La lettre tant attendue avec l’atelier d’Ecriture…

En 1990, le nom de la ville de Guise fut mentionné dans le livre Guiness des records. En voici la raison :

Le 4 janvier 1988, Gérard Lalart, Danvou, Calvados, a reçu une lettre envoyée 50 ans plus tôt, le 6 septembre 1937, par la grand-mère de sa femme. La précieuse missive était restée coincée dans la boite aux lettres de l’ancienne gare de Guise et ne fut retrouvée que lors de la rénovation des lieux.

Imaginez la scène. Que pouvait bien contenir cette lettre ? Quels événements en ont découlé ?

      La lettre tant attendue

Ce 4 janvier 1988, Gérard Lalart trouvadans sa boite aux lettres une enveloppe vieillie et fripée. Celle-ci étaitadressée à sa femme Catherine, à son nom de jeune fille.

Très ému, Gérard resta longtemps assis dans le fauteuil du salon à regarder cette missive. Au dos de la lettre, aucune adresse d’expéditeur. Qui pouvait écrire aujourd’hui à son épouse ?Peut-être une dernière lettre de condoléances écrite pour le décès de Catherine survenu six mois plus tôt.

Gérard se décida enfin à l’ouvrir. Son regard s’arrêta d’abord sur la date écrite tout en haut de la feuille : 6 septembre 1937. « Il y a plus de cinquante ans », murmura-t-il tout bas. Il commença sa lecture. « Joyeux anniversaire, ma petite chérie. Tu as maintenant 12 ans et Mémé Germaine voulait être la première à te le souhaiter. »

Celle-ci avait été très déçue en septembre 1937 de n’avoir aucune nouvelle de sa grand-mère qui, jusqu’alors, n’avait jamais oublié cette importante date. Puis Catherine s’était consolée en se disant que la maladie avait empêché sa grand-mère d’être aussi présente que d’habitude.

Stupéfait, Gérard réalisa alors que la lettre venait de la grand-mère de sa femme décédée en 1938. Catherine avait raconté à son mari combien cette perte avait été cruelle, car elle était survenue subitement quelques mois après l’anniversaire de Catherine.

Dans l’enveloppe, en plus de la lettre,Gérard trouva un vieux billet de vingt francs qui n’avait plus cours depuis belle lurette. Gérard reposa lettre et billet, prit son téléphone et raconta à son petit-fils Jean habitant Madagascar que son arrière-arrière-grand-mère avait écrit à Mamy Catherine pour lui souhaiter un bon anniversaire pour ses 12 ans, l’âge de Jean aujourd’hui.

Anne-Marie

L’INCROYABLE HISTOIRE D’ UNE LETTRE OUBLIÉE DANS SA BOITE

  Gérard venait de sauter du lit, sans omettre au préalable d’embrasser plusieurs fois sa femme, Édith, sur son épaule dénudée. Puis, l’envie lui prit soudain de courir à la salle de bain se décrasser le visage. Il remplit le lavabo d’eau fraîche et plongea la tête dedans. Ragaillardi par l’eau gelée, ils’essuya, accrocha la serviette et dévala ensuite l’escalier en quatrième vitesse. Car, en ce lundi, il faisait un froid de canard dans la maison.

  – Compréhensible pour un 04 janvier ! pensa-t-il de façon machinale sur le seuil.

  Après, Gérard s’empressa de charger copieusement le poêle à charbon de la cuisine avec des galets de houille. Il mit le feu par-dessous et referma la trappe. Enfin, ce rituel hivernal exécuté, il prépara le café, dont les grains provenaient d’un domaine reconnu de l’île de la Réunion où il avait séjourné quelque temps.

  – Ah, ce fameux Bourbon Pointu ! s’exclama-t-il à haute voix. Que l’arôme prodigieusement velouté ! Quelle quintessence ! Une vraie perle noire !

  Gérard se doutait bien que cet élixir avait le pouvoir de remplacer les détestables, voire dangereuses potions des industries pharmaceutiques. Cet excellent breuvage réchaufferait d’autant mieux leurs corps engourdis que leurs âmes généreuses. Alors qu’il versait le doux liquide, noir et chaud, dans les tasses surannées de la grand-mère, rares vestiges d’une époque révolue, le klaxon du camion de la boulangère retentit : une fois puis trois. Gérard sut qu’un bon pain croustillant l’attendait devant chez lui. Il invita aussitôt sa femme à le rejoindre. Le petit déjeuner serait prêt dans quelques minutes.

  Pendant qu’Édith se préparait à descendre, Gérard se précipita hors de la maison et fonça jusqu’à la grille. Comme à son habitude, à l’approche du camion, il salua la boulangère d’un geste amical et qui le lui rendit. Il china deux croissants chauds et une baguette exotique puis la gratifia d’un joli sourire. D’ un petit gloussement cordial, la boulangère se cacha la bouche en le regardant s’éloigner. Ensuite, Gérard se dirigea vers la boite aux lettres : une boite standard, verte et cubique, encastrée dans la haie. De son ongle, il crocheta la serrure car il avait oublié la petite clef, accrochée au clou, près de la porte d’entrée. En conséquence, il recueillit le courrier du jour qu’il coinça aussitôt sous son bras. Après, il plongea sa main libre dans une de ses poches pour la réchauffer et contempla le camion de la boulangère s’éclipser au tournant.

  – Tiens ! s’étonna-t-il. Le facteur est passé joliment tôt ce matin. C’est curieux, je ne l’ai pas entendu.

  Puis, le froid vif le saisit soudain aux pieds et Gérard s’en rendit compte. Grelottant des orteils, il décida qu’il était urgent de réintégrer la douce chaleur de son pavillon. Il traversa l’allée de graviers à toutes enjambées et faillit glisser plusieurs fois. Parvenu sans encombre sur le perron de sa maison, il s’essuya les pieds sur le tapis arachnéen afin de dégager les petits cailloux et les morceaux de glace collés à ses pantoufles.Il ouvrit enfin la porte et entra dans le vestibule pour s’entendre dire, de l’autre côté du mur, que le café était en train de refroidir. Il déboula aussitôt dans la cuisine et souffla.

  – Fiu ! fit-il d’emblée à sa femme. Il fait vraiment froid dehors,ce matin. Je suis congelé.

  En compensation, Édith lui proposa un regard chaleureux et rempli d’amour. Assise à la table, dans son peignoir de soie neuf, une tasse dans la main, elle lui souriait de façon franche et sincère. Car elle l’aimait vraiment, son Gégé. Toutes ces années de vie commune avaient fini par la rendre heureuse.

  – Alors, quelles sont les nouvelles, aujourd’hui ? demanda-t-elle d’un ton feutré.

  – Je ne sais pas encore, répondit Gérard, posant le courrier, la paperasse publicitaire ainsi que plusieurs lettres, dont certaines volumineuses, sur le buffet. Néanmoins, la boulangère se porte bien.

  – Ah, toi et ta dérision ! reprit-elle. Quel charmeur tu fais ! Tu ne changeras donc jamais.

  – Mais je n’ai pas l’intention de changer de vie, si tu vois ce que je veux dire, conclut-il, un large sourire lui sabrant le visage.

  À présent, le quotidien du jour en main, Gérard vint s’asseoir en face de sa femme. Puis, il ouvrit le canard et parcourut la rubrique culturelle, son trésor noir en main. Alors qu’il commençait la lecture à voix haute d’une chronique sur Jacques Brel, Édith se leva de table et se dirigea vers le buffet. Gérard stoppa net sa lecture et apprécia la nouvelle sortie de bain de sa femme.

