraient été plus beaux.  

Anne-Marie

Résultat de recherche d'images pour "haricot à rames plantation"

    LA COMPLAINTE DE BÉRENGER

 Pour les vacances d’hiver, Thérèse nous a proposé de rédiger un texte sur des fleurs, des fruits et des légumes. En toute honnêteté, quand j’ai lu le papier la première fois, à l’atelier, je me suis dit que ce sujet n’allait pas me captiver ni m’inspirer outre mesure. Je ne sais pas pourquoi mais je ne me sentais pas l’envie d’écrire une nouvelle histoire de plantes. Dautant, me semble-t-il, que j’avais déjà livré de nombreux textes liés à la nature, aux roses, aux fleurs des sables, aux jardins, aux saisons, aux pommes de pin multicolores, aux couleurs et aux goûts et même sur la vie d’un épouvantail au jardin. Alors, écrire de nouveau un papier sur des fleurs, des fruits ou des légumes ne me semblait pas primordial, voire opportun. Bref, j’avais l’impression que mon cerveau allait une fois encore s’exposer à nager dans son potage. Et je me voyais déjà n’atermoyer devant la feuille blanche à chercher l’inspiration ou, tout au moins, la plus insignifiante ou microscopique idée qui me serait apparue par surprise afin de satisfaire à mon devoir de vacances. En clair, je n’avais aucune idée de ce que je pourrais raconter de neuf à propos des fleurs, des fruits ou des légumes. Aussi, au fond de mon cœur, je pestais contre Thérèse et ses végétaux. Pourquoi choisir un tel sujet en période hivernale ? Aucune pousse ne bourgeonne l’hiver dans les jardins !…

   Alors, pour me changer les idées, j’ai laissé de côté ce thème « sylvestre » et, en contrepartie, je suis parti vagabonder à Berlin, dans la patrie d’Ampelmann. J’avais pour idée de visiter les riches et foisonnants musées historiques et d’y passer les fêtes de fin d’année en compagnie de ma muse. Berlin, c’était festif et décalé ! Puis, c’était aussi l’occasion de fêter un anniversaire. Bref, l’esprit enrichi de souvenirs merveilleux, nous sommes rentrés une semaine plus tard, dans la nuit.

   Comme tous les matins, les yeux dans le vague et l’esprit flou, je suis descendu à la cuisine prendre le petit déjeuner avec ma compagne. Nous nous sommes assis à la vieille table de bar en marbre qui nous sert d’autel sacrificiel gastronomique, face au jardin, et nous avons chacun biberonné notre tasse de thé et de café respectif puis croûté la part de galette à la frangipane restante. Ensuite, comme personne n’avait déniché la fève, ma charmante femme a réuni ses lourds et nombreux sacs d’école puis elle est partie jouer sa partition au théâtre de l’établissement scolaire. Aussi, je restai seul, planté devant la porte donnant sur le jardin. Une légère brume enveloppait l’espace, contribuant à donner à ce lieu une apparence étrange, voire fantomatique. Bien qu’il ne pleuve pas, le vieux prunier rabougri gouttait de toutes ses branches creuses et des perles d’eau suintaient le long de son tronc noir et moussu. À son pied, les hortensias avaient perdu leurs feuilles mais gardaient, sur leurs têtes, leurs pétales cramoisis. Au fond du jardin, les brindilles du bouleau tombaient en désuétude sur la cabane attenante qui s’effaçait dans le brouillard.

   À présent, mon regard se posait sur les mésanges, les moineaux et autres oiseaux à qui je venais de jeter les restes de miettes de galette. Tandis que je les observais voleter autour de cette maigre pitance, néanmoins bienvenue, j’ai repensé au sujet que Thérèse nous avait communiqué avant les vacances. J’avais la nette sensation que, si je ne trouvais pas tout de suite une idée, même fugace, j’allais finir par prendre racine derrière la porte, un peu comme notre ami Bérenger qui garde, sans condition et par tous les temps, le potager du jardin.

