😉 Les quatre éléments😊

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Des rencontres improbables

C’est donc au restaurant Planète Océan que Thérèse nous révéla le sujet du « devoir de vacances » de l’été  2018 : « Les quatre éléments », la Terre, l’Eau, l’Air et le Feu ».

Prise dans l’ambiance conviviale de ce repas traditionnel de fin d’année, je n’ai pas pris conscience tout de suite de la difficulté qu’allait représenter pour moi ce sujet. Nous sommes à la fin du mois de juillet et mes réflexions sont au point mort. Je me lance dans des recherches sur Internet. La symbolique des quatre éléments est certes intéressante, mais ne m’apporte pas les réponses espérées. Les signes astrologiques liés aux quatre éléments me font aborder un domaine complètement neuf pour moi. Je crains d’ailleurs que le fait d’être novice en la matière m’empêche de trouver l’idée qui me permettrait d’éviter la panne. Néanmoins, comme dit souvent Thérèse : « Commence une histoire, la suite viendra. »

Bon, je me lance.

Madame A est née un 18 avril dans une famille ouvrière. Malgré sa nature impulsive, cette native du Bélier, signe de feu, est une jeune fille obéissante et posée. C’est sa rencontre avec Monsieur B qui va révéler sa vraie nature. Lui est né un 20 septembre dans une famille ouvrière immigrée de Pologne. Il est donc Vierge, signe de terre. C’est un jeune homme à la fois calme et énergique. Il a l’amour du travail bienfait : il est sculpteur sur bois. Les pieds bien ancrés dans la terre, il aime bâtir, il est l’image du concret.Entre le bélier et la vierge, on pourrait croire que les relations vont être sous tension. Mais l’amour a ses raisons…Ils vont être l’un pour l’autre le révélateur. 

Elle va se découvrir un tempérament impulsif et fonceur et encourager son compagnon à prendre des risques. Ils créent une entreprise ensemble. Ce n’est guère la fortune, mais ils réussissent à préserver une indépendance qui leur est nécessaire.Madame C est née un 18 juin. Cette native des Gémeaux, signe d’air, est tout à fait représentative de ce signe. Elle a peur d’être rejetée. Cette grande sensible est toujours aux aguets, prête à aider en toutes circonstances, à intervenir auprès de ses proches, même si ceux-ci ne l’aident pas forcément en retour.

Il faut un drame dans sa vie personnelle pour qu’elle rencontre Madame D née un 26 février, du signe des Poissons, signe d’eau.Là encore, c’est cette rencontre qui va faire changer leur vie. Le Poisson aide Madame C à sortir de sa zone de confort, l’amène à vivre sa vie librement.

Cette union de deux opposés a permis la réalisation de leur désir d’évasion à toutes les deux. Une profonde amitié est née, le terme amitié étant bien faible au regard des sentiments qui les lient.Les quatre éléments sont ainsi représentés : A, c’est mon père David, B, c’est ma mère Jeannette, C,c’est Fatma qui m’a permis d’avoir une fille imprévue.

Mais le tableau ne serait pas complet sans le cinquième élément : Liam, né le 30 janvier 2010.Ce Verseau représente pour nous à la fois l’air et l’eau. Plein de dynamisme et de détermination, il aime communiquer,échanger, apprendre.

Il partage des moments magiques avec sa Nany Poissons.

Quel bonheur !

Anne- Marie


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L’Exploit de la Nature

 L’exploit de la nature est d’avoir créé les êtres vivants : animal et végétal. D’où l’on vient, personne ne le sait.

Bien entendu les êtres humains, les homo sapiens sapiens, comme la nomenclature les définit, je veux dire des esprits pensants (en vérité garantis par eux-mêmes comme intelligents), accomplissant le cycle de la vie, relèvent de cette catégorie. Seulement, sont-ils vraiment raisonnables et sensés, ces êtres ? Car la nature même de ces mammifères humains prend parfois de curieux chemins…

   Après un mois de rêve, passé sous un grand ciel bleu, plombant de tous ses rayons lumineux, un mois jauni par un soleil de feu, brûlant la terre d’une passion incandescente, de lourdes torsades de nuages gris et crasseux viennent soudain en masse assombrir l’azur cristallin du cœur de l’homme. « Ne sois pas effrayé, mon ami ! a soufflé ce midi, aux vents ascendants, le Roi-du-ciel, sans que l’homme ne puisse deviner son message. Un soir prochain, je reviendrai après l’orage illuminer ton amour de la vie. Je réapparaîtrai au plus fort de mon éclat embraser ton cœur, lors de mon splendide et flamboyant coucher. Et tu seras apaisé et heureux ».

   Puis, de gigantesques rafales de vent sont apparues, tourbillonnant brutalement sur la terre poussiéreuse de cet homme éveillé. Et le tonnerre a grondé aussitôt dans son écrin ouaté. Les feuilles des grands arbres blancs de son jardin fleuri ont frissonné d’angoisse et se sont recroquevillés d’emblée sur leurs branches. Alors, l’atmosphère s’est chargée d’un voile réellement sombre, aussi noir qu’un soir sans lune dans les tréfonds des décombres d’un château sans nom.

   Ensuite, sans que personne ne l’espère, la foudre a déchiré l’espace en deux. Crac ! Zigzaguant sans parole, l’éclair violet s’est abattu sur l’herbe de paille, perforant le merveilleux enclos des rêves pleins d’imprudence. Après, la pluie a redoublé d’égarement et a noyé le terreau fertile du jardin des délices. C’est alors que la terre a commencé à fumer. Comme une grande prise de conscience, l’air s’est quelque peu rafraîchi pour laisser le soin à l’homme de respirer. Quelle douloureuse épreuve ! Quelle beauté dans la souffrance !…

   J’adore sentir l’odeur de la terre après l’orage quand le Roi-du-ciel redonne à l’existence des êtres toute la plénitude de leurs âmes. J’ai l’impression de renaître et de rajeunir.

Étienne

Canicule

Il faut garder les pieds sur TERRE, et cesser de dramatiser.

Si Juillet – Août à plein FEU ont brillé, en nous faisant rechercher l’EAU

et guetter le moindre souffle d’AIR,

rien de tragique pour autant !

Pensons à tous ceux sur la TERRE,

qui souffrent du manque d’EAU,

et qui, sous un soleil de FEU,

creusent le sol pour la trouver !

Alors, de quoi avons-nous l’AIR,

en ouvrant nos robinets d’EAU ?

Dans notre monde aseptisé, numérisé, terrorisé,

le moindre aléa semble nous jeter à TERRE,

et vite, nous crions « au FEU ! »

L’AIR de rien, serions-nous infantilisés ?

Évelyne

Les quatre éléments: Eau – Feu – Vent – Terre 

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Il allait se tenir, dans un endroit inconnu de tous, entre le ciel et la terre, un procès retentissant. Le lieu était  impossible à décrire par le commun des mortels, parce qu’il était invisible de ceux-ci. Et pourquoi s’y intéresser, puisque de toute façon, personne n’y avait été convié. Pourtant, dans cet endroit « inconnu de tous », avait été érigé un tribunal où siégeait un homme, imposant de par sa stature, mais au regard si étrange, un mélange d’autorité, de bonté, de volonté, de douceur, d’intelligence. Il détenait le savoir, la connaissance surtout ! Certains petits êtres humains auraient pensé voir le Père Noël. Il en avait l’âge, les rides, la barbe blanche. Mais à côté de cet être de toute puissance, notre bon Père Noël aurait fait figure de jouet.

 

Devant ce juge qui détenait tout pouvoir et toute autorité s’étaient assises sur un  banc, quatre natures tremblotantes. Elles avaient pris place de façon aléatoire, sans se targuer d’être potentiellement plus fortes, selon les conditions, que leurs voisins ou voisines. Elles  affichaient une posture humble. L’EAU, première accusée sur la droite, se liquéfiait de peur, le FEU ne s’enflammait nullement à l’idée d’être jugé, puni,condamné, LE VENT ne soufflait mot, pour quelqu’un qui d’habitude ne manquait pas d’air, la TERRE se serait mise sous terre si elle avait pu.

Prenant la parole, levieillard, d’apparence, mais sans vraiment d’âge, déclara haut et fort qu’illes avait convoqués en vue de faire le point sur leurs actes et de mettre dansla balance de la justice le bien et le mal. Il avait d’énormes reproches à leurfaire et ne leur cacha pas que la sentence serait terrible, à moins que dans sagrande clémence, et si quelques arguments de défense ébranlaient sa conviction,dans ces cas-là, il se montrerait plus indulgent. Mais dans un premier temps,sa colère étant immense, il serait peut être probable qu’il les efface purementet simplement de sa création.

Bon Dieu ! mais vous ne pouvez pas faire cela, s’exclamèrent-ils en chœur.

Blasphémez encore une fois et ce n’est pas le carton rouge que je sortirai. J’ai ici de quoi vous enfermer ensemble, dans un espace clos, hermétique, aussi  je ne donne pas cher de votre durée d’existence.

Il leur fallut peu detemps pour analyser la situation. L’eau ne ferait qu’une lampée du feu même si celui-ci faisait un pacte avec le vent, mais sans oxygène, ce serait un piètre allié. La terre finirait par absorber l’eau mais par manque d’air ne pourrait donner naissance à une quelconque vie, ni même renaître de ses cendres. De  plus, haut placé, dans cet endroit inconnu de tous, on la savait condamnée depuis longtemps. Aussi se firent-ils tout petits. L’eau prit la forme d’une goutte, le feu devint une petite flamme de bougie qu’on aurait allumée dans un lieu de culte, aussi chevrotante que la foi désormais dans ces espaces de prière, le vent, si léger qu’il n’aurait su courber la moindre brindille, et la terre, puisqu’on l’avait déjà condamnée à disparaître, supplia la lune de la cacher.

Commençons par le FEU !

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Cette parole réactiva légèrement le vent. « Commençons », ce pluriel ! Y avait-il d’autres espèces, individus, juges, dans cet endroit inconnu de tous ? Mais non, c’est vrai qu’il n’en n’avait pas l’air, mais il n’était pas bête. C’est le »nous » utilisé par une seule personne se qualifiant de supérieurement importante. Il avait eu vent de cette pratique sur terre ! Du côté de la Suisse d’ailleurs, où à Rome, il y a très très longtemps !

Vous, le FEU, je reconnais ne pas vous aimer beaucoup. Vous nouez de chaleureuses amitiés avec mon ennemi de toujours, qui brûle, et le mérite vous revient certainement, en  enfer !

Oui, mais vous oubliez,et pour ma défense, Maitre Juge, que j’ai largement contribué au bien-être sur terre, il y a des millions d’années de cela.

Je vous juge à l’heure actuelle, et non pas il y a trois millions d’années ! Vous avez jadis éclairé des grottes, réchauffé des tribus, passé le froid au chaud, le cru au cuit.Qu’en est-il maintenant ? Vous êtes complètement dépassé par les convecteurs électriques, les chauffages à gaz,  les plaques chauffantes, les micro-ondes, les lampes à incandescence halogène …

Je suis encore là pour les feux de camp et les barbecues, et aussi …. les allumettes !

Êtes-vous certain du bien fondé de ces actions, bien minimes, reconnaissez-le ! Avouez plutôt que vous vous vengez sans cesse de n’être plus l’élément essentiel de vie ! Alors que faites-vous ? Vous attirez l’attention sur vous en provoquant de multiples incendies incontrôlables partout dans le monde. Votre leitmotiv : la politique de la terre brûlée.

oui, mais c’est aussi la faute au VENT !

Bien sûr, et à l’EAU qui ne vient pas sous forme de pluie ! Mais attendez, la liste est longue :

Vous brûlez des maisons,mettant à la rue des familles entières après avoir tout détruit de leurs biens et de leur vie,

Vous allumez des volcans, et la larve bouillante qui en coule anéantit des cultures entières,détruisant faune et flore, et recouvre de cendre les villes et les villages.