  – Non, non, vas-y, continue ta lecture, je t’écoute ! dit-elle,examinant le courrier.

  Gérard rebondit aussitôt sur l’article déplacé d’un journaliste local  à propos de la chanteuse Guesch Patti et de sa chanson : Étienne,tandis que, face à l’imposant meuble en chêne sculpté, sa femme saisissait le paquet de lettres. Édith entreprit aussitôt de les trier, mettant de côté factures et publicités puis de l’autre les lettres à proprement parler. De nouveau, Gérard s’interrompit de lire afin d’observer le déhanchement affriolant de sa femme devant le buffet. En ce lundi matin de janvier, il la trouvait vraiment très séduisante dans son peignoir bleu-gris. Alors qu’il se laissait aller à la rêverie, d’un seul coup, comme prise d’un brusque malaise imprévisible, sa femme se raidit de tout son long et s’effondra aussi rigide qu’un poteau. Les lettres et les papiers volèrent au milieu de la cuisine. Seul un courrier resta collé entre ses doigts crispés, comme un éventail un jour de canicule. Finalement, Édith ne dut son salut que grâce à la présence d’esprit de son mari qui la regardait évoluer dans la pièce. Gérard se leva brutalement de sa chaise, se cognant au passage l’articulation du genou sur le pied de la table. La tasse de café glissa de sa soucoupe et se renversa sur le journal en une grande tache brune. D’une rapidité déconcertante, il empoigna ensuite sa femme comme il put afin qu’elle évite de se fracasser le crâne sur le carrelage. Quelques secondes plus tard, ils se retrouvaient tous deux enlacés sur le sol froid. Gérard tenait Édith dans ses bras, un peu paniqué par ce qu’il venait de vivre. Une goutte de sueur perla de son front : la peur de perdre sa femme, sans aucun doute. Puis, il ressentit une vive douleur sur la rotule. Toutefois, en la circonstance, il se fichait bien de connaître l’état de son genou. Il se préoccupait davantage de l’état de santé d’Édith. Mais, ne sachant quoi faire dans l’instant présent, il attendit en silence que quelquechose de nouveau survienne.

  Plusieurs minutes, qui parurent des heures, défilèrent à l’horloge.Édith  reprenait maintenant peu à peu ses esprits. Ouf ! pensa Gérard, rassuré. Tremblotante, sa femme se ressaisit et s’assit enfin sur ses fesses. Et Gérard fit de même. Puis, il lui proposa de la relever doucement. Édith accepta car il lui sembla qu’elle se sentait mieux.Les petites étoiles tourbillonnantes, qu’elle côtoyait récemment dans sa tête,avaient disparu. Aussi, Gérard la déposa délicatement sur une chaise. Édith allongea alors les bras sur la table et entreprit d’exposer à son mari,attentif aux moindres gestes inquiétants, aux moindres mouvements indécis, un rapport explicatif. C’était le moins qu’elle pût faire. Seulement, Édith ne se souvenait pas de ce qu’elle venait de vivre. Que lui était-il arrivé ? se demanda-t-elle, les yeux fixés sur ses mains moites. Elle n’en savait rien.Pendant ce temps, tout en se frottant le genou, Gérard la gardait au coin de l’œil. Du reste, il s’était vraiment fait très mal. Il ramassa le journal, le chiffonna puis le posa sur la table. Édith tenta de se remémorer la scène d’avant sa chute. Elle se rappelait s’être déplacée jusqu’au buffet. Ça,oui ! Elle se souvenait aussi avoir saisi le courrier et… Et soudain,l’image d’une vieille lettre jaunie lui apparut en mémoire.

  – Oui, c’est bien ça ! authentifia Édith.

  – Quoi ? réclama Gérard.

  Édith sombra aussitôt dans une sorte de mutisme. Elle s’apercevait maintenant qu’elle tenait effectivement une vieille lettre surannée. Mais ce n’était pas n’importe quel courrier. Elle observa l’enveloppe comme on contemple avec admiration une relique exceptionnelle. En clair, elle venait de recevoir une lettre de sa grand-mère. Un long moment de silence traversa la  cuisine. Improbable ! se dit-elle, au fond d’elle-même. Vu l’âge que devraient avoir ses grands-parents, aujourd’hui, il était fort probable qu’ils résident dans un cimetière juif, d’ici ou d’ailleurs. Édith n’en savait rien,finalement. Pourtant, après un déchiffrement minutieux, cela ne faisait aucun doute, c’était bien l’écriture de Mémère rédigée sur l’enveloppe. Et le nom inscrit dessus spécifiait bien le sien. Celui d’avant la guerre : IditGoldstein. De même, l’adresse griffonnée sur le pli correspondait en tout point à celui de l’hôpital où elle avait séjourné une bonne partie de sa jeunesse.Édith vérifia aussitôt le cachet de la poste imprimé sur l’enveloppe. Le jour,le mois et l’année indiquaient la date du 06 septembre 1937. La lettre avait donc été rédigée une cinquantaine d’années plus tôt.

  – Non, mais, c’est incroyable ! dit-elle, décontenancée, en regardant son mari.

  D’une écoute attentive, Gérard attendait, impatient, des explications qui refusaient de se dévoiler. Il ne comprenait rien à la situation présente et semblait plutôt soucieux de l’état de santé de sa femme. Cependant, il examina,en parallèle et avec une vraie inquiétude, le renflement anormal de sa rotule.

  – Quoi ? répéta-t-il. Voyons, Édith, Je ne sais pas du tout de quoitu parles. Alors, en la circonstance, si tu pouvais m’éclairer sur la conjoncture présente !

  – Ah, oui ! reprit-elle. C’est effectivement ça. C’est incroyable.

  – Dis-moi, Édith, tu es certaine que tout se déroule normalement, en ce moment, dans ta tête ? consulta à l’improviste Gérard, ne comprenant comme colin-tampon les déclarations farfelues de sa femme. Sur ce point, j’insiste.Es-tu absolument persuadée que tu as récupéré toutes tes facultés mentales ?

  – Oui, oui ! fit-elle, l’esprit encore légèrement groggy par cet événement renversant. Écoute, Gérard, ou plutôt regarde ! Je viens de recevoir une lettre de ma grand-mère.

  – Une lettre de ta grand-mère ? releva Gérard, une pointe d’ironieau pli de la lippe. Non, c’est une blague, hein ? Mémère doit être décédée depuis de nombreuses années.

  De prime abord, Édith ne semblait pas s’amuser. D’un regard de corbeau,elle fixa son mari. Aussi, devant la mine déconfite de sa femme, Gérard se décomposa à son tour et récupéra une apparence de circonstance, responsable et sérieuse.

  – Allez, Édith, ne nous fais plus attendre ! Ouvre vite cette incroyable lettre que l’on découvre le fin mot de l’histoire !

  Muette, Édith balançait un brin la tête, de haut en bas, tandis qu’elle observait attentivement l’état de la vieille enveloppe. Puis, d’une main sûre,elle la décacheta délicatement comme un antique parchemin retrouvé au fond d’une tombe. Toutefois, malgré le soin considérable qu’elle prenait à l’ouvrir,elle tremblait à l’idée de découvrir un lourd secret de famille ou un rebondissement du même acabit, comme une nouvelle catastrophe dans sa vie de femme. Du bout de ses fins doigts, elle attrapa la lettre se trouvant à l’intérieur et posa ensuite l’enveloppe sur la table de la cuisine. Gérard la récupéra aussitôt afin de l’examiner en détail. Après, Édith déplia précautionneusement la lettre pour ne pas la dégrader davantage.