   Ah, Bérenger ! Parlons-en de ce brave homme ! Bérenger est un drôle de type. Il est notre homme de paille. Fin comme une asperge, il se trouve qu’il personnifie un des êtres de la grande famille des épouvantails. Et, en tant que tel, il est censé protéger les semis du jardin des invasions incessantes des oiseaux. Néanmoins, à ma connaissance, je ne crois pas qu’il ait, un jour, joué son propre rôle au cirque des plantations et chassé la moindre bestiole à plumes. Car, de toute évidence, haut comme trois pommes, il ne fait peur à personne, pas même à une mouche à miel. C’est dire ! J’ai même entraperçu, ce matin, un rouge-gorge se poser sur sa tête. Bien entendu, j’aurais pu lui échafauder la trombine avec des oreilles en feuille de chou pour effrayer les volatiles de passage mais, à la réflexion, ça n’aurait pas été judicieux car elles auraient fait de l’ombre au potager.

   Sa tête, ronde et pouponne, réalisée à partir d’un vieux cache-pot en cuivre, est clouée sur un bâton planté dans le sol. Elle est sertie d’un liseré de rameaux de petit bois sec, ce qui lui donne ce petit air juvénile si attachant. Sur le dessus, sont fixés de longs cheveux blonds comme les blés, découpés dans un sac à patates en fils de plastique tressés. Suspendus par deux bouts de ficelle de cuisine, il bénéficie, en contrepartie, de deux gros yeux globuleux en balle de tennis de table, l’un jaune, l’autre blanc. Toutefois, protégés par des lunettes de soleil, on ne les distingue guère, excepté lorsque le vent lui chavire la tête sur le côté. Son nez, incurvé et pointu, où reposent les lunettes noires, a été confectionné avec un simple bout de bois en sapin, ramassé en forêt. Sur sa tête et ses cheveux filasse est posé un vieux chapeau de paille, recueilli sur une plage de sable et vissé sur le bâton par un petit anneau en fer. Bérenger a un corps en panier d’osier vermoulu, retrouvé sous l’établi de la cabane de jardin. Une fine tige de bambou, en guise de bras, où sont fixés aux extrémités des gants de caoutchouc vert, le traverse de part en part.

   Voilà à quoi ressemble, en gros, notre homme de paille ! Autant dire que Bérenger s’apparente plus à un personnage d’art brut rencontré lors d’une exposition dans un square qu’à un véritable épouvantail effrayant les créatures en manteau de plumes ! En toute modestie, on pourrait se croire dans la galerie d’un musée de l’art « hors-les-normes » que viendraient visiter toutes sortes d’oiseaux hétéroclites afin d’approfondir leurs connaissances des simulacres d’épouvantails patibulaires.

   Alors, à court d’idée, et pour ne pas finir planté comme un poireau, j’ai donc poussé la porte du jardin et je me suis acheminé jusqu’à Bérenger pour lui demander si, des fois, il n’avait pas une ébauche d’inspiration à me proposer.

   – Salut, Bérenger ! dis-je, d’un ton jovial.

   – Salut, l’homme ! répondit-il, froidement.

   – Dis-moi, tu en fais une tête ! repris-je. On dirait que tu n’as pas la pêche, ce matin.

   – Bah ! fit-il, les bras en croix. C’est-à-dire que, aujourd’hui, comme tu t’en doutes, c’est l’hiver. Et, comme la plupart de mes copains qui, eux, entre nous, ont eu la chance de rentrer dans leur cabanon de jardin, je n’ai pas grand-chose à faire.

   – C’est drôle ce que tu me racontes là. Car, moi non plus, en ce moment, je n’ai pas la banane. Je ne sais pas pourquoi mais je ne me sens pas inspiré.

   – Qu’est-ce qui se passe, l’homme ? Tu es préoccupé ?

   – Non, pas du tout ! Je suis juste en manque d’inspiration. Et, si ça se trouve, j’ai pris un coup de froid à Berlin et j’ai le pois chiche qui a gelé dans la tête.

   – Ouh la la ! Tu files un mauvais coton, toi… Attends, j’ai peut-être une idée !

   – Ça, ça m’arrangerait bien.

   – Alors, si tu le désires, je peux te secouer le cocotier pour voir ce qu’il en tombe.

   – Ha ! Ha ! Que tu es drôle, ce matin ! Mais, ne te donne pas cette peine, je sais ce que je dois faire.

   – Alors, tu n’as pas besoin de mes services ?

   – Je pense que si. Car, si je sais ce que je dois faire, je ne sais pas comment y arriver. En clair, je dois simplement écrire une feuille de chou pour l’atelier de Thérèse en rapport avec des fleurs, des fruits et des légumes. Mais je ne trouve pas d’idée suffisamment séduisante pour honorer mon devoir de vacances.