Vous êtes l’élément déclencheur de la fusée qui s’envole sur la lune et bientôt sur Mars,contribuant ainsi à satisfaire des ambitions politiques et inutiles alors que l’argent pourrait être utilisé dans la recherche du bonheur des êtres humains.

Vous intervenez après chaque impact de bombes anéantissant des villes et leur population pour ne laisser que des ruines !

Vous brûlez des chairs et détruisez des âmes !

* Vous ….

s’il vous plait, Maître, passez à l’EAU

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Oui, je veux bien, mais où est l’EAU ? Notre élément n’a pas pris la fuite, il s’est tout simplement évaporé. Je vous ordonne, EAU, de rassembler vos atomes et de reprendre forme,et je ne me laisserai pas attendrir par une larme !

Ce faisant, et la vague à l’âme, l’EAU se rematérialisa dans une cruche. Elle avait compris qu’il ne fallait surtout pas jouer les fanfarons. Mieux valait être humble. Elle ne doutait pas que le Maitre allait faire mention de quelques inondations, c’est vrai, légèrement dévastatrices. Mais qu’en pouvait-elle si l’on savait arrêter le feu, grâce à lui d’ailleurs, mais qu’on ne pouvait arrêter l’eau !

EAU, sortez de cette cruche dans laquelle vous risquez de vous envaser et donnez-moi vos arguments de défense. Qu’avez-vous fait de bien depuis votre existence ?

J’ai arrosé les cultures.

Oui, et quoi d’autre ?

J’ai abreuvé le peuple de la terre entière

Oui le vin et le lait le font aussi et leur goût est bien meilleur

J’ai permis aux bateaux de naviguer, transportant des milliers de gens d’un continent à l’autre, et favorisant les échanges commerciaux, internationaux.

Beau résultat!  Les mers sont devenues de véritables poubelles et pire, des cimetières.

Je suis l’habitat de milliers de poissons ….chargé en mercure

Je conteste, la faute ne m’en incombe pas !

  • Je le reconnais, mais comme le FEU vous vous vengez. Vous sortez des lits de vos  fleuves, vous vous insinuez dans les maisons, les tunnels, les caves et qui plus est, chargée de boue. Vous vous en prenez aux ponts et les laissez s’écrouler. Vous inondez les récoltes. Après votre passage, la vie est en enfer pour qui subit vos débordements intempestifs.

Ce n’est pas catastrophique ! Quelques jours à éponger, mettre à sécher.

Ne minimisez pas ! Vous tuez, noyez des pauvres gens lors de vos tsunamis !

Oui, mais cela est dû au changement de climat !

Je vois que mes arguments glissent sur vous comme l’eau sur le dos d’un canard.

Que je rends heureux,convenez en !

Plus pour très longtempsau vu de votre pollution ! Passons au VENT !

Le vent avait dû prendre l’air car on ne le sentait pas à sa place. Toutefois, devant la colère du Maître qui se préparait, il reprit un semblant de forme et choisit l’apparence d’un nuage aux joues bien gonflées.

Veuillez excuser ma disparition, mais je n’étais pas très à l’aise entre ces deux courants chaud etfroid.

Je vous écoute, VENT,énumérez-moi vos nombreux bienfaits !

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J’aide les oiseaux à voler, je débarrasse les arbres de leurs feuilles.

Sans vous, elles tomberaient tout aussi bien et c’est pour mieux les disperser ensuite.

Je suis la bénédiction des surfeurs et des marins !

Bénédiction ! Quand vous savez vous contrôler !

Je fais tourner les moulins à vent, et je pousse les nuages au-dessus des continents pour apporter la pluie, et j’aide à la pollinisation, et je dépollue les villes !

Bien ! Alors pourquoi ces excès de zèle lorsque vous détruisez tout sur votre passage ou activez les feux, ou agitez la mer ?

Parce qu’il m’arrive de perdre tout contrôle, surtout lorsque je ne sais plus si je suis air ou vent !

Ne serait-ce pas plutôt parce que vous avez envie de vous amuser, au détriment des autres ? Reprenez votre place, et l’air que vous avez d’habitude et arrêtez de souffler.

Mais venons à la TERRE !

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qui, comme je peux leconstater, préfère laisser sa place à son avocat, venu de l’Intérieur pour ledéfendre. Je vous trouve, Terre, misérablement modeste et ne sais si ce baveux parquelques vers et quelques sornettes saura faire l’éloge de votre vaste domaine.

 Pourtant, voyez-vous, Terre, vous n’avez pasbesoin d’avocat. Car contrairement aux trois autres éléments, je ne vais pasvous incriminer car je vois en vous la grande victime. Vous subissez lesattaques des trois autres protagonistes, et parfois vous avez des difficultés àvous relever. De plus, les êtres humains qui vous peuplent ont un comportementdes plus dévastateurs. Je suis obligé de constater qu’on ne vous respecte plus.

Eh attendez, s’insurgent les trois autres. La Terre a aussi ses sautes d’humeur et moments de colère. Que faites-vous de ses tremblements qui détruisent quantité d’immeubles et enterrent des braves gens qui ne sont pour rien dans son anéantissement.

C’est vrai, que dans sa colère, la Terre manque de discernement, et ne vise pas les bonnes cibles. Elle dévaste le plus souvent des zones déjà sinistrées et réduit à plus de misère encore des populations déjà très pauvres. Mais il en est de même pour vous l’Eau, le Feu, l’Air. Vous manquez tous de stratégies et je serais presque tolérant, magnanime, voire aveugle si les sites détruits étaient ceux encensés par la cupidité, la recherche de la richesse, de l’ambition démesurée, et cela  au détriment de mon  peuple le plus humble.

 – Pour ce qui est de l’homme, et sans vous commander, cela est plutôt votre domaine et nous ne serions pas contre le fait de vous voir vous autocritiquer afin de vous améliorer. Faites en quelque sorte votre propre procès, s’exclamèrent-ils en chœur, en constatant que l’avocat,peut-être véreux, prenait la poudre d’escampette, laissant une Terre toute penaude reprendre sa forme..

Bon la séance est levée,je vais m’asseoir sur un nuage pour mieux réfléchir et  prendre en compte vos arguments de défense.Vous pouvez vous retirer. Nous reprenons dans un quart d’heure.

Se retirer, mais où ? pensèrent-ils. Surtout que la terre n’était  déjà plus là !

Dans leur précipitation à quitter le tribunal, les éléments se déchaînèrent puisque  l’eau, voulant s’éclipser rapidement, passa au-dessus du feu et l’éteignit et qu’heureusement l’air, par de grands mouvements pour mieux atteindre rapidement la sortie, et de façon bien involontaire, réactiva une braise encore rouge. Mais pourquoi partir, il fallait de toute façon être là dans un quart d’heure.

Lorsque le grand Maître Juge revint, ils avaient repris leur place et il leur lu le verdict.

Bon je vais être succinct, car vous condamnant à des peines de travaux généraux, j’aimerais que vous vous y mettiez dès la fin de malecture.

S’adressant au FEU :

Je vous condamne à un an de travail général.

Vous aurez comme charge d’entrer dans le cœur de chacun des occupants de cette planète Terre, pour y allumer une petite flamme, semblable à ce que l’on appelle : l’amour. Vous aurez de quoi faire, ils sont très nombreux.

S’adressant à l’EAU :

Je vous condamne à un an de travail général.

Vous aurez comme charge de laver toute la noirceur qui contamine cette terre. Infiltrez-vous, sans bien sûr, nuire au travail du Feu, dans chaque être et nettoyez-moi ces âmes noires,ces esprits embrumés, ces pensées malsaines. Noyez la haine, et accessoirement,faites tomber la pluie dans les déserts.

S’adressant à l’AIR :

Je vous condamne à un an  de travail général.

Vous aurez pour charge de colporter partout en ce monde la « positive attitude ». Vous transporterez avec vous des « airs », mélodies, chants joyeux, airs de fête. Vous caresserez à votre passage les fleurs, les bosquets, et embaumerez de notes florales partout où vous passerez. Vous effacerez toutes traces de pesticide,et je vous autorise à assécher toute culture néfaste à la bonne santé mentale et physique de nos terriens. Vous verrez, l’air de rien, vous prendrez plaisir avec le feu et le vent, à la renaissance de ce monde.

QUANT À VOUS LA TERRE :

Durant un an, mais je sais que les effets perdureront longtemps, vous allez recevoir, grâce aux actions des trois éléments ici présents, beaucoup d’amour, de respect. Alors,rendez au centuple. Multipliez les fleurs, verdissez les déserts, les endroits sans vie, inventez des oasis, accueillez avec bonheur les cascades, les torrents, donnez le meilleur de vous-même pour les cultures, remettez de la  couleur là où elle s’est effacée, le blanc sur le sommet des montagnes, le jaune et le rouge dans les arbres fruitiers, recréez des formes, sculptez des glaces, redessinez des mers asséchées,repeuplez-vous des espèces en voie de disparition, accueillez les abeilles, les papillons, rendez-vous inhospitalière aux prédateurs.

À vos tâches ! Moi, cette journée m’a épuisé.

Francine
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Énorme sujet, voire de travail, que tu nousas concocté Thérèse. Aussi, durant les vacances sommes–nous obligés de penser àtoi !

En ce qui me concerne, ce qui me saute auxyeux, c’est  la création. Et là, mon cerveau se met en ébullition. Commentparler de ça, moi qui suis pleine de doute à ce sujet !

La Bible et la création : « Dieucréa le ciel et la terre et la terre était vide, les ténèbres couvraientl’abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux qui sont sous le firmament.Dieu appela le firmament ciel. Il y eut un matin, il y eut un soir.

Dieu appela le continent terre. »

Michel-Ange résume très bien la création,peinte sous la voûte de la Chapelle Sixtine du Vatican.

Et que penser de la mythologie grecque quiraconte aussi la création du monde ?

Au départ, le néant, puis le chaos ;puis sortit la déesse Gaia d’une nature originelle, la terre, dont tous lesêtres à venir vont sortir. Et Gaia engendra Ouranos, le ciel étoilé, Poséidon,dieu de la mer, Eole, dieu du vent, Pontos, le flot marin. Naissent alors denombreux dieux.

D’autres pensent au big bang. C’est un peuau goût du jour !!!

D’autres parlent de l’éclosion de l’œufdonnant naissance à l’univers.

Chaque civilisation, chaque religion a sonpropre récit.

Et la science fait d’énormes progrès,voyages sur la lune, et maintenant des nouvelles de Mars où il y aurait desétendues d’eau, la vie y serait peut-être possible. Alors, les Martiens, vraiou faux ? Que faut-il croire ? Il y eut un créateur, sans doute, maisles hommes, les animaux !!!

De trop belles histoires nous ont étéracontées dans l’enfance, et même beaucoup plus tard, par l’école, la famille, le catéchisme. Et quefaut-il croire maintenant ? Ciel, enfer, purgatoire. J’ai toujours eu peurdu feu qui dévore, des flammes de l’enfer !!!

J’aime bien lire l’Ancien Testament etj’aime aussi lire la mythologie, mais la science aura peut-être le dernier motà dire.

Pour revenir sur terre, je pense à Françoisd’Assise. La terre nous porte et nous nourrit. « Pour la lune et lesétoiles qui rayonnent d’une grande splendeur, Messire frère soleil qui est beauet rayonnant, béni sois-tu frère vent, pour l’air et les nuages et le cielserein ; pour sœur eau qui est très utile et humble et précieuse, pourfrère feu, beau et joyeux, robuste et fort, pour notre mère terre qui produitdiversité, fleurs et fruits. »

Je pense de même au Pape François et à sadernière encyclique en rapport avec la dégradation et les gémissements de laterre où il lance un appel à la responsabilité de tous. Là, il fautdire bravo !!!