  – Elle a été envoyée de Guise le 06 septembre 1937, annonça-t-elle d’emblée à son mari, tournant et retournant l’enveloppe dans tous les sens.

  – Vraiment ? fit Gérard, relevant des yeux totalement éberlués verssa femme. C’est ahurissant.

  – Oui ! reprit-elle, montrant la vieille lettre jaunie. Regarde,elle est datée de cette époque !

  – Incroyable ! rabâcha Gérard, analysant avec minutie le cachet de la poste. En effet, c’est prodigieusement extraordinaire. Euh !… Mais…Vas-y, Édith ! Lis nous la lettre de ta grand-mère ! Je suis vraiment empressé de savoir ce qu’elle raconte.

  – Moi aussi ! estima-t-elle, un soupçon d’angoisse dans la voix.

  Dès lors, d’un ton haut perché, voire semi effrayé, Édith commença le déchiffrage du courrier de Mémère, tandis que Gérard leur versait une autre tasse de café.

  – « Guise, le 6 septembre 1937, amorça-t-elle, d’un ton qui en disait long sur la retenue de ses sanglots. Ma très chère petite Idit adorée,je profite de ce merveilleux été indien qui perdure chez nous, à Guise, pour te faire parvenir de nos nouvelles. Ici, le soleil est toujours au beau fixe. Et,comme tu l’imagines, Pépère et moi vaquons à nos occupations dans le jardin.J’ose espérer que pour toi, là-bas, au bord de la mer, le beau temps te permet de te promener sur la plage et de te réoxygéner. Nous recevons très peu d’informations sur ta vie et tes activités au sein de cet établissement… »

  Édith reprit son souffle et avala d’une traite son café. Gérard, quant à lui, se remémorait l’instant où il avait découvert la vérité sur le patronyme de sa femme. Car, lorsqu’elle était arrivée dans la famille, il ne connaissait pas son ancien nom. Il lui avait été dissimulé afin de ne pas la compromettre.Et sa femme ne lui en avait fait part que bien des années après leur mariage.Puis, Édith inspira une grosse bouffée d’oxygène et rebondit sur sa lecture.

  – « À l’ombre du prunier, engagea-t-elle, dont Pépère et moi avons savouré les fruits tout au long de la saison, je termine un livre sur l’idéologie politique du parti national-socialiste, dirigé par un certain Adolf Hitler, et la montée de la dictature totalitaire et expansionniste en Allemagne. Les graves événements qui se déroulent de l’autre côté de la frontière sont vraiment de plus en plus inquiétants. Je te donne un exemple :je viens d’apprendre par voie de presse qu’une législation raciale a été mise en place par le troisième Reich pour spolier les familles juives de leurs biens. Tu te rends compte, Idit ? Ils nous considèrent maintenant comme des moins que rien, des parias. Cette situation devient abominable et terrifiante pour les familles juives allemandes. Nous avons d’ailleurs reçu une longue lettre en ce sens de l’oncle de Bavière, Tonton Joshua, nous demandant d’accueillir de toute urgence un couple de retraités réfugiés chez eux… »

  – « Je ne sais pas pourquoi je te fais l’écho de ces sombres actualités, ma petite Idit, rengagea-t-elle, alors que le temps se prête plutôt à la légèreté et à la douceur de vivre : du haut de tes 11 ans, tu dois encore avoir la tête farcie de beaux rêves, des rêves d’avenir. Car, la vies’ouvre devant toi et éclaire ton chemin, là-bas, au bord de la mer où les couleurs du ciel et de la mer sont si remarquables. Et, au final, c’est ce qui est le plus important : ton bonheur. Si Pépère n’avait pas déjà vendu la vieille Chenard & Walcker Sport, à laquelle tu adorais, cheveux au vent, te mettre au volant, qu’est-ce que j’aimerais me retrouver avec toi et parcourir les longues plages de sable fin de la côte d’Opale ! Cependant, malgré notre relative tranquillité dans la maison de Guise, du moins pour le moment,nous avons peur de vivre d’horribles lendemains. Aussi, après mûre réflexion,et cela représente le sujet de cette missive, il est fort probable que nous déménagions… »

  Édith releva soudain la tête et observa les réactions de son mari. Elle se souvenait que, durant la guerre, il avait pris les armes. Résistant avant l’heure, il avait causé de nombreux dégâts dans les rangs ennemis. Et c’était une des raisons pour laquelle elle était tombée amoureuse de son mari. Bouche bée,Gérard semblait pris dans le mouvement de l’histoire. Aussi, Édith enchaîna sa lecture.

  Édith s’arrêta de parler. Elle se remémora soudain les dimanches après-midi avec son grand-père, traversant la campagne environnante au volant de la décapotable. Pour sa part, Gérard, féru de sport automobile, se souvenait de la course victorieuse des 24 heures du Mans de l’édition de 1923. Puis,Édith réintégra les affres de la réalité présente et reprit.

  – « Pour nous changer les idées, rattrapa-t-elle, Pépère et moi occupons notre temps à nos activités favorites. En ce qui me concerne,j’attends avec impatience la sortie d’un livre extraordinaire qu’un auteur inconnu du nom de Tolkien a écrit récemment et qui devrait t’enchanter. Car je sais que tu aimes les histoires fantastiques. Selon l’encart du journal, où j’ai relevé le renseignement, l’auteur narre les aventures du hobbit Bilbo : un personnage attachant entraîné malgré lui par le magicien Gandalf, et une compagnie de treize nains, dans un voyage vers la Montagne Solitaire, à la recherche d’un trésor gardé par le dragon Smaug. J’escompte qu’en cette période plus ou moins trouble de notre existence, ce livre te réjouisse le cœur, ma petite Idit, et redonne à ton sourire le charme et l’éclat qu’il avait jadis. Bien entendu, je me ferai une joie de tel’envoyer par courrier, dès sa sortie en librairie. Comme tu possèdes des notions d’anglais, tu pourras parfaire ton langage. Cela te servira dans ta vie future, j’en suis convaincue. Puis, ce livre t’aidera certainement à oublier l’adversité qui te poursuit depuis la disparition de tes chers parents. Car,vois-tu, ma chérie, je sais qu’ils te manquent considérablement. À nous également ! Mais notre existence est ainsi faite que nous devons chacun, à un moment de notre vie, porter notre fardeau. Enfin !… »

   Gérard se leva de façon impromptue et s’achemina jusqu’à l’évier. Puis, il prit deux verres dans le placard attenant,les remplit d’eau fraîche et les apporta à table.

   – Tiens, Édith, fais une pause et rafraîchis-toi ! dit-il, tendant le verre à sa femme.

   – Merci, Gégé, répondit Édith, l’esprit flou.

   Elle but son verre d’un trait et le reposa sur la table en se demandant où elle avait rangé ce livre : le seul colis qu’elle avait reçu de sa grand-mère à cette époque. Elle localisa facilement l’endroit où elle l’avait enfermé car elle le gardait comme un trésor. Mais elle le rechercherait plus tard.

   – Bon, je reprends ma lecture,annonça-t-elle subitement, s’essuyant la bouche avec un torchon.

   – Ok ! fit Gérard. Je ne te dérange pas plus longtemps. Vas-y ! Je suis tout ouïe.