   – Ah ! Je comprends mieux. C’est donc pour cette raison que tu es venu me trouver. Car tu cherches l’inspiration qui te permettrait d’écrire ton histoire.

   – Évidemment ! Je me suis dit que tu devais en connaître une rangée, toi, sur ce sujet. Des histoires de fruits, de fleurs et de légumes, c’est ton credo, non ?

   – Et moi, naïf, qui croyais que tu me rendais une petite visite de courtoisie pour mes beaux yeux.

   – N’abuse pas, Bérenger ! Tes yeux ne valent pas plus que deux balles.

   – Oui, mais, enfin, quand même ! Toi qui te targues de posséder une imagination créative débordante, tu aurais pu m’élaborer un nouveau complet et me rhabiller pour l’hiver.

   – Te rhabiller pour l’hiver ? Quelle idée saugrenue ! Tu ne te sens pas à l’aise dans ton costume ?

   – C’est une blague ?

   – Pas vraiment !

   – Alors, regarde-moi bien, l’homme ! Je suis tout déguenillé. Je suis aussi nu que les vers de terre qui me chatouillent le poteau du bas.

   – L’image est osée. Mais c’est sûr que, l’hiver, tu n’as plus grand-chose à te mettre pour te déguiser. Le choix est restreint car rien ne pousse dans le potager. C’est une réflexion que je me faisais tout à l’heure. Et c’est pourquoi je m’étonne du sujet choisi par Thérèse. Ce n’est pas comme au printemps où les tiges de courgette ou de concombre, avec leurs filaments végétalisés, s’agrippent à ta robe et recouvrent de leurs larges feuilles tes parties basses.

   – Je me fais des idées ou tu me prends pour un cornichon ?… Je te rappelle que tous mes copains sont rentrés dans leur cabanon de jardin. Certains sont même partis en voyage. Et moi ? Qu’est-ce que je fais, moi ? Eh bien, je suis obligé de rester planté là, comme un poireau. Oui, c’est ça ! C’est le terme. Je poireaute en attendant le printemps. Je poireaute dans les grands froids de l’hiver et je tremble comme une feuille. Et ce n’est pas par peur, crois-moi.

   – Pourtant, tu as de la chance. Tu as l’occasion de pouvoir converser à longueur de journée avec les arbres et les plantes vertes. Puis, d’après ce que je peux constater sur ta tête, tu as encore de quoi te réjouir. Tu as un magnifique couvre-chef en vannerie tressée pour te protéger des intempéries hivernales.

   – Tu parles ! Il n’y a vraiment pas de quoi monter au cocotier… Non, mais, franchement, j’ai l’air de quoi avec ce vieux chapeau de paille mouillé, tout dégoulinant d’humidité ?

   – Je le trouve très bien, moi, ce chapeau. D’autant plus qu’il est authentique et te sied à merveille. Puis, tu ne vas pas faire du foin pour ça ?

   – Eh bien, moi, ça ne me plait pas de me retrouver tout nu, en plein hiver, délaissé dans le jardin, pour ne pas dire oublié de tous, comme une pauvre citrouille moisie sur un appui de fenêtre. Et, finalement, j’aurais bien envie de prendre la clef des champs.

   – Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?… Ah, ça, c’est le bouquet ! Voilà autre chose ! Notre homme de paille a des envies de vagabondage ? D’espace et de liberté ? Tu n’aurais pas l’intention d’entreprendre un pèlerinage au royaume des croquemitaines ? Sais-tu au moins ce qui t’attend au coin du bois ?

   – Non ! Mais, au moins, j’aurais tenté ma chance.

   – C’est tout à ton honneur. Néanmoins, il n’est jamais bon d’avoir, en toute occasion, un caractère impulsif. Regarde-toi ! Tu es rouge comme une pivoine.

   – Certainement ! Mais c’est aussi dans ma nature que d’avoir un tempérament à fleur de pot.

   – Ha ! Ha !… Sans aucun doute ! Toutefois, je trouve ce projet hors de saison. Et, quand même, il ne faut pas pousser grand-mère dans les orties !