Une autre question me taraude : etl’univers, comment est-il ? Rond, plat ?

Et ses dimensions ? La sciencetrouvera sans doute un jour !

J’ai lu que l’univers est en expansion ; Bien mystérieux tout ça. Laissons ces calculs aux scientifiques astrophysiciens.

Françoise

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L’Arc en Ciel de William Turner vu par l’Atelier d’Ecriture.

William TURNER 
1775 – 1851
L’ARC en CIEL

L’Arc en Ciel

Il y a une vingtaine d’années, j’ai visité à Paris au Grand Palais une exposition Turner. Je me souviens de cette toile« l’Arc-en-ciel », même si ce n’était pas la plus connue de l’artiste. Mais il est vrai que les arcs-en-ciel m’ont toujours impressionnée. J’ai d’ailleurs un souvenir particulier d’un double arc-en-ciel en Allemagne. Je travaillais au Lycée hôtelier du Touquet et, chaque année, en septembre, deux professeurs emmenaient une vingtaine de stagiaires  de 1ère en Allemagne pour effectuer un stage de trois semaines dans de grands hôtels de la  région de Speyer. Ils étaient logés dans leur établissement de stage. Quant à nous, le professeur d’allemand et moi, nous avions une chambre dans une petite auberge qui occupait une position centrale par rapport à nos élèves. Tous nos stagiaires se trouvaient dans un rayon de quarante kilomètres autour de notre logement. Chaque jour, nous allions visiter un de nos élèves pour nous assurer que tout se passait bien.
Ce jour-là, nous avons pris notre véhicule de location et sommes parties. Je conduisais, ma collègue Sylvie avait un œil sur la carte, l’autre sur les panneaux routiers. Ni elle ni moi n’avons le moindre sens de l’orientation et donc, comme c’était prévisible, nous nous sommes perdues. Il pleuvait depuis le matin quand, vers midi (nous avions déjà une demi-heure de retard), la pluie cessa et nous avons vu dans le ciel deux superbes arcs-en-ciel. Indécise, je demandai à ma copilote quelle direction il fallait prendre. Elle réfléchit, moi aussi et, en même temps, nous avons pointé du pouce ce que nous croyions être la route salvatrice : ma collègue pointa à gauche, et moi, à droite.
En admiration devant ce spectacle, j’ai arrêté la voiture. Il y avait une route à droite, une autre à gauche, et en face, un champ où naissait les arcs-en-ciel.
Oubliés les arcs-en-ciel, un fou rire monumental nous prit. Plusieurs minutes plus tard, reprenant nos esprits, nousavons demandé notre route à un cycliste qui passait et nous avons… dû faire demi-tour. Ce jour-là, nous sommes arrivées à 14heures, soit trois heures de route pour… quarante kilomètres…
Cela ne nous empêcha pas de nous attabler autour d’un bon repas et d’une bonne bière !

Haïku

Couleurs alternées,

Rayons de soleil sur la pluie

La nature est belle.

  • Anne-Marie
   La compagnie de Tina m’inspire. J’aime la suivre dans ses promenades. Je me laisse guider par ses rêveries et j’en profite pour croquer les paysages. Aujourd’hui, nous nous sommes donc retrouvés du côté de la rivière. J’aime me balader au bord de l’eau et capter la lumière changeante du ciel. En règle générale, dans nos excursions avec Tina, nous échangeons des idées sur les couleurs de ma prochaine toile. Et, cette fois-ci, je la veux fougueuse, volcanique.
   En ce qui concerne la luminosité de la composition de mes toiles, Tina a un œil averti. Elle est une experte. Elle m’a souvent aidé dans les démarches de recherche de couleur. Nous sommes d’ailleurs ici, sur cette berge, car elle me suggère d’utiliser le sable de la rivière et de le mélanger à la peinture. Cela apportera une perspective, donc une force supplémentaire, à l’œuvre que tu désires matérialiser, me dit-elle. Elle a sans doute raison. Je m’incline. Cependant, nous laisserons passer l’orage.
   Les berges sont trempées. Nous nous promenons, Tina et moi, au bord de la rivière. Puis, le ciel se dégage progressivement. Un bateau semble se préparer à appareiller. Tiens, pourquoi ce chien est-il attaché à ce piquet ? Les matelots l’auraient-ils oublié ? Nos sabots s’enfoncent dans le sable mou. Les nuages se dissipent. Oh ! Quelle surprise ! Tina, observe le ciel ! dis-je d’un ton ébloui. Les rayons de soleil perforent maintenant les sombres nuages et font apparaître, dans une lumière criarde, un superbe arc-en-ciel. Je me tourne vers Tina et lui déclare : un jour, je monterai sur un arc-en-ciel et je voyagerai très loin.

HAÏKUS

Arc-en-ciel de vie

La nature perce sa joie

Mon cœur est saisi

Les flammes du ciel

S’agglutinent en fleurs fleuries

Au bel arc-en-ciel

  • Étienne
Quelle beauté qu’un arc-en-ciel ! Quel émerveillement !
Il pleut encore lorsque le soleil traverse la pluie pour iriser le ciel.
Toutes les couleurs du spectre qui décompose le rayon lumineux nous enchantent subitement.
« Oh ! Un arc-en-ciel ! » Qui n’a pas poussé cette exclamation de surprise devant ce cadeau étonnant que nous offre la nature ?
Toutes les couleurs sont présentes, se juxtaposant en demi-cercle ! On voudrait applaudir ! On admire sa beauté car il nous semble mystérieux et rare. Fugitif, il va s’estomper tout doucement, puis disparaître, et déjà nous le regrettons.
Le spectacle est terminé.

Haïku

Tout petits sous l’arc

Aux mille et une couleurs

Nous crions de joie.

  • Évelyne

Sombre et lumière.

Gros nuages au loin qui s’éloignent, et voilà l’arc-en-ciel qui éclaire le couple de paysans qui reviennent du travail avec le chien devant eux, tandis que la barque se prépare au départ. Lac ou mer ? Je ne sais pas.
Aussi, je pense que dans nos vies, parfois, on ne peut voir que les nuages sombres et que, tout à coup, un arc-en-ciel se dessine.
  • Françoise
C’était un beau jour d’été. Comme d’habitude, je passais mes vacances à la mer. Nous avions choisi un petit port breton, plein de rochers et de petites maisons basses qui couraient le long des falaises.
Nous étions partis faire une balade le long d’un sentier qui longeait cette belle côte bretonne, le sentier des douaniers, fréquenté, aménagé pour les touristes amoureux des belles vues et de l’étendue infinie de l’horizon. Quelques nuages commençaient à se pointer et prenaient la forme qui nous plaisait selon notre imagination.
Au fur et à mesure de notre promenade, en début d’après-midi, le ciel s’était empli de menaces et la température avait soudain baissé, prémices d’un bel orage d’été. 
Heureusement, nous arrivions dans un petit village où une terrasse fleurie put nous abriter. La pluie ne tarda pas à tomber, en trombe, une bonne pluie d’été, obscurcissant le ciel et balayant les nuages d’éclairs et de vrombissements ; mais quel spectacle unique que cette nature revigorée par les pluies, rares en ces moments d’été !
L’odeur de la terre mouillée était prenante. Je la respirais de tout mon soûl.
Puis, petit à petit, les éléments se calmèrent, tout reprit sa place. Les mouettes à nouveau remplissaient mes oreilles de leurs cris stridents.
Nous avions une vue de cette terrasse qui s’étendait d’une petite plage à une forêt très dense. À un moment donné, ce fut le miracle, miracle de cette nature qui nous offre un fabuleux spectacle, celui d’un arc-en-ciel qui partait de la plage jusqu’à la forêt – magique – Émouvant de penser à la puissance de la nature. Peu à peu, les gros nuages noirs s’éloignaient et les couleurs de l’arc-en-ciel se confondaient avec le bleu du ciel revenu. Le soleil était encore assez haut à cette heure de la journée et se mélangeait à ces couleurs uniques que seuls les peintres ont su capter.
Je conserve un souvenir fabuleux de ce moment. Un moment magique qui s’est inscrit dans mon cœur pour toujours.
  • Marie- Jeanine
L’épée incandescente d’un dieu a taillé un arc-en-ciel. La frêle embarcation en est le seul témoin.
L’hémisphère brillant veille sur les pêcheurs las et courbaturés et bénit les amusements d’un petit chien noir.
Les photons se concentrent, se diffusant imperceptiblement, ou fusent franchement dans un paysage de sable, de rochers et d’eau salée.
  • Sarah
D’énormes nuages noirs roulaient au ciel et barraient l’horizon. La mer charriait des noirceurs inhabituelles et l’on n’aurait su dire où finissaient les flots, où commençaient les cieux.
Lise avait pourtant choisi de ne pas négliger sa marche quotidienne et arpentait la jetée avec autant d’énergie que si sa vie en dépendait. Il fallait qu’elle évacue la colère qui s’était emparée d’elle lorsque Marnie lui avait  envoyé dans les dents que désormais elle pouvait considérer son idylle avec Paul comme appartenant à un lointain passé. Paul et elle se plaisaient et il n’était pas question qu’ils se privent de cet amour. Lise s’en remettrait. Un point c’est tout.
Son cœur était aussi lourd que ces cumulonimbus annonciateurs d’orage et elle sentait en elle une force prête à exploser. Jamais elle n’avait ressenti une telle rage. Ce n’était pas le fait de perdre Paul, certes, elle aurait eu du chagrin, mais elle aurait sans doute compris. Cependant, qu’il n’ait pas eu le courage de le lui dire lui-même et que Marnie, qu’elle considérait comme sa meilleure amie, n’ait fait d’elle aucun cas, n’ait même pas eu la délicatesse de prendre des précautions pour le lui annoncer avait atomisé toutes ses défenses. Un simple SMS reçu au réveil, lapidaire et cruel : « Paul et moi n’en pouvons plus. Je pense que tu comprendras. Sinon, tant pis ! » l’avait privé de toutes ses défenses.
Les premiers grondements tonitruèrent au-dessus d’elle et elle eut l’impression que ce vacarme sortait de sa poitrine. Elle ne marchait plus, elle courait, sans se soucier des trombes d’eau qui la noyaient et remplissaient ses tennis. Elle faisait corps avec la nature, elle était la violence de l’averse, le déchaînement des éléments, la fureur du déluge qui s’abattait sur la plage.
Un point de côté la transperça et elle dut s’arrêter, haletante, épuisée de course et de chagrin. Son cri déchira l’espace et se confondit avec le fracas du tonnerre. Une boule de feu traversa l’immensité de l’atmosphère et se perdit au loin dans le sable en une explosion de lumière. Lise demeura un long moment tétanisée. Il pleuvait des cordes, mais elle continuait de ne pas s’en soucier. Cependant,  tout comme l’air se déchargeait de l’électricité ambiante, elle sentit qu’elle recommençait à respirer plus calmement.
Elle leva les yeux. Une trouée bleue affleurait entre deux nuages, lavant la noirceur. La pluie se fit plus douce et, soudain, comme un miracle, un rayon de soleil illumina la mer et un arc-en-ciel se dessina d’un bord à l’autre du paysage. Lise s’emplit les poumons de cet azur nouveau et fixa le cadeau que lui offrait la nature. Certes, sa colère ne l’avait pas quittée, mais elle se sentait rassérénée, réconciliée avec elle-même, calme, prête à peaufiner une vengeance réfléchie.