   – « Donc, reprit-elle, comme à son habitude, Pépèretravaille dans le potager. Il vient tantôt de planter cette variété traditionnellede radis demi-longs, roses à petit bout blanc, que tu affectionnes tant avec dusel et du beurre. Puis, ce matin, il a aussi remis Bérenger en place. La têteen pot de cuivre de ton épouvantail déguenillé s’était maladroitement retournéelors du fort coup de vent passager de la nuit dernière. Et son chapeau avaitaussi volé chez le voisin. Néanmoins, maintenant, je te rassure, tout estrentré dans l’ordre. Et Bérenger se porte à merveille. Il est de nouveau coifféet semble toujours aussi heureux de garder le potager, même s’il ne fait peur àaucun oiseau à plumes. D’ailleurs, puisque j’en parle, j’ai la soudaineimpression qu’il nous observe, en ce moment, Pépère et moi. Je me demande cequ’il pense. Sûrement doit-il vouloir dire qu’il aimerait bien, lui aussi,courir sur la plage et te serrer très fort entre ses gants de jardinier puis tedispenser plein de chaleureux bisous ! Bref, voilà pour les nouvelles dela vie à la maison de Guise ! Maintenant, j’ose de nouveau espérer, ma Iditchérie, que les infirmières du sanatorium te traitent convenablement et que lessoins qu’ils te prodiguent, afin d’éradiquer cette mauvaise infectionpulmonaire que tu as subitement déclenchée, porteront les effets escomptés. Jesais que ce bon air frais et iodé de la côte d’Opale te fera le plus grand bienet que tu es une petite fille forte. Et je sais aussi que tu vas te rétablirbien vite… »

  Édith sourit car toutes les recommandations de sa grand-mère s’étaient révélées vraies. Cependant, elle sentait bien que le ton de la lettre allait changer.

  – « En revanche, dit-elle, d’un ton monocorde, comme je te le disais plus haut, nous allons être contraints d’abandonner la maison et nous absenter quelque temps. Et, crois-moi, nous n’allons pas le faire de gaîté de cœur. Certes, nous avons encore du temps devant nous. Mais je pense que, tôt ou tard, ce sera une question de vie ou de mort. Aussi, nous nous préparons à quitter notre belle maison de Guise. Je sais que cette nouvelle va te rendre triste et te procurer un réel chagrin. Mais, vois-tu, Idit chérie, nous y sommes bien obligés. Car les événements en Allemagne s’accélèrent et nous n’avons plus le choix. Un jour, cette folie parviendra à franchir la frontière et débarquera dans le village, au seuil de notre porte et jusque dans notre intimité. Alors, nous ne voulons en aucune façon être pris au dépourvu. Les actualités nous rabâchent les oreilles sur ce troisième Reich qui s’obstine à s’armer de jour en jour. Il est donc sérieux de considérer qu’une nouvelle guerre se prépare. Et Pépère et moi sommes d’avis d’admettre qu’elle est imminente. Car, selon les journalistes de la T.S.F., les préparatifs vont bon train. Toutefois, ne t’inquiète pas, ma petite Idit ! Toi, tu ne risques rien. Nous avons fait en sorte de te récupérer de nouveaux papiers d’identité.Tu vas changer de nom mais ton prénom restera le même. Il sera juste traduit en bon français de souche. Seulement, il ne faut pas que tu oublies qu’en raison de nos racines juives, nous serons les premiers à être dépossédés de nos avoirs et de nos ressources, voire de notre vie elle-même. Il est donc raisonnable dépenser à l’avenir, à ton avenir. Aussi, nous mettons, d’ores et déjà, la maison de Guise en vente. Nous déposerons l’argent de la succession, en franc or, dans une boite de fer que nous enterrerons quelque part dans le parc de la maison.Par message, je te préciserai l’endroit exact dans le livre de Tolkien. Et je pense que personne n’oserait imaginer une telle cachette. Ainsi, s’il devait nous arriver un grand malheur, tu pourras toujours revenir chercher ce pécule afin de te construire, ma petite Idit, un très bel avenir et une très belle vie… »

  D’une stupéfaction bien compréhensive, Gérard ne put s’empêcher découper la parole de sa femme.

  – C’est incroyable, cette histoire ? dit-il.

  – En effet ! répondit Édith. C’est tout bonnement stupéfiant. Mais laisse-moi terminer cette lettre et nous en reparlerons après !

  – Tu as raison, Édith. Je suis désolé. Vas-y, continue !

  – « Maintenant, conclut-elle, nous nous préparons à nous engager vers une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique. Car nous allons quitter Guise et partir vivre à New-York. Nous allons rejoindre d’autres cousins déjà installés et qui ont trouvé un petit job de musicien de music-hall à Pépère,une boite à la mode du côté de Manhattan. Il va pouvoir reprendre son vieux violon. Néanmoins, puisque après le dramatique accident de camion qui a causé la perte de tes parents, ainsi que des parents de notre bru, tu as été confiée à nos bons soins, nous resterons tes tuteurs jusqu’à ta majorité. Seulement,puisque la maladie que tu as déclenchée, suite à ce lourd traumatisme, t’oblige à demeurer dans cet hôpital, nous avons décidé, Pépère et moi, de te placer dans la famille Lalart, dont le fils Gérard a presque le même âge que toi. Les parents de cette famille sont des amis de longue date et, tu vas voir, ils sont très gentils. Puis, Gérard est un élève brillant, promis à un avenir radieux.Alors, je pense que vous vous entendrez bien tous les deux. Enfin, je te le répète une fois de plus : ne t’inquiète surtout pas pour nous, ma petite Idit ! Je sais que nous allons nous en sortir. Et je te promets qu’après cette possible guerre que l’on dit imminente, nous nous retrouverons ensemble à Guise, comme du temps où nous partagions ces forts moments de réjouissance et d’optimisme dans le jardin fleuri de Pépère à manger des radis. À très bientôt,je l’espère, ma petite Idit chérie ! Pépère et moi t’embrassons et t’aimons très fort. Signé : Mémère. »

  Sitôt la lecture de la lettre terminée, Édith se tut. Elle entra dans une sorte d’aphasie. Un lourd silence oppressant vint envahir l’espace de la cuisine. En un instant, Édith fut submergée par tout un tas d’émotions perceptibles. Elle se rappelait la maison de Guise, les radis et la voiture,puis l’hôpital du bord de mer, la plage et les promenades, et enfin son arrivée dans la famille Lalart. Dans sa tête, tout se brouillait. Pendant un court laps de temps, elle aurait également voulu ne pas la recevoir, cette lettre. Gérard,quant à lui, ne pipait mot. Il était aussi stupéfait que sa femme. Un tas de questions lui traversaient l’esprit. La maison de Guise existait-elle encore ? Quelle est cette force qui l’avait poussée à se marier avec Édith ? Leur vie de retraités décontractés allait-elle devoir changer ? Suite à cette lettre, comment allait réagir sa femme ? Le temps resta un moment en suspension jusqu’à ce qu’un boulet de charbon roule à l’intérieur du poêle et se cogne sur la paroi. Les yeux dans le vague, Édith réagit la première.

  – Tu te rends compte, Gégé ? dit-elle, désorientée, mais se tournant vers son mari. Ma grand-mère m’avait écrit une lettre.

  – Oui ! répondit simplement Gérard.

  Pendant des nuits et des nuits, la tête au fond de son oreiller, Édith avait espéré recevoir cette missive. Malgré le fantastique livre de Tolkien,qu’elle avait effectivement reçu, elle avait tant pleuré, le soir, en se demandant ce qu’il était advenu de ses grands-parents. Puis, sans nouvelles, un beau jour d’août, comme sa grand-mère l’avait suggéré dans la lettre, elles’était mariée avec Gérard, le héros de la famille qui était sorti de la guerre sans une égratignure et avait réussi sa vie. Une drôle d’idée lui parcourut aussitôt l’esprit.