   – Ben quoi ! Vous, vous allez bien visiter les lieux d’art mythiques de Berlin pour y passer un nouvel an en pleine lumière et faire la fête. Vous vous amusez sous les interminables feux d’artifice pétaradants de cette ville européenne et vous ne vous préoccupez pas de ce que je peux ressentir, moi, ici, tout seul, dans la grisaille et la sombre obscurité du jardin.

   – Ce que nous faisons de nos libertés en villégiature dans la capitale allemande ne sont pas tes oignons ! Mais, bon, je vais être conciliant. Et ce n’est pas une bonne résolution de 2018… Alors, on ne va pas se prendre le chou pour ça, hein ?

   – Oui ! Enfin, non ! Mais moi, l’hiver, je n’ai pas un radis, ni de blé, et encore moins d’oseille pour voyager. Je suis obligé, comme je l’ai signalé plus haut, de faire le poireau au jardin, et d’attendre impatiemment votre retour. Aussi, j’ai l’impression de compter pour des prunes.

   – Arrête un peu de raconter des salades ! Je te rappelle une fois encore que tu es un homme de paille. C’est donc ton devoir dans la vie que de garder le potager. Puis, entre nous, on ne peut pas dire que la saison dernière tu aies pris ton rôle très à cœur. Pour ainsi dire, tu marches à la carotte, hein ? Car tu n’as jamais fait peur à aucun volatile, y compris tous ces moineaux en rang d’oignons qui ne se gênent pas pour picorer les graines que je plante à ton pied, y compris aussi le petit Robinson à gorge rouge qui se permet de te narguer tous les jours. Tu as du sang de navet ou bien ?

   – Je ne crois pas.

   – Alors, s’il te plait, ne ramène plus ta fraise !

   – Ah, c’est facile, ça ! Tu pourrais avoir un peu plus de compassion. Elle est où ta conciliation ? Figure-toi que, moi, cet hiver, j’aurais préféré me rhabiller d’une canne avec un joli pommeau en argent sculpté et d’un élégant chapeau melon ! J’aurais ainsi pu m’imaginer aussi partir en voyage dans une grande ville… À Londres, par exemple. Ben, oui ! J’ai un faible pour l’Albion, moi. J’ai toujours rêvé de visiter la capitale londonienne, de m’engouffrer dans son smog légendaire et de rencontrer d’autres esprits à la fleur de l’âge.

   – Donnez de l’avoine à un épouvantail, il vous pétera au nez !

   – Pourquoi tu dis cela ? Ce n’est d’ailleurs pas l’expression d’origine.

   – Non ! La formulation se rapporte à un âne. Mais c’est parce que je te trouve ingrat. Tu as tout ce qu’il te faut, ici, au potager, pour vivre des jours heureux. Puis, avec ton cœur d’artichaut, je te vois mal arriver comme une fleur et errer dans les ruelles sordides de Whitechapel, au milieu du brouillard londonien, puis te vautrer dans un parc à la recherche de ta future… Je ne sais comment l’appeler.

   – Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi j’ai besoin de vivre des aventures invraisemblables, hors de mon enclos. Tu n’as pas le monopole de l’extravagance. Puis, ce n’est quand même pas de ma faute si, en mon for intérieur, je suis fleur bleue. C’est une vertu que je mérite amplement.

   – Alors, là, c’est la cerise sur le gâteau ! Je te rappelle qu’un épouvantail épouvante les volatiles dans son potager. C’est son rôle. Et il n’a pas d’autres responsabilités. Je te ferai aussi remarquer qu’il n’est pas là pour faire de la figuration au jardin ni jouer à l’arbre fourchu, la tête en bas et le pied en l’air. Non, là, franchement, j’ai l’impression que tu me prends véritablement pour une poire !

   – Mais pas du tout !

   – Écoute, si tu insistes tellement pour traînasser de l’autre côté de la Manche, je vais vraiment finir par t’envoyer sur les roses du côté de leurs typiques cottages bien agencés et sans âme ! Mais, fais bien attention à toi ! Tu risques de te faire soigner aux petits oignons. Car, dans les parcs de leurs maisons admirablement aménagées, tu vas te faire tondre. Et paf ! Tu prends une bonne avoinée, en pleine poire, et tu manges les pissenlits par la racine… Ci-gît Bérenger : n’apportez ni fleurs, ni fruits, ni légumes, ni couronnes !

   – Ah, non ! Arrête de déconner ! Je ne suis pas du tout d’accord. Ce serait la fin des haricots.