Haïkus

Arc-en-ciel d’espoir
et de réconciliation
Nul ne t’attendait.
Mes yeux envolés
se posent sur l’arc-en-ciel.
Se crée le poème.
Ouvre ton sourire
Le ciel convie à aimer.
Cadeau d’arc-en-ciel.
  • Thérèse

La lettre tant attendue avec l’atelier d’Ecriture…

En 1990, le nom de la ville de Guise fut mentionné dans le livre Guiness des records. En voici la raison :

Le 4 janvier 1988, Gérard Lalart, Danvou, Calvados, a reçu une lettre envoyée 50 ans plus tôt, le 6 septembre 1937, par la grand-mère de sa femme. La précieuse missive était restée coincée dans la boite aux lettres de l’ancienne gare de Guise et ne fut retrouvée que lors de la rénovation des lieux.

Imaginez la scène. Que pouvait bien contenir cette lettre ? Quels événements en ont découlé ?

      La lettre tant attendue

Ce 4 janvier 1988, Gérard Lalart trouvadans sa boite aux lettres une enveloppe vieillie et fripée. Celle-ci étaitadressée à sa femme Catherine, à son nom de jeune fille.

Très ému, Gérard resta longtemps assis dans le fauteuil du salon à regarder cette missive. Au dos de la lettre, aucune adresse d’expéditeur. Qui pouvait écrire aujourd’hui à son épouse ?Peut-être une dernière lettre de condoléances écrite pour le décès de Catherine survenu six mois plus tôt.

Gérard se décida enfin à l’ouvrir. Son regard s’arrêta d’abord sur la date écrite tout en haut de la feuille : 6 septembre 1937. « Il y a plus de cinquante ans », murmura-t-il tout bas. Il commença sa lecture. « Joyeux anniversaire, ma petite chérie. Tu as maintenant 12 ans et Mémé Germaine voulait être la première à te le souhaiter. »

Celle-ci avait été très déçue en septembre 1937 de n’avoir aucune nouvelle de sa grand-mère qui, jusqu’alors, n’avait jamais oublié cette importante date. Puis Catherine s’était consolée en se disant que la maladie avait empêché sa grand-mère d’être aussi présente que d’habitude.

Stupéfait, Gérard réalisa alors que la lettre venait de la grand-mère de sa femme décédée en 1938. Catherine avait raconté à son mari combien cette perte avait été cruelle, car elle était survenue subitement quelques mois après l’anniversaire de Catherine.

Dans l’enveloppe, en plus de la lettre,Gérard trouva un vieux billet de vingt francs qui n’avait plus cours depuis belle lurette. Gérard reposa lettre et billet, prit son téléphone et raconta à son petit-fils Jean habitant Madagascar que son arrière-arrière-grand-mère avait écrit à Mamy Catherine pour lui souhaiter un bon anniversaire pour ses 12 ans, l’âge de Jean aujourd’hui.

Anne-Marie

L’INCROYABLE HISTOIRE D’ UNE LETTRE OUBLIÉE DANS SA BOITE

  Gérard venait de sauter du lit, sans omettre au préalable d’embrasser plusieurs fois sa femme, Édith, sur son épaule dénudée. Puis, l’envie lui prit soudain de courir à la salle de bain se décrasser le visage. Il remplit le lavabo d’eau fraîche et plongea la tête dedans. Ragaillardi par l’eau gelée, ils’essuya, accrocha la serviette et dévala ensuite l’escalier en quatrième vitesse. Car, en ce lundi, il faisait un froid de canard dans la maison.

  – Compréhensible pour un 04 janvier ! pensa-t-il de façon machinale sur le seuil.

  Après, Gérard s’empressa de charger copieusement le poêle à charbon de la cuisine avec des galets de houille. Il mit le feu par-dessous et referma la trappe. Enfin, ce rituel hivernal exécuté, il prépara le café, dont les grains provenaient d’un domaine reconnu de l’île de la Réunion où il avait séjourné quelque temps.

  – Ah, ce fameux Bourbon Pointu ! s’exclama-t-il à haute voix. Que l’arôme prodigieusement velouté ! Quelle quintessence ! Une vraie perle noire !

  Gérard se doutait bien que cet élixir avait le pouvoir de remplacer les détestables, voire dangereuses potions des industries pharmaceutiques. Cet excellent breuvage réchaufferait d’autant mieux leurs corps engourdis que leurs âmes généreuses. Alors qu’il versait le doux liquide, noir et chaud, dans les tasses surannées de la grand-mère, rares vestiges d’une époque révolue, le klaxon du camion de la boulangère retentit : une fois puis trois. Gérard sut qu’un bon pain croustillant l’attendait devant chez lui. Il invita aussitôt sa femme à le rejoindre. Le petit déjeuner serait prêt dans quelques minutes.

  Pendant qu’Édith se préparait à descendre, Gérard se précipita hors de la maison et fonça jusqu’à la grille. Comme à son habitude, à l’approche du camion, il salua la boulangère d’un geste amical et qui le lui rendit. Il china deux croissants chauds et une baguette exotique puis la gratifia d’un joli sourire. D’ un petit gloussement cordial, la boulangère se cacha la bouche en le regardant s’éloigner. Ensuite, Gérard se dirigea vers la boite aux lettres : une boite standard, verte et cubique, encastrée dans la haie. De son ongle, il crocheta la serrure car il avait oublié la petite clef, accrochée au clou, près de la porte d’entrée. En conséquence, il recueillit le courrier du jour qu’il coinça aussitôt sous son bras. Après, il plongea sa main libre dans une de ses poches pour la réchauffer et contempla le camion de la boulangère s’éclipser au tournant.

  – Tiens ! s’étonna-t-il. Le facteur est passé joliment tôt ce matin. C’est curieux, je ne l’ai pas entendu.

  Puis, le froid vif le saisit soudain aux pieds et Gérard s’en rendit compte. Grelottant des orteils, il décida qu’il était urgent de réintégrer la douce chaleur de son pavillon. Il traversa l’allée de graviers à toutes enjambées et faillit glisser plusieurs fois. Parvenu sans encombre sur le perron de sa maison, il s’essuya les pieds sur le tapis arachnéen afin de dégager les petits cailloux et les morceaux de glace collés à ses pantoufles.Il ouvrit enfin la porte et entra dans le vestibule pour s’entendre dire, de l’autre côté du mur, que le café était en train de refroidir. Il déboula aussitôt dans la cuisine et souffla.

  – Fiu ! fit-il d’emblée à sa femme. Il fait vraiment froid dehors,ce matin. Je suis congelé.

  En compensation, Édith lui proposa un regard chaleureux et rempli d’amour. Assise à la table, dans son peignoir de soie neuf, une tasse dans la main, elle lui souriait de façon franche et sincère. Car elle l’aimait vraiment, son Gégé. Toutes ces années de vie commune avaient fini par la rendre heureuse.

  – Alors, quelles sont les nouvelles, aujourd’hui ? demanda-t-elle d’un ton feutré.

  – Je ne sais pas encore, répondit Gérard, posant le courrier, la paperasse publicitaire ainsi que plusieurs lettres, dont certaines volumineuses, sur le buffet. Néanmoins, la boulangère se porte bien.

  – Ah, toi et ta dérision ! reprit-elle. Quel charmeur tu fais ! Tu ne changeras donc jamais.

  – Mais je n’ai pas l’intention de changer de vie, si tu vois ce que je veux dire, conclut-il, un large sourire lui sabrant le visage.

  À présent, le quotidien du jour en main, Gérard vint s’asseoir en face de sa femme. Puis, il ouvrit le canard et parcourut la rubrique culturelle, son trésor noir en main. Alors qu’il commençait la lecture à voix haute d’une chronique sur Jacques Brel, Édith se leva de table et se dirigea vers le buffet. Gérard stoppa net sa lecture et apprécia la nouvelle sortie de bain de sa femme.

  – Non, non, vas-y, continue ta lecture, je t’écoute ! dit-elle,examinant le courrier.

  Gérard rebondit aussitôt sur l’article déplacé d’un journaliste local  à propos de la chanteuse Guesch Patti et de sa chanson : Étienne,tandis que, face à l’imposant meuble en chêne sculpté, sa femme saisissait le paquet de lettres. Édith entreprit aussitôt de les trier, mettant de côté factures et publicités puis de l’autre les lettres à proprement parler. De nouveau, Gérard s’interrompit de lire afin d’observer le déhanchement affriolant de sa femme devant le buffet. En ce lundi matin de janvier, il la trouvait vraiment très séduisante dans son peignoir bleu-gris. Alors qu’il se laissait aller à la rêverie, d’un seul coup, comme prise d’un brusque malaise imprévisible, sa femme se raidit de tout son long et s’effondra aussi rigide qu’un poteau. Les lettres et les papiers volèrent au milieu de la cuisine. Seul un courrier resta collé entre ses doigts crispés, comme un éventail un jour de canicule. Finalement, Édith ne dut son salut que grâce à la présence d’esprit de son mari qui la regardait évoluer dans la pièce. Gérard se leva brutalement de sa chaise, se cognant au passage l’articulation du genou sur le pied de la table. La tasse de café glissa de sa soucoupe et se renversa sur le journal en une grande tache brune. D’une rapidité déconcertante, il empoigna ensuite sa femme comme il put afin qu’elle évite de se fracasser le crâne sur le carrelage. Quelques secondes plus tard, ils se retrouvaient tous deux enlacés sur le sol froid. Gérard tenait Édith dans ses bras, un peu paniqué par ce qu’il venait de vivre. Une goutte de sueur perla de son front : la peur de perdre sa femme, sans aucun doute. Puis, il ressentit une vive douleur sur la rotule. Toutefois, en la circonstance, il se fichait bien de connaître l’état de son genou. Il se préoccupait davantage de l’état de santé d’Édith. Mais, ne sachant quoi faire dans l’instant présent, il attendit en silence que quelquechose de nouveau survienne.

  Plusieurs minutes, qui parurent des heures, défilèrent à l’horloge.Édith  reprenait maintenant peu à peu ses esprits. Ouf ! pensa Gérard, rassuré. Tremblotante, sa femme se ressaisit et s’assit enfin sur ses fesses. Et Gérard fit de même. Puis, il lui proposa de la relever doucement. Édith accepta car il lui sembla qu’elle se sentait mieux.Les petites étoiles tourbillonnantes, qu’elle côtoyait récemment dans sa tête,avaient disparu. Aussi, Gérard la déposa délicatement sur une chaise. Édith allongea alors les bras sur la table et entreprit d’exposer à son mari,attentif aux moindres gestes inquiétants, aux moindres mouvements indécis, un rapport explicatif. C’était le moins qu’elle pût faire. Seulement, Édith ne se souvenait pas de ce qu’elle venait de vivre. Que lui était-il arrivé ? se demanda-t-elle, les yeux fixés sur ses mains moites. Elle n’en savait rien.Pendant ce temps, tout en se frottant le genou, Gérard la gardait au coin de l’œil. Du reste, il s’était vraiment fait très mal. Il ramassa le journal, le chiffonna puis le posa sur la table. Édith tenta de se remémorer la scène d’avant sa chute. Elle se rappelait s’être déplacée jusqu’au buffet. Ça,oui ! Elle se souvenait aussi avoir saisi le courrier et… Et soudain,l’image d’une vieille lettre jaunie lui apparut en mémoire.

  – Oui, c’est bien ça ! authentifia Édith.

  – Quoi ? réclama Gérard.

  Édith sombra aussitôt dans une sorte de mutisme. Elle s’apercevait maintenant qu’elle tenait effectivement une vieille lettre surannée. Mais ce n’était pas n’importe quel courrier. Elle observa l’enveloppe comme on contemple avec admiration une relique exceptionnelle. En clair, elle venait de recevoir une lettre de sa grand-mère. Un long moment de silence traversa la  cuisine. Improbable ! se dit-elle, au fond d’elle-même. Vu l’âge que devraient avoir ses grands-parents, aujourd’hui, il était fort probable qu’ils résident dans un cimetière juif, d’ici ou d’ailleurs. Édith n’en savait rien,finalement. Pourtant, après un déchiffrement minutieux, cela ne faisait aucun doute, c’était bien l’écriture de Mémère rédigée sur l’enveloppe. Et le nom inscrit dessus spécifiait bien le sien. Celui d’avant la guerre : IditGoldstein. De même, l’adresse griffonnée sur le pli correspondait en tout point à celui de l’hôpital où elle avait séjourné une bonne partie de sa jeunesse.Édith vérifia aussitôt le cachet de la poste imprimé sur l’enveloppe. Le jour,le mois et l’année indiquaient la date du 06 septembre 1937. La lettre avait donc été rédigée une cinquantaine d’années plus tôt.