  – Dis, Gégé, ça te dirait de partir en voyage ? annonça-t-elle sans fioritures. J’aimerais enfin retrouver mes racines.

  Gérard n’eut pas le temps de la réflexion, Édith, courrier en main,s’était déjà levée de table. Puis, à la montée de l’escalier, elle apostrophade nouveau son mari.

  – Allez, remue-toi et viens préparer nos bagages ! cria-t-elle,s’engageant sur les premières marches. Nous partons.

  – À New York ? demanda stupéfait Gérard.

  – Bien sûr que non ! enjoignit Édith. Que tu es sot ! Nous avons besoin de passeports pour cela. Alors, en attendant, nous allons faire un crochet par Guise. Là-bas, j’en apprendrai certainement un peu plus.

  Guise, ce n’était certes pas New York, et encore moins le bout du monde.Puis, un éventuel trésor de guerre, enfoui quelque part dans la maison dejeunesse de sa femme, attendait de retrouver son propriétaire. Ah, ces histoires de boite et de lettre ! En vérité, maintenant, toute cette aventure lui donnait le tournis. Il se sentait pris dans un tourbillon infernal. Alors, le genou en vrac, Gérard s’exécuta tant bien que mal. Car, au fond de lui, il le savait depuis toujours : quand Édith avait une idée entête, rien ne pouvait lui faire changer d’avis. Pour se changer les esprits,Gérard rejoignit le poêle à charbon. Puis, de son tisonnier, il activa les boulets rougis par le feu. Après, il se posta au bas de l’escalier, inspira une bouffée d’air et souffla. Levant les yeux, il aperçut soudain sa femme en train de fouiller dans le tiroir secret de la bibliothèque. Que cherchait-elle ?Gérard sourit. De toute évidence, il savait ce que sa femme recherchait :le livre de Tolkien et le message qu’il contenait. Édith sortit le bouquin du tiroir. Puis, elle l’ouvrit à la première page afin de prendre connaissance du message de sa grand-mère, qu’elle avait déjà pu apprécier à l’époque mais qu’elle n’avait jamais su déchiffrer en son temps : « ton avenir est enfoui sous la boite aux lettres ». Quelles drôles d’aventures que ces histoires de boites aux lettres ! se dit-elle. Quelle coïncidence !Cinquante ans après avoir reçu le livre, elle comprit enfin ce que le message voulait dire et pourquoi personne ne songerait à creuser sous cette boite afin d’y découvrir la cachette d’un trésor, son magot. Du reste, elle n’avait jamais eu besoin de cet argent. Gérard retourna dans la cuisine, s’assit et alluma une clope en imaginant la « Grosse Pomme » : cette incroyable machine à rêves, frénétique et vertigineuse.

Étienne

            Le facteur est passé

Francine est dans sa cuisine. Elle prépare un gâteau pour ce soir, et ses deux mains sont pleines de farine.

« Madame Francine Lalart… C’est pour toi ! » dit-il, intrigué.

« Une lettre de ma grand-mère ! »s’écrie-t-elle. « Ma grand-mère ! Et la date indique 6 septembre 1937 ! Alors que nous sommes en 1988 et que ma grand-mère est décédée pendant la guerre de 40 ! »

Francine essuie ses deux mains enfarinées sur son tablier de cuisine et regarde avec étonnement la missive. Elle ouvre l’enveloppe avec précaution et n’en croit pas ses yeux !

« Une lettre âgée de cinquante ans ! » dit Gérard interloqué ! « Le 6 septembre 1937, nous venions tout juste de nous marier ! Et que dit cette lettre ? »

Francine ajuste ses lunettes et lit :

« Ma chère petite-fille Si tu savais comme j’ai regretté de ne pouvoir assister à ton mariage ! Mais comme tu le sais, avec ma santé fragile, il m’était impossible de me déplacer. J’espère que mon cadeau t’est bien parvenu.Je te souhaite, ainsi qu’à Gérard, tout le bonheur possible. Soyez heureux, mes chers enfants !Je vous embrasse de tout mon cœur.Mémé Georgette. »

Francine s’est assise, la gorge nouée et les jambes faibles. Elle a envie de pleurer. Tant de souvenirs lui reviennent ! Son mariage, sa grand-mère disparue, le cadeau reçu…

Elle regarde l’enveloppe qui vient de Guise, là où vivait sa chère grand-mère

« Qu’a-t-il bien pu arriver à cette lettre pour qu’elle ne te parvienne pas en 1937 ? » demande Gérard.

« Elle aura sans doute été coincée quelque part et retrouvée ! Demain, j’irai à la Poste pour essayer d’avoir des explications ! » répond-elle en essuyant la buée sur ses lunettes.

Francine regarde Gérard. Eh oui ! Ils sont mariés depuis cinquante ans ! Quelqu’un vient de leur rappeler qu’ils ont été très heureux ce jour-là et qu’ils sont encore l’un près de l’autre à soixante-dix ans passés !

Évelyne

               Une lettre oubliée

Guise, le 6 septembre 1937

Mes chers petits-enfants,

J’espère que vous allez bien et que vous vous êtes bien habitués dans le Calvados ; c’est certainement un grand changement pour vous Je me demande si vous avez un jardin avec des pommiers et si vous appréciez le camembert et le cidre, voire le calvados.

Quelques nouvelles de Guise : le Familistère fonctionne toujours très bien et nombreux sont ceux qui y logent,avec l’école, le bambinat, le théâtre, l’économat, même la piscine. Comme vous pouvez le penser, ce n’est pas moi qui irai voir, même les doigts dans l’eau ! André Godin a sauvé Guise, car après la guerre, ce n’était qu’un tas de débris. En parlant de guerre, ici à Guise, nous avons très peur de l’Allemagne, car Adolf Hitler remilitarise et veut étendre son espace vital. Il semblerait donc que l’Allemagne se prépare à une guerre. C’est inquiétant et malsain. Je sais que nos politiques essaient d’y voir plus clair. Adolf Hitler désire la vengeance après l’humiliation.

Nous avons tant souffert et perdu bien des hommes de la famille, aussi j’espère ne plus jamais voir ça. Et chez vous, ya-t-il les mêmes craintes ?Mes voisins, les Renaux, ont quitté Guise et sont partis près de Lyon pour le travail.

Charles Dupont, le garçon que vous connaissez, a quitté l’école Jeanne d’Arc pour aller enseigner à Soissons Dans la région voisine,les vendanges se terminent assez tardivement à cause du manque de soleil cette fin d’été. 

J’espère aussi que votre commerce est prospère et qu’il vous laissera un peu de temps libre pour venir à Guise.J’aimerais tellement vous voir Au plaisir de vos bonnes nouvelles me rassurant au sujet de cette guerre Je dis mon chapelet ous les jours espérant que Dieu nous entendra.

Bons baisers à vous deux.

Mamie Augustine.

Françoise

                    Témoignage

Le facteur – ou le préposé – frappe à la porte. Gérard, la soixantaine bien sonnée, reçoit une missive dont l’envoi se situe cinquante ans plus tôt et qui a été écrite et signée de la main de la grand-mère de sa femme en 1937, époque assez lointaine, méconnue de ce couple qui, justement, vit dans la maison de cette grand-mère. Yvette, la femme de Gérard, n’a pas connu cette grand-mère maternelle, mais en a        entendu parler par ses parents. Elle habitait Guise, une petite ville de l’Aisne, d’où elle avait débarqué de Danjou, nommée par l’administration postale suite à un concours Les parents d’Yvette ont donc repris la maison familiale. Il y avait assez de place pour y loger une famille, avec un grand jardin potager qui allait être utile vu les événements qui ont suivi.