   – En effet, ce serait dommage. Car tu fais partie intégrante de la famille. Donc, tu nous es cher au cœur… Alors, afin d’éviter de prendre une prune par la censure, je vais de suite abréger cette discussion à la noix. J’en ai assez entendu pour aujourd’hui. Puis, je ne voudrais pas que le scénario de ce texte soit comparé aux navets cinématographiques qui ne valent pas une cacahuète et que Thérèse se risque à me confesser qu’il se situe plutôt au ras des pâquerettes.

   – Ha ! Ha ! C’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre, l’homme.

   – C’est juste, Bérenger. Alors, en conséquence, je vais te faire une dernière fleur. Je vais oublier tes velléités de promenade grotesque de l’autre côté du Channel, chez les « brexiteurs » en herbe, et rentrer préparer une bonne soupe pour le repas.

   – Tu as de la chance de pouvoir casser une graine au chaud.

   – Ne t’inquiète pas !… Le temps presse car ma généreuse maîtresse va bientôt rentrer de son spectacle éducatif quotidien. Mais, comme j’ai plutôt tendance à être une bonne poire, je te fais la promesse que je reviendrai te visiter incessamment sous peu. Et, pour mettre un peu de beurre dans tes épinards, je m’occuperai personnellement de tes nouveaux accessoires. Puis, comme je tiens maintenant mon idée, je me permettrai, en complément à ton costume, d’ajouter une bonne bouteille de rhum arrangé pour te chauffer le coffre.

   – Ah, ça, c’est une suggestion qui me va droit au cœur ! Et elle me redonne la patate.

Étienne

Résultat de recherche d'images pour "épouvantail"

Arcimboldo – Portrait de Rodolphe II de Habsbourg

Dès que j’eus entre les doigts la banderole de papier qui proposait ce sujet, d’écriture pour les vacances, immédiatement une image se présenta à mon esprit : comme un flash, je vis l’un des tableaux d’Arcimboldo.

Arcimboldo ! Vous le connaissez, j’en suis sûre, même si son nom ne sonne pas aussi familièrement que celui de Léonard de Vinci, Raphaël ou Michel-Ange, qui furent ses contemporains. Arcimboldo, 1527-1593, naquit à Milan et commença une carrière artistique tout à fait traditionnelle. Puis il fut soudain saisi d’une imagination déformante dont l’originalité peut surprendre ! Car si le mouvement “maniériste̋ de la fin du 16ème siècle italien peut l’expliquer en partie, le style d’Arcimboldo ne ressemble en rien à celui des autres peintres de l’époque. Certains de ses portraits allégoriques ne sont constitués que de fruits, légumes et fleurs, arrivant cependant à faire naître des visages expressifs et colorés.

J’ai sous les yeux une gravure représentant l’empereur Rodolphe II de Habsbourg qui l’accueillit à sa cour de Prague et lui commanda de nombreuses œuvres.

Je regarde, et je suis incapable de démêler les sentiments que m’inspire ce tableau d’Arcimboldo. Les sensations se mélangent à un tel point que je suis prise d’admiration pour son talent perfectionniste à l’extrême, tout en ressentant une sorte de malaise devant cette bizarrerie, ces extravagances de génie, cette folie, qui m’attirent et me repoussent à la fois. Le visage de l’empereur n’est construit que de fruits et de légumes, ainsi que de fleurs qui entourent sa poitrine.

Son nez est une poire, ses joues des pêches veloutées, sa bouche aux lèvres de cerises sourit sous des moustaches faites de jeunes fenouils. Le menton barbu est un chardon, les paupières sont deux cosses de petits pois, les sourcils deux épis de blé. Groseilles, cassis, mûres, prunes, raisins noirs et blancs, framboises, entremêlés de maïs, d’avoine, de fleurs de houblon, d’olives vertes, encadrent le visage, le couronnant royalement.

Chou, poivron, falbalas de laitues, piments rouges se mêlent aux fleurs magnifiques, roses et tulipes ouvertes, renoncules, pour entourer le haut de sa poitrine qui est un melon côtelé, tandis qu’aubergine, courgette, navets et céleri-branche réussissent à dessiner son cou dont les tendons sont formés par de tendres ciboulettes !