  – Non, mais, c’est incroyable ! dit-elle, décontenancée, en regardant son mari.

  D’une écoute attentive, Gérard attendait, impatient, des explications qui refusaient de se dévoiler. Il ne comprenait rien à la situation présente et semblait plutôt soucieux de l’état de santé de sa femme. Cependant, il examina,en parallèle et avec une vraie inquiétude, le renflement anormal de sa rotule.

  – Quoi ? répéta-t-il. Voyons, Édith, Je ne sais pas du tout de quoitu parles. Alors, en la circonstance, si tu pouvais m’éclairer sur la conjoncture présente !

  – Ah, oui ! reprit-elle. C’est effectivement ça. C’est incroyable.

  – Dis-moi, Édith, tu es certaine que tout se déroule normalement, en ce moment, dans ta tête ? consulta à l’improviste Gérard, ne comprenant comme colin-tampon les déclarations farfelues de sa femme. Sur ce point, j’insiste.Es-tu absolument persuadée que tu as récupéré toutes tes facultés mentales ?

  – Oui, oui ! fit-elle, l’esprit encore légèrement groggy par cet événement renversant. Écoute, Gérard, ou plutôt regarde ! Je viens de recevoir une lettre de ma grand-mère.

  – Une lettre de ta grand-mère ? releva Gérard, une pointe d’ironieau pli de la lippe. Non, c’est une blague, hein ? Mémère doit être décédée depuis de nombreuses années.

  De prime abord, Édith ne semblait pas s’amuser. D’un regard de corbeau,elle fixa son mari. Aussi, devant la mine déconfite de sa femme, Gérard se décomposa à son tour et récupéra une apparence de circonstance, responsable et sérieuse.

  – Allez, Édith, ne nous fais plus attendre ! Ouvre vite cette incroyable lettre que l’on découvre le fin mot de l’histoire !

  Muette, Édith balançait un brin la tête, de haut en bas, tandis qu’elle observait attentivement l’état de la vieille enveloppe. Puis, d’une main sûre,elle la décacheta délicatement comme un antique parchemin retrouvé au fond d’une tombe. Toutefois, malgré le soin considérable qu’elle prenait à l’ouvrir,elle tremblait à l’idée de découvrir un lourd secret de famille ou un rebondissement du même acabit, comme une nouvelle catastrophe dans sa vie de femme. Du bout de ses fins doigts, elle attrapa la lettre se trouvant à l’intérieur et posa ensuite l’enveloppe sur la table de la cuisine. Gérard la récupéra aussitôt afin de l’examiner en détail. Après, Édith déplia précautionneusement la lettre pour ne pas la dégrader davantage.

  – Elle a été envoyée de Guise le 06 septembre 1937, annonça-t-elle d’emblée à son mari, tournant et retournant l’enveloppe dans tous les sens.

  – Vraiment ? fit Gérard, relevant des yeux totalement éberlués verssa femme. C’est ahurissant.

  – Oui ! reprit-elle, montrant la vieille lettre jaunie. Regarde,elle est datée de cette époque !

  – Incroyable ! rabâcha Gérard, analysant avec minutie le cachet de la poste. En effet, c’est prodigieusement extraordinaire. Euh !… Mais…Vas-y, Édith ! Lis nous la lettre de ta grand-mère ! Je suis vraiment empressé de savoir ce qu’elle raconte.

  – Moi aussi ! estima-t-elle, un soupçon d’angoisse dans la voix.

  Dès lors, d’un ton haut perché, voire semi effrayé, Édith commença le déchiffrage du courrier de Mémère, tandis que Gérard leur versait une autre tasse de café.

  – « Guise, le 6 septembre 1937, amorça-t-elle, d’un ton qui en disait long sur la retenue de ses sanglots. Ma très chère petite Idit adorée,je profite de ce merveilleux été indien qui perdure chez nous, à Guise, pour te faire parvenir de nos nouvelles. Ici, le soleil est toujours au beau fixe. Et,comme tu l’imagines, Pépère et moi vaquons à nos occupations dans le jardin.J’ose espérer que pour toi, là-bas, au bord de la mer, le beau temps te permet de te promener sur la plage et de te réoxygéner. Nous recevons très peu d’informations sur ta vie et tes activités au sein de cet établissement… »

  Édith reprit son souffle et avala d’une traite son café. Gérard, quant à lui, se remémorait l’instant où il avait découvert la vérité sur le patronyme de sa femme. Car, lorsqu’elle était arrivée dans la famille, il ne connaissait pas son ancien nom. Il lui avait été dissimulé afin de ne pas la compromettre.Et sa femme ne lui en avait fait part que bien des années après leur mariage.Puis, Édith inspira une grosse bouffée d’oxygène et rebondit sur sa lecture.

  – « À l’ombre du prunier, engagea-t-elle, dont Pépère et moi avons savouré les fruits tout au long de la saison, je termine un livre sur l’idéologie politique du parti national-socialiste, dirigé par un certain Adolf Hitler, et la montée de la dictature totalitaire et expansionniste en Allemagne. Les graves événements qui se déroulent de l’autre côté de la frontière sont vraiment de plus en plus inquiétants. Je te donne un exemple :je viens d’apprendre par voie de presse qu’une législation raciale a été mise en place par le troisième Reich pour spolier les familles juives de leurs biens. Tu te rends compte, Idit ? Ils nous considèrent maintenant comme des moins que rien, des parias. Cette situation devient abominable et terrifiante pour les familles juives allemandes. Nous avons d’ailleurs reçu une longue lettre en ce sens de l’oncle de Bavière, Tonton Joshua, nous demandant d’accueillir de toute urgence un couple de retraités réfugiés chez eux… »

  – « Je ne sais pas pourquoi je te fais l’écho de ces sombres actualités, ma petite Idit, rengagea-t-elle, alors que le temps se prête plutôt à la légèreté et à la douceur de vivre : du haut de tes 11 ans, tu dois encore avoir la tête farcie de beaux rêves, des rêves d’avenir. Car, la vies’ouvre devant toi et éclaire ton chemin, là-bas, au bord de la mer où les couleurs du ciel et de la mer sont si remarquables. Et, au final, c’est ce qui est le plus important : ton bonheur. Si Pépère n’avait pas déjà vendu la vieille Chenard & Walcker Sport, à laquelle tu adorais, cheveux au vent, te mettre au volant, qu’est-ce que j’aimerais me retrouver avec toi et parcourir les longues plages de sable fin de la côte d’Opale ! Cependant, malgré notre relative tranquillité dans la maison de Guise, du moins pour le moment,nous avons peur de vivre d’horribles lendemains. Aussi, après mûre réflexion,et cela représente le sujet de cette missive, il est fort probable que nous déménagions… »

  Édith releva soudain la tête et observa les réactions de son mari. Elle se souvenait que, durant la guerre, il avait pris les armes. Résistant avant l’heure, il avait causé de nombreux dégâts dans les rangs ennemis. Et c’était une des raisons pour laquelle elle était tombée amoureuse de son mari. Bouche bée,Gérard semblait pris dans le mouvement de l’histoire. Aussi, Édith enchaîna sa lecture.

  Édith s’arrêta de parler. Elle se remémora soudain les dimanches après-midi avec son grand-père, traversant la campagne environnante au volant de la décapotable. Pour sa part, Gérard, féru de sport automobile, se souvenait de la course victorieuse des 24 heures du Mans de l’édition de 1923. Puis,Édith réintégra les affres de la réalité présente et reprit.

  – « Pour nous changer les idées, rattrapa-t-elle, Pépère et moi occupons notre temps à nos activités favorites. En ce qui me concerne,j’attends avec impatience la sortie d’un livre extraordinaire qu’un auteur inconnu du nom de Tolkien a écrit récemment et qui devrait t’enchanter. Car je sais que tu aimes les histoires fantastiques. Selon l’encart du journal, où j’ai relevé le renseignement, l’auteur narre les aventures du hobbit Bilbo : un personnage attachant entraîné malgré lui par le magicien Gandalf, et une compagnie de treize nains, dans un voyage vers la Montagne Solitaire, à la recherche d’un trésor gardé par le dragon Smaug. J’escompte qu’en cette période plus ou moins trouble de notre existence, ce livre te réjouisse le cœur, ma petite Idit, et redonne à ton sourire le charme et l’éclat qu’il avait jadis. Bien entendu, je me ferai une joie de tel’envoyer par courrier, dès sa sortie en librairie. Comme tu possèdes des notions d’anglais, tu pourras parfaire ton langage. Cela te servira dans ta vie future, j’en suis convaincue. Puis, ce livre t’aidera certainement à oublier l’adversité qui te poursuit depuis la disparition de tes chers parents. Car,vois-tu, ma chérie, je sais qu’ils te manquent considérablement. À nous également ! Mais notre existence est ainsi faite que nous devons chacun, à un moment de notre vie, porter notre fardeau. Enfin !… »

   Gérard se leva de façon impromptue et s’achemina jusqu’à l’évier. Puis, il prit deux verres dans le placard attenant,les remplit d’eau fraîche et les apporta à table.

   – Tiens, Édith, fais une pause et rafraîchis-toi ! dit-il, tendant le verre à sa femme.

   – Merci, Gégé, répondit Édith, l’esprit flou.

   Elle but son verre d’un trait et le reposa sur la table en se demandant où elle avait rangé ce livre : le seul colis qu’elle avait reçu de sa grand-mère à cette époque. Elle localisa facilement l’endroit où elle l’avait enfermé car elle le gardait comme un trésor. Mais elle le rechercherait plus tard.

   – Bon, je reprends ma lecture,annonça-t-elle subitement, s’essuyant la bouche avec un torchon.

   – Ok ! fit Gérard. Je ne te dérange pas plus longtemps. Vas-y ! Je suis tout ouïe.

   – « Donc, reprit-elle, comme à son habitude, Pépèretravaille dans le potager. Il vient tantôt de planter cette variété traditionnellede radis demi-longs, roses à petit bout blanc, que tu affectionnes tant avec dusel et du beurre. Puis, ce matin, il a aussi remis Bérenger en place. La têteen pot de cuivre de ton épouvantail déguenillé s’était maladroitement retournéelors du fort coup de vent passager de la nuit dernière. Et son chapeau avaitaussi volé chez le voisin. Néanmoins, maintenant, je te rassure, tout estrentré dans l’ordre. Et Bérenger se porte à merveille. Il est de nouveau coifféet semble toujours aussi heureux de garder le potager, même s’il ne fait peur àaucun oiseau à plumes. D’ailleurs, puisque j’en parle, j’ai la soudaineimpression qu’il nous observe, en ce moment, Pépère et moi. Je me demande cequ’il pense. Sûrement doit-il vouloir dire qu’il aimerait bien, lui aussi,courir sur la plage et te serrer très fort entre ses gants de jardinier puis tedispenser plein de chaleureux bisous ! Bref, voilà pour les nouvelles dela vie à la maison de Guise ! Maintenant, j’ose de nouveau espérer, ma Iditchérie, que les infirmières du sanatorium te traitent convenablement et que lessoins qu’ils te prodiguent, afin d’éradiquer cette mauvaise infectionpulmonaire que tu as subitement déclenchée, porteront les effets escomptés. Jesais que ce bon air frais et iodé de la côte d’Opale te fera le plus grand bienet que tu es une petite fille forte. Et je sais aussi que tu vas te rétablirbien vite… »

  Édith sourit car toutes les recommandations de sa grand-mère s’étaient révélées vraies. Cependant, elle sentait bien que le ton de la lettre allait changer.