C’est avec émotion qu’Yvette reçut donc cette lettre, d’autant plus que cette grand-mère était décédée lors d’un bombardement de la poste de Guise Elle hésita longtemps, touchant, retournant cette lettre avant de l’ouvrir. Elle contenait deux missives dans laquelle la mamie racontait sa vie de postière et décrivait son nouveau logement. La deuxième missive contenait un mandat de vingt francs qui, à l’époque, était une grosse somme d’argent.

Dans la lettre, la mamie disait qu’elle envoyait ce mandat en cadeau pour la première naissance qui devait avoir lieu chez sa fille et, vu les événements dont elle commençait à être témoin, elle préférait lui envoyer de l’argent, elle en aurait bien besoin Gérard fit voir le mandat au postier qui lui promit de se renseigner pour savoir s’il était encore valable.

Yvette et Gérard étaient très émus. Ils conservaient une photo de cette grand-mère, assise à son guichet, souriante, entrain de composter les lettres destinées à des familles dans toute la France.Ils mesuraient à quel point le temps avait passé et comment l’évolution du monde avait changé les rapports entre les hommes Maintenant, tout est virtuel. Gérard et Yvette pouvaient toucher, sentir ce pli venant de l’écriture de leur grand-mère.Celle-ci y avait mis tout son amour et l’espoir de voir ses prochains petits-enfants. Les événements ne le lui ont pas permis. Il reste donc cette lettre, cette preuve que la grand-mère avait envoyée pour concrétiser tout son amour à cette famille qu’elle avait quittée pour son travail.

Marie-Jeannine

                      Jolie poupée

Le maire de Danvou était venu remettre personnellement la lettre à Gérard Lalart. La curiosité le fit rester lorsque le veuf déchira l’enveloppe jaunie de ses mains ridées et tremblantes. 

                                                                       Guise, le 6 septembre

Ma petite Ninine,

Ta mère m’a annoncé ce matin au marché ta réussite au Certificat. Je suis bien fière de toi !

J’ai toujours su que tu étais une gentille fille appliquée dans tes études. Je fais taire les mauvaises langues lorsqu’elles m’évoquent tes excursions dans les bois. Je vais rabattre son caquet à Madame Depedcer, elle qui a dix petits-enfants dont aucun ne réussit à l’école  Viens me voir, ma petite chérie, que je récompense ta conduite avec cette jolie poupée que je t’ai promise. Tu la mérites bien, va !

                                                                                                                                                                                                 Mémé

Le fonctionnaire guettait la moindre réaction du vieux. Il ne fut pas déçu. Dès les premières lignes, un rictus barrait le visage de Monsieur Lalart. Il explosa de rire en lisant la suite Combien de fois Catherine lui avait raconté comme elle se faufilait par la fenêtre de sa chambre,escaladait le muret, rampait dans le potager de Madame Depedcer pour traverser les champs et le rejoindre dans les bois !

Il se remémora avec une joie émue ces baisers et caresses au goût de fougère et de champignon En relevant ses yeux humides, il fut frappé par l’expression de la poupée en porcelaine qui trônait depuis des lustres sur une étagère poussiéreuse. Les yeux angéliques se teintaient d’une lueur malicieuse.   

Sarah

      Une lettre inattendue

Eh ben, dis donc, en voilà une drôle de lettre ! Viens voir, Micheline ! Elle est pleine de tampons…Passe-moi mes lunettes… Merci… Voyons !… Il est écrit « Avec les excuses de la Poste »… et elle t’est adressée !

Montre un peu !… Ça alors !L’adresse derrière est celle de ma grand-mère. Je ne me souviens même plus de son écriture… Bon, j’ouvre ?

Ben oui, ouvre !

Tout de même, je suis émue. Mémère est morte il y a bien longtemps, c’est comme une lettre d’outre-tombe… Bon, voilà,je lis

                                                                   Guise, le 6 septembre 1937

Ma chère petite-fille,

         Dans quelques jours, tu auras 16 ans. Comme je ne peux pas me déplacer et que ton père ne voudra pas venir, je prends la plume pour te souhaiter un très bon anniversaire. J’aurais voulu le faire pour de vrai, mais tu sais comment est ton père. Il s’est fâché et, têtu comme il est, il ne veut pas se réconcilier. Peut-être que si tu intervenais, il accepterait de venir faire un tour du côté de Guise. Ça réjouirait mon cœur de vieille mère.

À part ça, je vais bien malgré mes rhumatismes et mes pieds qui ont du mal à me porter.Depuis tout ce temps que nous ne nous sommes pas vues, il s’est passé beaucoup de choses ici. La petite Françoise avec qui tu aimais jouer a attrapé la typhoïde comme pas mal de gens, et elle en est morte. J’ai eu la chance d’y échapper, mais ce fut une dure période pour notre petite ville.

Mon vieux Youki  m’aquittée aussi. Il était bien vieux et n’était plus guère vaillant. Je n’en ai pas repris .Sinon, pour te donner une nouvelle plus réjouissante, Lucette, la fille de mes voisins, qui venait d’avoir 17 ans, s’est mariée avec Guy, le fils du boucher. C’était une belle cérémonie. Elle avait une vraiment belle robe. Depuis, ils ont eu des jumeaux qui font les quatre cents coups

La récolte des pommes est excellente et j’en aurai pour tout l’hiver. Pareil pour les pommes de terre Voilà. J’espère que ma lettre te fera plaisir et qu’elle te trouvera en bonne santé. Écris-moi et raconte-moi votre vie là-bas. Ton père a-t-il fait- de belles récoltes ? Avez-vous toujours votre gros matou ?

Embrasse bien tes parents et ton petit frère que je n’ai pas le bonheur de connaître, et surtout, dis à ton père que je ne lui en veux pas. Vous me manquez beaucoup. Je me fais vieille et Dieu sait combien de temps il me reste.

Je t’embrasse très fort

Ta grand-mère

P.S. J’ai glissé un petit billet pour que tu te fasses un plaisir.

Micheline pleurait à chaudes larmes.

Eh ben, grosse bête, pourquoi tu pleures ?

Si j’avais reçu cette lettre à temps,Mémère ne serait peut-être pas morte sans nous revoir… La nouvelle de son décès nous est arrivée quelques années plus tard. La lettre est datée de 1937 et elle est morte l’année de mes 20 ans, en 1941, en pleine guerre… Mon père était au front, on ne savait pas où, donc il n’a pas su pour sa mère et il est mort, lui aussi, fâché avec sa mère… Quelle misère ! J’aurais préféré ne jamais la recevoir, cette lettre ! Quel chagrin elle a dû avoir de ne pas recevoir de réponse. J’ai toujours cru que la fâcherie venait d’elle.

  • Écoute, si tu veux, nous irons à Guise chercher sa tombe. Ça n’arrangera rien, mais tu te sentiras peut-être mieux.

Oh oui ! Et nous emmènerons les enfants et leur raconterons pour que jamais ça ne recommence !   

Thérèse

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L’atelier d’Ecriture; la rentrée…

Le SOCROTA

Magnifiques photos, mais triste histoire que cette épave échouée sur la plage du Touquet !

Que reste-t-il de ce cargo revenant d’Australie et se rendant à Londres, son pays ?