Chaque élément de cette composition horticole peinte avec un réalisme absolu parvient à créer un portrait si expressif que le visage rubicond de l’empereur semble ravi de l’étonnement qu’il produit. Il me fixe de ses deux prunelles en grains de cassis, et ma dernière découverte sera que les poches qu’il a sous les yeux sont des fruits d’églantier !

Ô Arcimboldo ! D’où venait ton inspiration ? Ton nom est aussi bizarre que ton art ! Ce qui est certain, c’est que tu ne peux laisser personne indifférent !

Évelyne

Résultat de recherche d'images pour "arcimboldo les 4 saisons"

Des fruits, des fleurs et des légumes, façon Arcimboldo                                    

« Giuseppe Arcimboldo (Milan, 1527 – Milan, 1593), est un peintre maniériste, mondialement connu pour ses nombreux portraits délirants composés de fruits, de végétaux ou d’animaux qui se changent comme par magie en visages humains »  Wikipédia

Caricaturiste à sa façon, Arcimboldo ne craignait pas de faire le portrait de Rodolphe II, à partir de légumes, fleurs, fruits.

Mais une question se pose : Monsieur Arcimboldo faisait-il ses courses  avant de commencer à peindre une toile ? Je l’imagine, déambulant entre les étals d’un marché napolitain, et s’adresser à la marchande, tout en tenant à la main la liste des prochains éléments qui entreraient dans son imminente œuvre picturale : -Pouvez-vous me mettre un nez un peu rosé ? Je veux dire cette  poire conférence. La williams me plairait d’avantage pour sa couleur, mais sa forme de cloche serait une insulte pour mon sujet royal. Je prendrai également deux grosses pommes, les plus rouges, car  j’en ferai des joues, « rouges » de plaisir. N’oublions pas que mon prince aime la vie et les femmes. Des pommes blanches lui donneraient un air malade, peu attirant, alors que mon personnage est plutôt gourmand des belles natures qui l’entourent, et n’allons pas lui chercher un caractère sanguin, il n’aime les armes que pour les conserver dans une de ses cinq salles composant son cabinet secret. (Rodolphe II était en effet un piètre combattant, bien qu’ayant mené des guerres au nom de la religion). – Rajoutez-moi ces deux asperges vertes, j’ai une idée pour la moustache, et ces châtaignes pour l’extrémité de la barbe, mon empereur des Romains ne doit pas manquer de piquant. Ma belle marchande, je vois sur votre table des raisins. Il me faut beaucoup de raisins, des blancs et des noirs. Cet être, curieux de tout, a une propension pour la mélancolie, alors, pour contrer le pire aspect de sa … bipolarité,  quoi de mieux, pour faire face à ses tristes idées que de  les noyer dans le vin. J’ai aussi besoin d’olives pour les yeux, ou de cerises, j’hésite encore, mais bien sûr, les plus noires possibles. Un regard sombre pour ce passionné d’ésotérisme, aimant les mystères, les bizarreries de la nature, tels ces animaux hybrides et anormaux  qu’il collectionne avec délectation. Et puisqu’il ne manque pas de folie, donnez-moi des cerises rouges cette fois-ci, que je lui mettrai en boucles d’oreilles. Avec les épis de blés dans les cheveux, cela donnera à sa Majesté, un peu de fantaisie. Ah j’oubliais, quelques échalotes aussi, pour les yeux, non pas que je veuille lui soutirer quelques larmes, mais je m’en servirai pour les cernes de mon sujet qui n’est pas aussi jeune que pourrait laisser penser ma création.

Le portrait que je lui destine n’aura pas encore les couleurs de l’automne, c’est pourquoi j’ai besoin d’un maximum de cucurbitacées vertes, des courgettes, potirons encore impropres à la consommation. Ma toile achevée, je lui laisserai prendre de belles couleurs dans ma maison, et le dégusterai en soupe délicieuse, au moment de l’hiver.

 

Satisfait de ses achats, ayant en mémoire sa future composition, Arcimboldo délaissa l’étal des fruits et légumes, et se dirigea vers sa fleuriste préférée. Ce sera un chef-d’œuvre, pensa-t-il. Je reconnais avoir fait d’horribles portraits mais à quoi peut-on s’attendre quand on utilise des poissons à l’œil vitreux, des crabes, des petits poissons, argentés, certes, mais au ventre gonflé, des pieuvres, des encornets, des homards et même des tortues . Mon collier de perles nacrées autour du cou n’avait même pas réussi à embellir toutes ces carcasses.