  – « En revanche, dit-elle, d’un ton monocorde, comme je te le disais plus haut, nous allons être contraints d’abandonner la maison et nous absenter quelque temps. Et, crois-moi, nous n’allons pas le faire de gaîté de cœur. Certes, nous avons encore du temps devant nous. Mais je pense que, tôt ou tard, ce sera une question de vie ou de mort. Aussi, nous nous préparons à quitter notre belle maison de Guise. Je sais que cette nouvelle va te rendre triste et te procurer un réel chagrin. Mais, vois-tu, Idit chérie, nous y sommes bien obligés. Car les événements en Allemagne s’accélèrent et nous n’avons plus le choix. Un jour, cette folie parviendra à franchir la frontière et débarquera dans le village, au seuil de notre porte et jusque dans notre intimité. Alors, nous ne voulons en aucune façon être pris au dépourvu. Les actualités nous rabâchent les oreilles sur ce troisième Reich qui s’obstine à s’armer de jour en jour. Il est donc sérieux de considérer qu’une nouvelle guerre se prépare. Et Pépère et moi sommes d’avis d’admettre qu’elle est imminente. Car, selon les journalistes de la T.S.F., les préparatifs vont bon train. Toutefois, ne t’inquiète pas, ma petite Idit ! Toi, tu ne risques rien. Nous avons fait en sorte de te récupérer de nouveaux papiers d’identité.Tu vas changer de nom mais ton prénom restera le même. Il sera juste traduit en bon français de souche. Seulement, il ne faut pas que tu oublies qu’en raison de nos racines juives, nous serons les premiers à être dépossédés de nos avoirs et de nos ressources, voire de notre vie elle-même. Il est donc raisonnable dépenser à l’avenir, à ton avenir. Aussi, nous mettons, d’ores et déjà, la maison de Guise en vente. Nous déposerons l’argent de la succession, en franc or, dans une boite de fer que nous enterrerons quelque part dans le parc de la maison.Par message, je te préciserai l’endroit exact dans le livre de Tolkien. Et je pense que personne n’oserait imaginer une telle cachette. Ainsi, s’il devait nous arriver un grand malheur, tu pourras toujours revenir chercher ce pécule afin de te construire, ma petite Idit, un très bel avenir et une très belle vie… »

  D’une stupéfaction bien compréhensive, Gérard ne put s’empêcher découper la parole de sa femme.

  – C’est incroyable, cette histoire ? dit-il.

  – En effet ! répondit Édith. C’est tout bonnement stupéfiant. Mais laisse-moi terminer cette lettre et nous en reparlerons après !

  – Tu as raison, Édith. Je suis désolé. Vas-y, continue !

  – « Maintenant, conclut-elle, nous nous préparons à nous engager vers une nouvelle vie de l’autre côté de l’Atlantique. Car nous allons quitter Guise et partir vivre à New-York. Nous allons rejoindre d’autres cousins déjà installés et qui ont trouvé un petit job de musicien de music-hall à Pépère,une boite à la mode du côté de Manhattan. Il va pouvoir reprendre son vieux violon. Néanmoins, puisque après le dramatique accident de camion qui a causé la perte de tes parents, ainsi que des parents de notre bru, tu as été confiée à nos bons soins, nous resterons tes tuteurs jusqu’à ta majorité. Seulement,puisque la maladie que tu as déclenchée, suite à ce lourd traumatisme, t’oblige à demeurer dans cet hôpital, nous avons décidé, Pépère et moi, de te placer dans la famille Lalart, dont le fils Gérard a presque le même âge que toi. Les parents de cette famille sont des amis de longue date et, tu vas voir, ils sont très gentils. Puis, Gérard est un élève brillant, promis à un avenir radieux.Alors, je pense que vous vous entendrez bien tous les deux. Enfin, je te le répète une fois de plus : ne t’inquiète surtout pas pour nous, ma petite Idit ! Je sais que nous allons nous en sortir. Et je te promets qu’après cette possible guerre que l’on dit imminente, nous nous retrouverons ensemble à Guise, comme du temps où nous partagions ces forts moments de réjouissance et d’optimisme dans le jardin fleuri de Pépère à manger des radis. À très bientôt,je l’espère, ma petite Idit chérie ! Pépère et moi t’embrassons et t’aimons très fort. Signé : Mémère. »

  Sitôt la lecture de la lettre terminée, Édith se tut. Elle entra dans une sorte d’aphasie. Un lourd silence oppressant vint envahir l’espace de la cuisine. En un instant, Édith fut submergée par tout un tas d’émotions perceptibles. Elle se rappelait la maison de Guise, les radis et la voiture,puis l’hôpital du bord de mer, la plage et les promenades, et enfin son arrivée dans la famille Lalart. Dans sa tête, tout se brouillait. Pendant un court laps de temps, elle aurait également voulu ne pas la recevoir, cette lettre. Gérard,quant à lui, ne pipait mot. Il était aussi stupéfait que sa femme. Un tas de questions lui traversaient l’esprit. La maison de Guise existait-elle encore ? Quelle est cette force qui l’avait poussée à se marier avec Édith ? Leur vie de retraités décontractés allait-elle devoir changer ? Suite à cette lettre, comment allait réagir sa femme ? Le temps resta un moment en suspension jusqu’à ce qu’un boulet de charbon roule à l’intérieur du poêle et se cogne sur la paroi. Les yeux dans le vague, Édith réagit la première.

  – Tu te rends compte, Gégé ? dit-elle, désorientée, mais se tournant vers son mari. Ma grand-mère m’avait écrit une lettre.

  – Oui ! répondit simplement Gérard.

  Pendant des nuits et des nuits, la tête au fond de son oreiller, Édith avait espéré recevoir cette missive. Malgré le fantastique livre de Tolkien,qu’elle avait effectivement reçu, elle avait tant pleuré, le soir, en se demandant ce qu’il était advenu de ses grands-parents. Puis, sans nouvelles, un beau jour d’août, comme sa grand-mère l’avait suggéré dans la lettre, elles’était mariée avec Gérard, le héros de la famille qui était sorti de la guerre sans une égratignure et avait réussi sa vie. Une drôle d’idée lui parcourut aussitôt l’esprit.

  – Dis, Gégé, ça te dirait de partir en voyage ? annonça-t-elle sans fioritures. J’aimerais enfin retrouver mes racines.

  Gérard n’eut pas le temps de la réflexion, Édith, courrier en main,s’était déjà levée de table. Puis, à la montée de l’escalier, elle apostrophade nouveau son mari.

  – Allez, remue-toi et viens préparer nos bagages ! cria-t-elle,s’engageant sur les premières marches. Nous partons.

  – À New York ? demanda stupéfait Gérard.

  – Bien sûr que non ! enjoignit Édith. Que tu es sot ! Nous avons besoin de passeports pour cela. Alors, en attendant, nous allons faire un crochet par Guise. Là-bas, j’en apprendrai certainement un peu plus.

  Guise, ce n’était certes pas New York, et encore moins le bout du monde.Puis, un éventuel trésor de guerre, enfoui quelque part dans la maison dejeunesse de sa femme, attendait de retrouver son propriétaire. Ah, ces histoires de boite et de lettre ! En vérité, maintenant, toute cette aventure lui donnait le tournis. Il se sentait pris dans un tourbillon infernal. Alors, le genou en vrac, Gérard s’exécuta tant bien que mal. Car, au fond de lui, il le savait depuis toujours : quand Édith avait une idée entête, rien ne pouvait lui faire changer d’avis. Pour se changer les esprits,Gérard rejoignit le poêle à charbon. Puis, de son tisonnier, il activa les boulets rougis par le feu. Après, il se posta au bas de l’escalier, inspira une bouffée d’air et souffla. Levant les yeux, il aperçut soudain sa femme en train de fouiller dans le tiroir secret de la bibliothèque. Que cherchait-elle ?Gérard sourit. De toute évidence, il savait ce que sa femme recherchait :le livre de Tolkien et le message qu’il contenait. Édith sortit le bouquin du tiroir. Puis, elle l’ouvrit à la première page afin de prendre connaissance du message de sa grand-mère, qu’elle avait déjà pu apprécier à l’époque mais qu’elle n’avait jamais su déchiffrer en son temps : « ton avenir est enfoui sous la boite aux lettres ». Quelles drôles d’aventures que ces histoires de boites aux lettres ! se dit-elle. Quelle coïncidence !Cinquante ans après avoir reçu le livre, elle comprit enfin ce que le message voulait dire et pourquoi personne ne songerait à creuser sous cette boite afin d’y découvrir la cachette d’un trésor, son magot. Du reste, elle n’avait jamais eu besoin de cet argent. Gérard retourna dans la cuisine, s’assit et alluma une clope en imaginant la « Grosse Pomme » : cette incroyable machine à rêves, frénétique et vertigineuse.

Étienne

            Le facteur est passé

Francine est dans sa cuisine. Elle prépare un gâteau pour ce soir, et ses deux mains sont pleines de farine.

« Madame Francine Lalart… C’est pour toi ! » dit-il, intrigué.

« Une lettre de ma grand-mère ! »s’écrie-t-elle. « Ma grand-mère ! Et la date indique 6 septembre 1937 ! Alors que nous sommes en 1988 et que ma grand-mère est décédée pendant la guerre de 40 ! »

Francine essuie ses deux mains enfarinées sur son tablier de cuisine et regarde avec étonnement la missive. Elle ouvre l’enveloppe avec précaution et n’en croit pas ses yeux !

« Une lettre âgée de cinquante ans ! » dit Gérard interloqué ! « Le 6 septembre 1937, nous venions tout juste de nous marier ! Et que dit cette lettre ? »

Francine ajuste ses lunettes et lit :

« Ma chère petite-fille Si tu savais comme j’ai regretté de ne pouvoir assister à ton mariage ! Mais comme tu le sais, avec ma santé fragile, il m’était impossible de me déplacer. J’espère que mon cadeau t’est bien parvenu.Je te souhaite, ainsi qu’à Gérard, tout le bonheur possible. Soyez heureux, mes chers enfants !Je vous embrasse de tout mon cœur.Mémé Georgette. »

Francine s’est assise, la gorge nouée et les jambes faibles. Elle a envie de pleurer. Tant de souvenirs lui reviennent ! Son mariage, sa grand-mère disparue, le cadeau reçu…

Elle regarde l’enveloppe qui vient de Guise, là où vivait sa chère grand-mère

« Qu’a-t-il bien pu arriver à cette lettre pour qu’elle ne te parvienne pas en 1937 ? » demande Gérard.

« Elle aura sans doute été coincée quelque part et retrouvée ! Demain, j’irai à la Poste pour essayer d’avoir des explications ! » répond-elle en essuyant la buée sur ses lunettes.

Francine regarde Gérard. Eh oui ! Ils sont mariés depuis cinquante ans ! Quelqu’un vient de leur rappeler qu’ils ont été très heureux ce jour-là et qu’ils sont encore l’un près de l’autre à soixante-dix ans passés !

Évelyne

               Une lettre oubliée

Guise, le 6 septembre 1937

Mes chers petits-enfants,

J’espère que vous allez bien et que vous vous êtes bien habitués dans le Calvados ; c’est certainement un grand changement pour vous Je me demande si vous avez un jardin avec des pommiers et si vous appréciez le camembert et le cidre, voire le calvados.