À voir l’épave, on peut imaginer qu’il était imposant et devait contenir bien des marchandises, et des hommes aussi qui ont trouvé au Touquet l’endroit pour s’abriter.

Cette épave n’a pas trouvé refuge dans un cimetière à bateaux, mais se plaît au large du Touquet, se montrant plusieurs fois dans l’année.

Couchée sur le côté, qu’elle est belle cette épave qui se laisse admirer, donnant l’impression de voir un pêcheur les pieds dans l’eau, ciré sur le dos couvert d’algues, et plus loin un rameur essayant de sauver ce qui peut l’être !

Cela fait cent ans qu’il est là et il semble y être pour encore des années.

Pendant longtemps, on se posera des questions.

Françoise

Une honte

Je ne parviens pas à pardonner cet acte odieux de l’abandon en masse de toutous juste avant l’été, alors que les maîtres projettent, eux, de se prélasser à la mer sous le soleil. Je peux seulement élucider ce mystère où flotte un lourd parfum d’égoïsme. Le dictionnaire ne sera jamais assez énorme pour contenir les mots de condamnation sans pitié que méritent de tels actes.

Je ne peux m’empêcher d’espérer qu’aux confins d’un univers luminescent, la voix d’outre-tombe de ces pauvres sacrifiés gâche les vacances de ces maîtres indignes en troublant l’eau cristalline dans laquelle ils se baignent. J’irai même jusqu’à souhaiter qu’elle devienne rouge carmin comme le sang. La plus belle réussite de ma vengeance serait que l’hôtel paradisiaque où ces maîtres ont réservé leur séjour s’avère être une ancienne usine de cartonnage réhabilitée pour tromper des touristes crédules.

Anne-Marie

1915-2018 – Voilà plus d’un siècle que ce bateau repose au large du Touquet. Les dernières photos, celle appelée « le Pêcheur » et l’autre « le Rameur », montrent que la vie de cette épave sera bientôt terminée.

Il y a quatre années, nous avions déjà travaillé sur le Socotra à l’atelier d’écriture. Les photos qui nous avaient servi de support montraient alors une épave beaucoup plus structurée. Les tempêtes de cette dernière décennie n’ont pas seulement rogné nos côtes. Elles ont aussi malmené les restes de ce bateau échoué depuis décembre 1915. Lorsqu’il aura disparu, seuls les écrits et les photos attesteront de cet épisode de la guerre 14.

Cela prouve, s’il en était besoin, que le devoir de mémoire est une absolue nécessité. Bien sûr, il ne saurait être question d’établir un parallèle entre la mort d’un bateau et le massacre de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Néanmoins, entretenir le souvenir des événements passés pourrait, enfin, espérons-le, éviter de reproduire les erreurs et les crimes du passé.

Oui, je sais, j’enfourche, une fois de plus, mon cheval de bataille. Désolée !

Heureusement, l’échouage du Socotra ne provoqua, lui, aucune perte humaine. De plus, il permet à des artistes photographes d’immortaliser des images magnifiques de notre Côte d’Opale.

Anne-Marie

SOKO, LE PÊCHEUR DE TEMPS

La mer vient de se retirer, au loin, au bout de la plage. Après la marée, le long de la laize, elle abandonne derrière elle tout un tas de détritus hétéroclites, en général des déchets polluants. En cette matinée d’hiver, sous le ciel gris, la Manche se confond avec les écrasants nuages qui filent à l’horizon. Personne ne se promène sur le sable. Le froid et l’atmosphère humide ont certainement rebuté les habituels promeneurs. Cependant, assis sur la rambarde de la digue, un homme observe assidûment un point précis situé Sud-Ouest. Il semble attendre son heure. Car, il le sait, dans quelques minutes, la marée aura dégagé les derniers vestiges métalliques du steamer britannique qui s’est échoué, là, un siècle auparavant.

Trabert Pondu est horloger de métier. Une activité de précision. Cela lui a certainement suggéré cette raison qui l’a conduit à se passionner pour la photographie. Certes, Trabert est un photographe amateur. Mais il a le souci du détail. Il a l’œil comme on dit. Et il adore vadrouiller par tous les temps au bord de la mer, son appareil sous le bras. Trabert repère les objets incongrus, sortis du sable ou de la vase. Puis, il les fixe sur sa pellicule et en tire de superbes clichés qu’il exposera peut-être, un jour, au musée de la marine de sa ville.

Néanmoins, ce que Trabert affectionne le plus dans les images qu’il photographie, ce sont les reproductions étonnantes qu’il tire de cette épave. Il en a des centaines. Et toutes ont leur propre thème, leur propre coloration. Alors, ce matin, à l’aube, puisque la marée présente un fort coefficient, Trabert en a profité pour enfiler son ciré jaune et ses bottes puis, son canon en bandoulière, il est descendu à la plage malgré le vent glacial. Il s’en est allé approcher une nouvelle fois ce qu’il présente comme son cargo, puisqu’il est le seul à s’y être intéressé d’aussi près. Car Trabert cherche le cliché rare, celui qui exprimera un tableau, une scène unique.

L’épave est dangereuse. Il le sait. Des trous d’eau se forment autour des débris métalliques. Il faut faire très attention où l’on met les pieds. Mais Trabert est un expert de ce cargo en ruine qu’il connaît comme ses bottes. Puis, il a observé l’épave sous toutes ses coutures. Il a attendu le moment précis. Il a ensuite saisi cet instant fugace où la magie de la lumière d’Opale opère et donne un rendu extraordinaire. Car, parfois, d’étranges formes peuvent inopinément émerger de l’eau. Ce matin-là, à l’aube, est apparu Soko, le pêcheur de temps.

– Depuis combien de temps je patauge, pétrifié dans cette épave, en attendant de renaître à la vie ? s’interroge Soko. Je compose pourtant un tableau exceptionnel. Regardez-moi ! Les pieds figés dans la vase, j’essaye d’attraper, à mains nues, ce corpulent poisson préhistorique rouge et blanc qui me nargue depuis des décennies. Il est là, juste devant moi, à quelques centipouces. Il ne bouge pas d’une arête. Et, cependant, malgré mes efforts, je n’arrive pas à l’atteindre. C’est profondément frustrant de ne pas obtenir ce que l’on brigue au moment où on le désire. En quelque sorte, nous sommes tous les deux ossifiés pour l’éternité au fond de cette carcasse rouillée. Mais, ne vous y trompez pas ! Un jour, je le sens, un être passionné viendra. Il nous remarquera et sera ébloui par notre spectacle. Puis, de notre portrait, il imaginera un cliché d’une beauté remarquable. Certaines personnes perçoivent des choses que d’autres ne soupçonnent même pas, ou négligent. Il ira alors nous présenter lors d’une exposition photographique afin que notre image perdure. Qui, alors, se souviendra de notre histoire ? Ce pourquoi nous en sommes arrivés là ? C’est long, un siècle, très long. C’est même de l’ordre d’une vie, je dirais. Et, avec le temps, on oublie vite… Une vie à pêcher ! Une existence à faire semblant d’attraper ce poisson. Juste pour la photographie ! Juste pour justifier une vie d’imposture et pêcher ainsi des fous rires. C’est ce qui est drôle… Mon histoire intéresse-t-elle quelqu’un ? Je me le demande. Jadis, j’étais un jeune homme élégant, grand et fort, et je participais du savoir-vivre et du raffinement de l’époque. Dans la salle des machines, je travaillais sans relâche à fournir l’énergie nécessaire à la navigation du cargo. Je chargeais copieusement le charbon dans les immenses fourneaux. Et j’étais heureux. Je ne pensais à rien. Je ne sortais au grand jour que lors des escales. Et j’ai vu du pays. Et j’ai vu mon naufrage… Aujourd’hui, je ne ressemble plus à grand-chose mais j’ai rencontré mon ami Trabert Pondu qui m’a redonné la vie. Je lui en suis infiniment reconnaissant.