Cette fois-ci Rodolphe II sera satisfait. Mon « Vertumne », c’est ainsi que j’appellerai mon œuvre d’art, aura autour des épaules une couronne de fleurs. En Italie, c’est un dieu que nous aimons beaucoup pour l’intérêt et l’amour qu’il porte aux fruits, aux légumes, à la culture des jardins en général. Giuseppe, se dit-il, ton heure de gloire est arrivée et t’apportera peut-être le titre de Comte.

Francine

Résultat de recherche d'images pour "arcimboldo les 4 saisons"

 Histoire de rides

Prune Pomme Poire Pêche… Prune Pomme Poire Pêche… Marion répétait cette litanie devant le miroir, comme chaque matin et chaque soir après sa toilette. Il lui arrivait même de récidiver dans la journée. Elle avait la trentaine lorsqu’elle avait commencé. L’un de ses petits élèves, le gentil et facétieux Christopher, l’avait regardée, un sourire dans les yeux et, la bouche en cœur, lui avait déclaré en pointant son petit doigt : « Là, vous avez un petit trait, comme Maman. »

Dans ces cas-là, on ne dit rien. Christopher est reparti à sa place, exactement comme le jour, où passant derrière elle assise à son bureau, juste à la bonne hauteur pour observer sa coiffure, il avait dit, joignant le geste à la parole : « Madame, j’ai trouvé votre premier cheveu blanc, hop, il est parti ! »

Là encore, Marion n’avait pas répondu, tout au moins pas tout de suite parce qu’après la classe, elle l’avait retenu quelques instants et lui avait gentiment expliqué que ces choses-là ne se faisaient pas et qu’elles se seraient plus mal passées avec une maîtresse un peu moins cool. Mais le soir, elle avait examiné avec le plus grand soin le tour de sa bouche et constaté, en effet, que quelques ridules s’étaient installées.

Et de se précipiter sur les revues à la mode, “Elle̋, “Marie-Claire̋et  autre “Vogue̋ pour y puiser quelques conseils. L’usage de maintes crèmes de perlimpinpin était suggéré, mais ce n’est pas ce que Marion recherchait.

Elle continua donc à explorer et finit par trouver dans un coin de “Santé Magazine̋des recommandations qui lui convenaient mieux. Les crèmes, elle connaissait. Beaucoup de dames de son entourage les avaient utilisées et n’en demeuraient pas moins ridées comme la mer par grand vent. La gymnastique faciale, c’était exactement ce qu’il lui fallait. Et voilà pourquoi, à soixante-dix ans passés, elle s’entêtait à clamer « U…X » et à susurrer « Prune Pomme Poire Pêche », le U…X servant à muscler, le Prune Pomme Poire Pêche à arrondir les lèvres en sourire et donc à former des rides sympathiques, pas sévères comme celles des aigries de tout poil ! Sans compter que parler de ces fruits lui mettait l’humeur en joie, car elle les aimait tous, surtout les pommes, et puis le fait qu’ils correspondent à une prononciation monosyllabique dessine une moue joyeuse. Beaucoup plus joli que potiron, panais, poireau, patate ou pourpier et plus faciles à exprimer que paulownia, penstemon, plumbago ou poinsettia. L’effet n’est pas du tout le même. “Prune Pomme Poire Pêche̋ a quelque chose de primesautier, d’estival, ça fleure bon la liberté et emmène en enfance, dans le verger des grands-parents par exemple et vous rappelle les vacances, les fous-rires, la joie de vivre sans contraintes, sans rides et sans cheveux blancs. Et Marion avait gardé en elle suffisamment de fraîcheur d’âme pour croire encore qu’elle pouvait quelque chose contre le temps et ses méfaits !

Thérèse

Les membres de l’atelier d’Ecriture le jeudi 1er février 2018 (la Galette des Rois).

 

 

 

Les portraits chinois de l’atelier d’Ecriture.

Un portrait chinois est un jeu littéraire, de type questionnaire de Proust, où il s’agit de déceler certains aspects de la personnalité d’un individu ou d’identifier des goûts ou des préférences personnelles, au travers d’un questionnaire basé sur l’identification à des personnes, des objets ou des éléments divers. 
A découvrir les portraits de l’atelier d’Ecriture animé par Thérèse Renaux Vous pouvez, vous aussi faire votre portrait chinois…