Quelques nouvelles de Guise : le Familistère fonctionne toujours très bien et nombreux sont ceux qui y logent,avec l’école, le bambinat, le théâtre, l’économat, même la piscine. Comme vous pouvez le penser, ce n’est pas moi qui irai voir, même les doigts dans l’eau ! André Godin a sauvé Guise, car après la guerre, ce n’était qu’un tas de débris. En parlant de guerre, ici à Guise, nous avons très peur de l’Allemagne, car Adolf Hitler remilitarise et veut étendre son espace vital. Il semblerait donc que l’Allemagne se prépare à une guerre. C’est inquiétant et malsain. Je sais que nos politiques essaient d’y voir plus clair. Adolf Hitler désire la vengeance après l’humiliation.

Nous avons tant souffert et perdu bien des hommes de la famille, aussi j’espère ne plus jamais voir ça. Et chez vous, ya-t-il les mêmes craintes ?Mes voisins, les Renaux, ont quitté Guise et sont partis près de Lyon pour le travail.

Charles Dupont, le garçon que vous connaissez, a quitté l’école Jeanne d’Arc pour aller enseigner à Soissons Dans la région voisine,les vendanges se terminent assez tardivement à cause du manque de soleil cette fin d’été. 

J’espère aussi que votre commerce est prospère et qu’il vous laissera un peu de temps libre pour venir à Guise.J’aimerais tellement vous voir Au plaisir de vos bonnes nouvelles me rassurant au sujet de cette guerre Je dis mon chapelet ous les jours espérant que Dieu nous entendra.

Bons baisers à vous deux.

Mamie Augustine.

Françoise

                    Témoignage

Le facteur – ou le préposé – frappe à la porte. Gérard, la soixantaine bien sonnée, reçoit une missive dont l’envoi se situe cinquante ans plus tôt et qui a été écrite et signée de la main de la grand-mère de sa femme en 1937, époque assez lointaine, méconnue de ce couple qui, justement, vit dans la maison de cette grand-mère. Yvette, la femme de Gérard, n’a pas connu cette grand-mère maternelle, mais en a        entendu parler par ses parents. Elle habitait Guise, une petite ville de l’Aisne, d’où elle avait débarqué de Danjou, nommée par l’administration postale suite à un concours Les parents d’Yvette ont donc repris la maison familiale. Il y avait assez de place pour y loger une famille, avec un grand jardin potager qui allait être utile vu les événements qui ont suivi.

C’est avec émotion qu’Yvette reçut donc cette lettre, d’autant plus que cette grand-mère était décédée lors d’un bombardement de la poste de Guise Elle hésita longtemps, touchant, retournant cette lettre avant de l’ouvrir. Elle contenait deux missives dans laquelle la mamie racontait sa vie de postière et décrivait son nouveau logement. La deuxième missive contenait un mandat de vingt francs qui, à l’époque, était une grosse somme d’argent.

Dans la lettre, la mamie disait qu’elle envoyait ce mandat en cadeau pour la première naissance qui devait avoir lieu chez sa fille et, vu les événements dont elle commençait à être témoin, elle préférait lui envoyer de l’argent, elle en aurait bien besoin Gérard fit voir le mandat au postier qui lui promit de se renseigner pour savoir s’il était encore valable.

Yvette et Gérard étaient très émus. Ils conservaient une photo de cette grand-mère, assise à son guichet, souriante, entrain de composter les lettres destinées à des familles dans toute la France.Ils mesuraient à quel point le temps avait passé et comment l’évolution du monde avait changé les rapports entre les hommes Maintenant, tout est virtuel. Gérard et Yvette pouvaient toucher, sentir ce pli venant de l’écriture de leur grand-mère.Celle-ci y avait mis tout son amour et l’espoir de voir ses prochains petits-enfants. Les événements ne le lui ont pas permis. Il reste donc cette lettre, cette preuve que la grand-mère avait envoyée pour concrétiser tout son amour à cette famille qu’elle avait quittée pour son travail.

Marie-Jeannine

                      Jolie poupée

Le maire de Danvou était venu remettre personnellement la lettre à Gérard Lalart. La curiosité le fit rester lorsque le veuf déchira l’enveloppe jaunie de ses mains ridées et tremblantes. 

                                                                       Guise, le 6 septembre

Ma petite Ninine,

Ta mère m’a annoncé ce matin au marché ta réussite au Certificat. Je suis bien fière de toi !

J’ai toujours su que tu étais une gentille fille appliquée dans tes études. Je fais taire les mauvaises langues lorsqu’elles m’évoquent tes excursions dans les bois. Je vais rabattre son caquet à Madame Depedcer, elle qui a dix petits-enfants dont aucun ne réussit à l’école  Viens me voir, ma petite chérie, que je récompense ta conduite avec cette jolie poupée que je t’ai promise. Tu la mérites bien, va !

                                                                                                                                                                                                 Mémé

Le fonctionnaire guettait la moindre réaction du vieux. Il ne fut pas déçu. Dès les premières lignes, un rictus barrait le visage de Monsieur Lalart. Il explosa de rire en lisant la suite Combien de fois Catherine lui avait raconté comme elle se faufilait par la fenêtre de sa chambre,escaladait le muret, rampait dans le potager de Madame Depedcer pour traverser les champs et le rejoindre dans les bois !

Il se remémora avec une joie émue ces baisers et caresses au goût de fougère et de champignon En relevant ses yeux humides, il fut frappé par l’expression de la poupée en porcelaine qui trônait depuis des lustres sur une étagère poussiéreuse. Les yeux angéliques se teintaient d’une lueur malicieuse.   

Sarah

      Une lettre inattendue

Eh ben, dis donc, en voilà une drôle de lettre ! Viens voir, Micheline ! Elle est pleine de tampons…Passe-moi mes lunettes… Merci… Voyons !… Il est écrit « Avec les excuses de la Poste »… et elle t’est adressée !

Montre un peu !… Ça alors !L’adresse derrière est celle de ma grand-mère. Je ne me souviens même plus de son écriture… Bon, j’ouvre ?

Ben oui, ouvre !

Tout de même, je suis émue. Mémère est morte il y a bien longtemps, c’est comme une lettre d’outre-tombe… Bon, voilà,je lis

                                                                   Guise, le 6 septembre 1937

Ma chère petite-fille,

         Dans quelques jours, tu auras 16 ans. Comme je ne peux pas me déplacer et que ton père ne voudra pas venir, je prends la plume pour te souhaiter un très bon anniversaire. J’aurais voulu le faire pour de vrai, mais tu sais comment est ton père. Il s’est fâché et, têtu comme il est, il ne veut pas se réconcilier. Peut-être que si tu intervenais, il accepterait de venir faire un tour du côté de Guise. Ça réjouirait mon cœur de vieille mère.

À part ça, je vais bien malgré mes rhumatismes et mes pieds qui ont du mal à me porter.Depuis tout ce temps que nous ne nous sommes pas vues, il s’est passé beaucoup de choses ici. La petite Françoise avec qui tu aimais jouer a attrapé la typhoïde comme pas mal de gens, et elle en est morte. J’ai eu la chance d’y échapper, mais ce fut une dure période pour notre petite ville.

Mon vieux Youki  m’aquittée aussi. Il était bien vieux et n’était plus guère vaillant. Je n’en ai pas repris .Sinon, pour te donner une nouvelle plus réjouissante, Lucette, la fille de mes voisins, qui venait d’avoir 17 ans, s’est mariée avec Guy, le fils du boucher. C’était une belle cérémonie. Elle avait une vraiment belle robe. Depuis, ils ont eu des jumeaux qui font les quatre cents coups

La récolte des pommes est excellente et j’en aurai pour tout l’hiver. Pareil pour les pommes de terre Voilà. J’espère que ma lettre te fera plaisir et qu’elle te trouvera en bonne santé. Écris-moi et raconte-moi votre vie là-bas. Ton père a-t-il fait- de belles récoltes ? Avez-vous toujours votre gros matou ?

Embrasse bien tes parents et ton petit frère que je n’ai pas le bonheur de connaître, et surtout, dis à ton père que je ne lui en veux pas. Vous me manquez beaucoup. Je me fais vieille et Dieu sait combien de temps il me reste.

Je t’embrasse très fort

Ta grand-mère

P.S. J’ai glissé un petit billet pour que tu te fasses un plaisir.

Micheline pleurait à chaudes larmes.

Eh ben, grosse bête, pourquoi tu pleures ?

Si j’avais reçu cette lettre à temps,Mémère ne serait peut-être pas morte sans nous revoir… La nouvelle de son décès nous est arrivée quelques années plus tard. La lettre est datée de 1937 et elle est morte l’année de mes 20 ans, en 1941, en pleine guerre… Mon père était au front, on ne savait pas où, donc il n’a pas su pour sa mère et il est mort, lui aussi, fâché avec sa mère… Quelle misère ! J’aurais préféré ne jamais la recevoir, cette lettre ! Quel chagrin elle a dû avoir de ne pas recevoir de réponse. J’ai toujours cru que la fâcherie venait d’elle.

  • Écoute, si tu veux, nous irons à Guise chercher sa tombe. Ça n’arrangera rien, mais tu te sentiras peut-être mieux.

Oh oui ! Et nous emmènerons les enfants et leur raconterons pour que jamais ça ne recommence !   

Thérèse

L’atelier d’Ecriture; la rentrée…

Le SOCROTA

Magnifiques photos, mais triste histoire que cette épave échouée sur la plage du Touquet !

Que reste-t-il de ce cargo revenant d’Australie et se rendant à Londres, son pays ?

À voir l’épave, on peut imaginer qu’il était imposant et devait contenir bien des marchandises, et des hommes aussi qui ont trouvé au Touquet l’endroit pour s’abriter.

Cette épave n’a pas trouvé refuge dans un cimetière à bateaux, mais se plaît au large du Touquet, se montrant plusieurs fois dans l’année.

Couchée sur le côté, qu’elle est belle cette épave qui se laisse admirer, donnant l’impression de voir un pêcheur les pieds dans l’eau, ciré sur le dos couvert d’algues, et plus loin un rameur essayant de sauver ce qui peut l’être !

Cela fait cent ans qu’il est là et il semble y être pour encore des années.

Pendant longtemps, on se posera des questions.

Françoise

Une honte

Je ne parviens pas à pardonner cet acte odieux de l’abandon en masse de toutous juste avant l’été, alors que les maîtres projettent, eux, de se prélasser à la mer sous le soleil. Je peux seulement élucider ce mystère où flotte un lourd parfum d’égoïsme. Le dictionnaire ne sera jamais assez énorme pour contenir les mots de condamnation sans pitié que méritent de tels actes.

Je ne peux m’empêcher d’espérer qu’aux confins d’un univers luminescent, la voix d’outre-tombe de ces pauvres sacrifiés gâche les vacances de ces maîtres indignes en troublant l’eau cristalline dans laquelle ils se baignent. J’irai même jusqu’à souhaiter qu’elle devienne rouge carmin comme le sang. La plus belle réussite de ma vengeance serait que l’hôtel paradisiaque où ces maîtres ont réservé leur séjour s’avère être une ancienne usine de cartonnage réhabilitée pour tromper des touristes crédules.

Anne-Marie

1915-2018 – Voilà plus d’un siècle que ce bateau repose au large du Touquet. Les dernières photos, celle appelée « le Pêcheur » et l’autre « le Rameur », montrent que la vie de cette épave sera bientôt terminée.

Il y a quatre années, nous avions déjà travaillé sur le Socotra à l’atelier d’écriture. Les photos qui nous avaient servi de support montraient alors une épave beaucoup plus structurée. Les tempêtes de cette dernière décennie n’ont pas seulement rogné nos côtes. Elles ont aussi malmené les restes de ce bateau échoué depuis décembre 1915. Lorsqu’il aura disparu, seuls les écrits et les photos attesteront de cet épisode de la guerre 14.

Cela prouve, s’il en était besoin, que le devoir de mémoire est une absolue nécessité. Bien sûr, il ne saurait être question d’établir un parallèle entre la mort d’un bateau et le massacre de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Néanmoins, entretenir le souvenir des événements passés pourrait, enfin, espérons-le, éviter de reproduire les erreurs et les crimes du passé.