Soko se réveillait de sa nuit marine et constatait, à marée basse, la fuite inexorable du temps. Il allait bientôt disparaître et cesser d’exister. Il vivait déjà une existence en lambeaux et n’attendait rien de demain. Mais il savait dorénavant qu’il resterait dans la mémoire collective des habitants de ces lieux.

Étienne

Le Socotra : le Pêcheur

Quelle étrange photo, effrayante et fantomatique, que celle dite du « Pêcheur » !

Le 6 novembre 2014, je me trouvais ici, chez Thérèse, pour la première fois, et le Socotra (dont j’ignorais complètement l’existence) fut proposé à mes regards effrayés ! Qu’allais-je raconter ? Je me souviens d’y avoir vu un pirate, tout en divaguant sur une histoire de flibustiers ! Je sais surtout que j’essayais de ne pas faire trop mauvaise impression lors de ce premier travail !

Aujourd’hui, j’y vois toujours un pirate du 18ème siècle, mais puisqu’on me dit qu’il s’agit d’un pêcheur, son bicorne peut alors devenir un large chapeau de paille tandis que sa main extirpe un curieux animal marin muni de nombreuses pattes !

J’aime beaucoup la baleine échouée derrière lui ! Elle ressemble plutôt à une morue séchée ! Elle a l’œil rond et noir, et la bouche outrageusement maquillée de rouge. C’est visiblement une baleine de mauvaise vie !

Ce pêcheur serait-il une pêcheuse ? De longues mèches de cheveux retombent autour de ses épaules, mais cela ne signifie rien !

Je m’aperçois soudain qu’il (ou elle) porte sur la hanche une besace bleue !

Bravo au photographe qui me fait découvrir des choses étonnantes et qui remue l’imagination du spectateur !

Évelyne

Est-ce que la nature et le temps parviennent à transformer une catastrophe, et ici dans le cas du Socotra, une épave en œuvre d’art ?

On est loin d’imaginer le bateau qu’il était dans cette période de la Première Guerre mondiale. Ses cales contenaient des balles de coton, de l’alcool, du blé. Trente-six marins étaient à son bord. Il n’a pas connu de fin tragique digne d’entrer en filmologie, il n’a pas été abattu par les forces ennemies, il a tout simplement sombré.

Aujourd’hui, c’est un photographe qui immortalise ses derniers vestiges. Et le résultat interpelle.

La couleur opale de la mer donne une toile de fond à une architecture de fer, rouillée, dentelée, couleur sable et corail, et la forme enguenillée, comme sortant de la mer, est celle du « pêcheur » ainsi nommé.

On y voit la forme d’un insecte, une tête de sauterelle ou de grillon qui aurait été fossilisée par les coquillages et, à l’arrière, un abri, la coque arrondie.

Ce pêcheur appelé à disparaître, les jours de grandes marées pour mieux donner l’impression de se désensabler lorsque la mer se retire, semble venir d’un autre monde et pourrait inspirer auteurs et dessinateurs de bandes dessinées.

J’ai chez moi une lithographie ayant la même couleur opale. Le peintre fait sortir de la mer deux femmes nues, la tête enveloppée d’un corail jaune orangé, tenant dans les mains une sorte de spectre marin. C’est « la naissance du monde » pour qui croit que la vie a pour origine le monde aquatique.

Ce tableau pourrait symboliser le début, la photo du Socotra, la fin.

Francine

Epave au large du Touquet qui donne lieu, à chaque fois que les marées le permettent, à un spectacle extraordinaire. Mais au fur et à mesure du temps, le spectacle change.

Au tout début, lorsque le bateau fit naufrage, il fut coupé en deux morceaux, donc irrécupérable, nul ne sait quelle en fut la cause. Toujours est-il qu’actuellement « les restes » sont encore visibles et donnent lieu à un spectacle que l’imagination des hommes a rendu féérique.

Les photographes s’en donnent à cœur joie, et ce cargo est devenu une vraie vedette, provoquant des réunions, des recherches, des photos.

Thérèse nous expose plusieurs clichés de ce qu’il reste de l’épave. Cela me laisse rêveuse en pensant qu’il y a encore ce bateau échoué qui n’a que ce nom « Socotra » pour le désigner. Chacun y voit des formes, des mouvements, des couleurs.

On peut aller le voir à marée basse, et si le temps le permet, c’est là qu’il donne tout son effet, fascinant, laissant libre cours à l’imagination, avec comme écrin, cette belle plage du Touquet.

Deux photos, et c’est surprenant, nous montrent des formes humaines, l’une pêchant, l’autre ramant, comme si elles avaient enregistré tous ces gestes séculaires de nos pêcheurs qui naviguent le long des côtes.

Un jour, cette épave disparaîtra à jamais, elle sera entraînée au large pour son dernier voyage.

Marie-Jeannine

Ce fut un fier cargo.

Plus de ans déjà depuis son échouage !

Plus de cent ans qu’il s’est brisé, livrant ses flancs à l’océan !

Plus de cent ans que le temps coule et le transforme, que les vagues le modèlent et le façonnent !

Lorsque arrivent les grandes marées et que la mer se retire, nombreux sont les visiteurs à admirer les tableaux offerts par son épave.

Par ses photos, Bertrand Dupont s’en est fait le chantre. On découvre là un pêcheur jetant ses filets, ici un pont, plus loin un ventre de baleine auprès duquel rame un géant ou même une tonnelle juste posée pour accueillir quelque naïade égarée et qui pourrait nous laisser croire en voyage sur la baie d’Along, sans oublier ces têtes de caniche et de cerf occupés à faire rêver les amoureux des animaux.

Si le soleil consent à être de la partie, nos yeux se régalent d’une profusion de couleurs : des ocre, des bronze, des bleus d’acier, des écarlates et des verts d’eau avec, ici et là, quelques touches d’opale. De quoi régaler le pinceau du peintre le plus gourmand, le stylo du poète le plus rêveur.

Quant au badaud, venu là juste pour voir, il repart émerveillé, des images et des songes plein le cœur.

Et l’on se prend à espérer que le temps, les marées, les tempêtes n’effaceront pas à jamais ces merveilles.

Thérèse

L’atelier d’Ecriture en vacances…

L‘atelier d’Ecriture emmené par Thérèse a aussi clos sa saison par un moment de convivialité.

Thérèse et sa bande donnent rendez- vous le 6 septembre. D’ici là, n’hésitez pas à participer à l’atelier spécial  été dont le thème est les « QUATRE SAISONS ».

Infos complémentaires à lire sur l’article publié le 9 juillet sur ce blog.

                                   Félicitations aux membres de l’atelier d’Ecriture. Merci à Thérèse pour le travail accompli avec passion tout au long de cette session 2017- 2018. 

 

Atelier d’Ecriture spécial été.

ATELIER D’ ÉTÉ 2018 OUVERT À TOUS

L E S  QUATRE  ÉLÉMENTS

Écrire un texte (réflexion, récit, conte, nouvelle) dont le thème sera « Les quatre éléments »

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Pour les participants extérieurs à l’Atelier permanent, envoyer à:

m.tournelle@free.fr

 

 

 

 

 

 

 

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