Oui, je sais, j’enfourche, une fois de plus, mon cheval de bataille. Désolée !

Heureusement, l’échouage du Socotra ne provoqua, lui, aucune perte humaine. De plus, il permet à des artistes photographes d’immortaliser des images magnifiques de notre Côte d’Opale.

Anne-Marie

SOKO, LE PÊCHEUR DE TEMPS

La mer vient de se retirer, au loin, au bout de la plage. Après la marée, le long de la laize, elle abandonne derrière elle tout un tas de détritus hétéroclites, en général des déchets polluants. En cette matinée d’hiver, sous le ciel gris, la Manche se confond avec les écrasants nuages qui filent à l’horizon. Personne ne se promène sur le sable. Le froid et l’atmosphère humide ont certainement rebuté les habituels promeneurs. Cependant, assis sur la rambarde de la digue, un homme observe assidûment un point précis situé Sud-Ouest. Il semble attendre son heure. Car, il le sait, dans quelques minutes, la marée aura dégagé les derniers vestiges métalliques du steamer britannique qui s’est échoué, là, un siècle auparavant.

Trabert Pondu est horloger de métier. Une activité de précision. Cela lui a certainement suggéré cette raison qui l’a conduit à se passionner pour la photographie. Certes, Trabert est un photographe amateur. Mais il a le souci du détail. Il a l’œil comme on dit. Et il adore vadrouiller par tous les temps au bord de la mer, son appareil sous le bras. Trabert repère les objets incongrus, sortis du sable ou de la vase. Puis, il les fixe sur sa pellicule et en tire de superbes clichés qu’il exposera peut-être, un jour, au musée de la marine de sa ville.

Néanmoins, ce que Trabert affectionne le plus dans les images qu’il photographie, ce sont les reproductions étonnantes qu’il tire de cette épave. Il en a des centaines. Et toutes ont leur propre thème, leur propre coloration. Alors, ce matin, à l’aube, puisque la marée présente un fort coefficient, Trabert en a profité pour enfiler son ciré jaune et ses bottes puis, son canon en bandoulière, il est descendu à la plage malgré le vent glacial. Il s’en est allé approcher une nouvelle fois ce qu’il présente comme son cargo, puisqu’il est le seul à s’y être intéressé d’aussi près. Car Trabert cherche le cliché rare, celui qui exprimera un tableau, une scène unique.

L’épave est dangereuse. Il le sait. Des trous d’eau se forment autour des débris métalliques. Il faut faire très attention où l’on met les pieds. Mais Trabert est un expert de ce cargo en ruine qu’il connaît comme ses bottes. Puis, il a observé l’épave sous toutes ses coutures. Il a attendu le moment précis. Il a ensuite saisi cet instant fugace où la magie de la lumière d’Opale opère et donne un rendu extraordinaire. Car, parfois, d’étranges formes peuvent inopinément émerger de l’eau. Ce matin-là, à l’aube, est apparu Soko, le pêcheur de temps.

– Depuis combien de temps je patauge, pétrifié dans cette épave, en attendant de renaître à la vie ? s’interroge Soko. Je compose pourtant un tableau exceptionnel. Regardez-moi ! Les pieds figés dans la vase, j’essaye d’attraper, à mains nues, ce corpulent poisson préhistorique rouge et blanc qui me nargue depuis des décennies. Il est là, juste devant moi, à quelques centipouces. Il ne bouge pas d’une arête. Et, cependant, malgré mes efforts, je n’arrive pas à l’atteindre. C’est profondément frustrant de ne pas obtenir ce que l’on brigue au moment où on le désire. En quelque sorte, nous sommes tous les deux ossifiés pour l’éternité au fond de cette carcasse rouillée. Mais, ne vous y trompez pas ! Un jour, je le sens, un être passionné viendra. Il nous remarquera et sera ébloui par notre spectacle. Puis, de notre portrait, il imaginera un cliché d’une beauté remarquable. Certaines personnes perçoivent des choses que d’autres ne soupçonnent même pas, ou négligent. Il ira alors nous présenter lors d’une exposition photographique afin que notre image perdure. Qui, alors, se souviendra de notre histoire ? Ce pourquoi nous en sommes arrivés là ? C’est long, un siècle, très long. C’est même de l’ordre d’une vie, je dirais. Et, avec le temps, on oublie vite… Une vie à pêcher ! Une existence à faire semblant d’attraper ce poisson. Juste pour la photographie ! Juste pour justifier une vie d’imposture et pêcher ainsi des fous rires. C’est ce qui est drôle… Mon histoire intéresse-t-elle quelqu’un ? Je me le demande. Jadis, j’étais un jeune homme élégant, grand et fort, et je participais du savoir-vivre et du raffinement de l’époque. Dans la salle des machines, je travaillais sans relâche à fournir l’énergie nécessaire à la navigation du cargo. Je chargeais copieusement le charbon dans les immenses fourneaux. Et j’étais heureux. Je ne pensais à rien. Je ne sortais au grand jour que lors des escales. Et j’ai vu du pays. Et j’ai vu mon naufrage… Aujourd’hui, je ne ressemble plus à grand-chose mais j’ai rencontré mon ami Trabert Pondu qui m’a redonné la vie. Je lui en suis infiniment reconnaissant.

Soko se réveillait de sa nuit marine et constatait, à marée basse, la fuite inexorable du temps. Il allait bientôt disparaître et cesser d’exister. Il vivait déjà une existence en lambeaux et n’attendait rien de demain. Mais il savait dorénavant qu’il resterait dans la mémoire collective des habitants de ces lieux.

Étienne

Le Socotra : le Pêcheur

Quelle étrange photo, effrayante et fantomatique, que celle dite du « Pêcheur » !

Le 6 novembre 2014, je me trouvais ici, chez Thérèse, pour la première fois, et le Socotra (dont j’ignorais complètement l’existence) fut proposé à mes regards effrayés ! Qu’allais-je raconter ? Je me souviens d’y avoir vu un pirate, tout en divaguant sur une histoire de flibustiers ! Je sais surtout que j’essayais de ne pas faire trop mauvaise impression lors de ce premier travail !

Aujourd’hui, j’y vois toujours un pirate du 18ème siècle, mais puisqu’on me dit qu’il s’agit d’un pêcheur, son bicorne peut alors devenir un large chapeau de paille tandis que sa main extirpe un curieux animal marin muni de nombreuses pattes !

J’aime beaucoup la baleine échouée derrière lui ! Elle ressemble plutôt à une morue séchée ! Elle a l’œil rond et noir, et la bouche outrageusement maquillée de rouge. C’est visiblement une baleine de mauvaise vie !

Ce pêcheur serait-il une pêcheuse ? De longues mèches de cheveux retombent autour de ses épaules, mais cela ne signifie rien !

Je m’aperçois soudain qu’il (ou elle) porte sur la hanche une besace bleue !

Bravo au photographe qui me fait découvrir des choses étonnantes et qui remue l’imagination du spectateur !

Évelyne

Est-ce que la nature et le temps parviennent à transformer une catastrophe, et ici dans le cas du Socotra, une épave en œuvre d’art ?

On est loin d’imaginer le bateau qu’il était dans cette période de la Première Guerre mondiale. Ses cales contenaient des balles de coton, de l’alcool, du blé. Trente-six marins étaient à son bord. Il n’a pas connu de fin tragique digne d’entrer en filmologie, il n’a pas été abattu par les forces ennemies, il a tout simplement sombré.

Aujourd’hui, c’est un photographe qui immortalise ses derniers vestiges. Et le résultat interpelle.

La couleur opale de la mer donne une toile de fond à une architecture de fer, rouillée, dentelée, couleur sable et corail, et la forme enguenillée, comme sortant de la mer, est celle du « pêcheur » ainsi nommé.

On y voit la forme d’un insecte, une tête de sauterelle ou de grillon qui aurait été fossilisée par les coquillages et, à l’arrière, un abri, la coque arrondie.

Ce pêcheur appelé à disparaître, les jours de grandes marées pour mieux donner l’impression de se désensabler lorsque la mer se retire, semble venir d’un autre monde et pourrait inspirer auteurs et dessinateurs de bandes dessinées.

J’ai chez moi une lithographie ayant la même couleur opale. Le peintre fait sortir de la mer deux femmes nues, la tête enveloppée d’un corail jaune orangé, tenant dans les mains une sorte de spectre marin. C’est « la naissance du monde » pour qui croit que la vie a pour origine le monde aquatique.

Ce tableau pourrait symboliser le début, la photo du Socotra, la fin.

Francine

Epave au large du Touquet qui donne lieu, à chaque fois que les marées le permettent, à un spectacle extraordinaire. Mais au fur et à mesure du temps, le spectacle change.

Au tout début, lorsque le bateau fit naufrage, il fut coupé en deux morceaux, donc irrécupérable, nul ne sait quelle en fut la cause. Toujours est-il qu’actuellement « les restes » sont encore visibles et donnent lieu à un spectacle que l’imagination des hommes a rendu féérique.

Les photographes s’en donnent à cœur joie, et ce cargo est devenu une vraie vedette, provoquant des réunions, des recherches, des photos.

Thérèse nous expose plusieurs clichés de ce qu’il reste de l’épave. Cela me laisse rêveuse en pensant qu’il y a encore ce bateau échoué qui n’a que ce nom « Socotra » pour le désigner. Chacun y voit des formes, des mouvements, des couleurs.

On peut aller le voir à marée basse, et si le temps le permet, c’est là qu’il donne tout son effet, fascinant, laissant libre cours à l’imagination, avec comme écrin, cette belle plage du Touquet.

Deux photos, et c’est surprenant, nous montrent des formes humaines, l’une pêchant, l’autre ramant, comme si elles avaient enregistré tous ces gestes séculaires de nos pêcheurs qui naviguent le long des côtes.

Un jour, cette épave disparaîtra à jamais, elle sera entraînée au large pour son dernier voyage.

Marie-Jeannine

Ce fut un fier cargo.

Plus de ans déjà depuis son échouage !

Plus de cent ans qu’il s’est brisé, livrant ses flancs à l’océan !

Plus de cent ans que le temps coule et le transforme, que les vagues le modèlent et le façonnent !

Lorsque arrivent les grandes marées et que la mer se retire, nombreux sont les visiteurs à admirer les tableaux offerts par son épave.

Par ses photos, Bertrand Dupont s’en est fait le chantre. On découvre là un pêcheur jetant ses filets, ici un pont, plus loin un ventre de baleine auprès duquel rame un géant ou même une tonnelle juste posée pour accueillir quelque naïade égarée et qui pourrait nous laisser croire en voyage sur la baie d’Along, sans oublier ces têtes de caniche et de cerf occupés à faire rêver les amoureux des animaux.

Si le soleil consent à être de la partie, nos yeux se régalent d’une profusion de couleurs : des ocre, des bronze, des bleus d’acier, des écarlates et des verts d’eau avec, ici et là, quelques touches d’opale. De quoi régaler le pinceau du peintre le plus gourmand, le stylo du poète le plus rêveur.

Quant au badaud, venu là juste pour voir, il repart émerveillé, des images et des songes plein le cœur.

Et l’on se prend à espérer que le temps, les marées, les tempêtes n’effaceront pas à jamais ces merveilles.

Thérèse

L’atelier d’Ecriture en vacances…

L‘atelier d’Ecriture emmené par Thérèse a aussi clos sa saison par un moment de convivialité.

Thérèse et sa bande donnent rendez- vous le 6 septembre. D’ici là, n’hésitez pas à participer à l’atelier spécial  été dont le thème est les « QUATRE SAISONS ».

Infos complémentaires à lire sur l’article publié le 9 juillet sur ce blog.

                                   Félicitations aux membres de l’atelier d’Ecriture. Merci à Thérèse pour le travail accompli avec passion tout au long de cette session 2017- 2018.